#2514

Me suis promené en ville hier matin, sous le ciel de porcelaine bleue et dans l’or de la lumière rasante. Les arbres ne sont pas encore dénudés par l’hiver, ils ont plutôt le cheveu rare comme une vieille dame qui s’est faite faire une couleur.

#2511

Journée d’hier un brin surréelle. Après un déjeuner plantureux en compagnie de Denis Mollat, le big boss de la méga librairie / entreprise culturelle Mollat, et de la conseillère municipale à la culture (cousine d’un proche collaborateur ovin), visite privée de la librairie Mollat de la cave au grenier — et il y a à voir, le labyrinthe de la librairie proprement dite se couronnant d’un labyrinthe de bureaux et d’ateliers (où se prépare toute l’activité culturelle de chez Mollat : photos, reportages, vidéos de toutes sortes), de couloirs au plancher grinçant et d’escaliers bourgeois, de grande salle blanche avec piano quart de queue et de balcons au-dessus du tramway, et se prolongeant en cœur d’îlot par un stupéfiant et immense garage d’autrefois, deux plateaux sous des charpentes magnifiques, vaste espace actuellement vide (je me suis cru dans un épisode de « Grands Designs ») qui doit être prochainement transformé en galerie d’exposition et salle culturelle… Puis le soir venu, conférence d’Estelle Faye et dîner dans la même brasserie. Et ce soir, rebelote pour les activités un tantinet surprenantes, avec concours de « Miss Zombie » (dans le cadre d’une « zombie walk ») et dîner sur un bateau.

#2510

Je pense avoir eu raison de la perfidie des chenilles vertes. J’avais trouvé une première de ces bestioles dans le pot d’une misère, au-dessus de mon bureau, mais les petites crottes apparaissaient toujours, chaque matin, sur le plancher. J’ai enfin trouvé la deuxième. Sinon, cette maison est vraiment celle des araignées, il y en a partout, discrètes ouvrières. Mais les plus inquiétantes de ces arachnides locataires sont sans doute celles qui se cachent dans les combles, énormes, velues et… électriques (l’on peut donc dire que j’ai des araignées au plafond, pour ceux qui en doutaient encore). Ce sont elles qui gouvernent les branchements des différents lustres, dont certains refusaient de s’allumer. Après plus de deux heures de combat acharné, les ouvriers sont tout de même parvenus à apprivoiser l’une des bêtes, pour qu’enfin dans le salon-salle à manger trop longtemps pénombreux, fiat lux, chaque lampe s’éclaire convenablement. En revanche, échec pour le moment au bureau, dont l’araignée électrique tutélaire semblait plus complexe encore.

#2505

N’ayant pourtant point dégusté de grands crus, vu que j’ai séché le dîner de gala pour cause d’épaule froissée et de fatigue généralisée, j’ai malgré tout vu double lors du salon Lire en Poche de Gradignan – Loïc Henry et Léo Henry, lequel est l’evil twin de l’autre ? À part ça il faisait un soleil radieux et le lieu est toujours aussi beau, cette médiathèque moderniste flottant à l’horizontal sur de doux vallonnements verts, mais les ventes ne m’ont semblé guère nombreuses. Ce pot en terrasse pris en compagnie de Dominique Douay, Fabrice Mundzik et Mérédith Debaque, dans la lumière rasante de fin de journée, fut un joli moment de grâce. Aujourd’hui cela risque d’être une autre chanson niveau temps, vu ce qu’annonce la météo. L’automne est là. Tant pis, dîner avec les copains ce soir, c’est toujours aussi agréable.

#2501

La mémoire des goûts, comme celle des odeurs, est souvent bien plus forte et persistante que la mémoire visuelle, me semble-t-il. Plus subtile, également. Et j’en ai fait l’expérience délicieuse cette après-midi, quand je me promenais dans le Jardin botanique. On trouve dans celui-ci une zone d’espèces de petites îles surélevées, où se trouvent reconstitués des exemples de milieux naturels de la région : prairie humide, lande humide, lande sèche, forêt résineuse etc. En m’approchant de l’une d’entre elles, une puissante réminiscence me fit presque monter les larmes aux yeux : cette odeur de sable et de pins, c’est celle de mon enfance, de la propriété familiale en Bretagne, à Saint Brévin. Une douce senteur qui me paraît dire « maison », confort, souvenirs. Et puis, plus merveilleux encore, je vis que ce petit sous-bois était planté de buissons d’arbousier. Et en m’approchant j’avais noté au sol une tache d’un rouge vif : mais oui, une arbouse, bien mûre ! Je n’en avais plus jamais mangé depuis mon adolescence. Et tout soudain, ce goût : je m’en souvenais, le reconnaissais ! Merveille. Cette saveur… Oh, une autre arbouse était mûre, je la cueilli (bien que je supposant que ce soit interdit), et elle confirma à mes papilles gustatives cette texture familière et ce formidable goût d’enfance, presque bouleversants. Ma madeleine proustienne est une arbouse.