#6131

On perd vite l’habitude de la pluie : alors qu’elle n’a cessé de tomber pendant des semaines, quelques jours de chaleur suffisent pour qu’une averse nouvelle surprenne un dimanche par ses gifles volubiles, ses grosses hachures froides et la mitraille sur le toit. Des bouffées d’humidité passent par les vitres, le jardin assombri fait le dos rond.

#6127

Je suis quelqu’un qui, souvent, s’étonne d’être seul, comme cloué à la solitude, et qui se demande comment il en est venu là, qui n’en revient pas — et ce ne sont pas mes deux brèves « aventures » avec des étudiants, en dix années bordelaises, qui auront changé grand-chose à cela, sinon que je découvris alors que l’on pouvait encore me désirer. Oh je ne suis guère de nature cafardeuse, disons plutôt anxieux et mélancolique — et pas mal porté sur l’interrogation existentielle, en ce début d’une nouvelle « tranche » de ma vie. Je sais qu’il ne faut pas attendre pour vivre et célébrer les amis et les gens que l’on aime, et je m’y efforce, tout comme je m’efforce tout le temps d’avoir une vie sociale, qui me permette d’oublier un moment ma solitude. Simple constatation.

#6126

Au début de l’orage, hier, j’ai observé le plaisir de deux merles, s’égosillant et s’ébrouant sous les gouttes éparses. Puis cette petite averse devint torrent, charriant des pierres qui cinglaient la terrasse et les vasistas avec de grands craquements. Toute la nuit ce fut encore le raffut, le déluge et les grondements. Maintenant, le lendemain, mes deux merles sont de retour, gloussant et pépiant, sous un ciel blafard avachi sur les toits.