#6109

Je ne sais plus exactement lorsque j’ai vu ma tante Solange pour la dernière fois mais ça importe peu : après la mort, ce qui reste d’une personne sont les souvenirs et ceux-ci forment comme un portrait en plusieurs dimensions, tels des calques entassés que le regard mental saisit parfois d’un bloc et d’autres fois un par un. Des crayonnés en couleur ou en noir, des impressions de toutes les époques, mémoire translucide et autant visuelle que psychologique. Solange traversant ma vie depuis mon enfance, périphérique et pourtant importante. Un poisson en terre cuite, un roman de Kerouac, et tant et tant de moments en mémoire.

#6104

Un long voyage ferroviaire pour gagner la Touraine hier soir. À l’approche d’Angoulême, un décor à la Miyazaki transformait le crépuscule : un champ de petites lueurs orange piquetait de douces collines. Ce n’est qu’après un moment que je réalisai que l’ombre cachait les maisons, ne laissant paraître que l’étincelle de chaque lampadaire dans ces semis de sodium. À l’arrivée, une vibrante brume brouillait de poussière grise les alentours de la Loire.

#6103

Sable et eau grésillent sur les vasistas, seul bruit dans la maison grise et silencieuse où les lampes ne forment que des îlots ponctuels de lumière jaune. Un grondement monte brièvement, celui du passage d’un train. Il ne fera peut-être pas jour aujourd’hui. Les escargots mêmes en profitent-ils après le froid de ces dernières journées ?