#2226

Une réflexion brillante de l’excellent Colville Petipont sur la place des images dans les livres… Ce qui ne peut que m’intéresser, moi qui aime que les livres des Moutons électriques, même les romans et les recueils de nouvelles, comportent si possible une part d’iconographie.

Faut vous dire qu’en ce moment, on cogite comme des fous sur nos petits Moutons et leur avenir, l’entrée chez Harmonia Mundi au 1er octobre représentant un peu comme un « Moutons 3.0 » pour nous. Alors: nouvelle collection, relooking de couv et orientation graduelle vers plus de graphisme/sobriété (par opposition à « illustration en pleine couv ») sur la Voltaïque, constructions de projets et d’objectifs pour la Miroir, projets pour la Rouge, nouveau site, livres numériques, devis divers et abandon de quelques projets trop pesants, comptes et statistiques… et de beaux horizons, globalement.

Et puis tiens, l’autre matin j’écoutais le (splendide) live de Malicorne, et en entendant « Nous sommes chanteurs de sornettes » je me suis dit que c’était une définition qui me plaît. De l’avis visible de pas mal de gens de l’establishment et du fonctionnariat culturel, il est clair que je suis éditeur/auteur/lecteur de sornettes.

#2220

Londres encore et toujours (7)

Pendant que nos journalistes se passionnent pour la mort mystérieuse d’un ponte du libéralisme qui a été leur prof, que raconte donc la presse britannique? J’ai été amusé par le qualificatif de « fiery leftist » pour Mélenchon, dans le Guardian, et feuilleté le London Evening Standard du 29 mars… Quelques papiers qui m’ont intéressés…

Un troisième chef de la police démissionne suite aux révélations de corruption liées à Murdoch ; le Royaume Uni serait en récession une deuxième fois en peu de temps, ça sent le sapin (Sarko nous donnait l’économie anglaise en exemple, vous vous souvenez?) ; la reine continue sa tournée dans le cadre des festivités du Diamond Jubilee ; Ken Livingstone aimerait regagner la mairie de Londres et fait plein de promesses, mais a encore dérapé dans l’anti-sémitisme (Kenny le rouge est devenu avec l’âge tout aussi peu rouge que notre propre Danny le rouge) ; un millionnaire de la City obtient son divorce gay contre un acteur du West End mais doit quand même payer 1,4 million de livres, parce qu’il est bien plus riche que son ancien compagnon ; la mairie de Londres n’a pas du tout envie de laisser revenir les artistes de rue sur le nouveau Leicester Square relooké…

#2219

Londres encore et toujours (6)

Je crois beaucoup en la persévérance. Et celle-ci paya une fois de plus, lorsqu’au dernier matin de mon séjour je décidai de remonter tout Gray’s Inn Road à la recherche de la porte de l’immeuble où logeait autrefois Arthur Machen. Cette question, aussi futile soit-elle, me turlupinait depuis déjà un moment: il y a une dizaine d’années, quand j’avais pour la première fois envisagé de mettre au point une promenade autour de Gray’s Inn Road (promenade qui sera la première des trois à paraître dans le Bibliothèque rouge sur Londres), je me souvenais vaguement que j’avais un ouvrage qui m’indiquait l’adresse exacte de Machen, avec sa porte dont les sculptures avaient influencées l’auteur dans sa veine fantastico-onirique. Je m’étais rendu sur place, et conservais en mémoire une bonne image de ses sculptures. Problème: je ne sais absolument plus de quel ouvrage il s’agissait. Et j’ai eu beau chercher, je ne vois pas du tout dans lequel des rares livres sur Londres que je possédais déjà à l’époque j’avais bien pu dénicher une telle info, que je ne trouve nulle part ailleurs… Frustant!

Je remontai donc tout le boulevard, avec pour seul indice mon ténu souvenir. And lo and behold! Vers le haut de Gray’s Inn Road, je trouvai enfin: Churston Mansions, une porte au n°12A to 27, une autre porte au n°1 to 12 d’un bel immeuble de brique claire. Aucun risque d’erreur: les grimaces sataniques des sculptures dans le bois des portes, quatre visage en tout, sont assez uniques. C’est bien là qu’habitait Arthur Machen aucun doute. Boucle bouclée, le dernier détail trouvait sa place.

Ce mystère résolu, je reparti le coeur léger (et la tête plus légère encore, que la fatigue faisait un peu tourner), direction le Museum of London pour une ultime visite. Il faisait idéalement beau, le fond de l’air était frais, et Machen retrouvé.

#2218

Londres encore et toujours (5)

Il s’agissait d’évidence d’une vaine quête, mais je me demandais si le Columbia Square, un ensemble de logements sociaux mi-victoriens, existait encore. Un spécialiste des années 1970 l’avait décrit comme un chef-d’œuvre en péril du plus pur style gothique… Alors puisque mes camarades noceurs n’avaient pas l’intention de se lever tôt après une supposée soirée goth, je partis direction East End, quartier de Bethnal Green, en prenant le métro jusqu’à la station Old Street (qui elle-même se trouve dans le quartier de St Luke, l’East End étant un dédale de petits quartiers imbriqués les uns dans les autres). Bien entendu, point d’Olympia Square, remplacé de longue date par d’affreux petits immeubles type HLM, à l’exception d’une seule barre d’immeubles victoriens, étrangement corsetés par l’arrière par des escaliers et ascenceurs modernes. Au temps pour le chef-d’oeuvre gothique, mais cette promenade m’a permis de retrouver Arnold Circus. J’étais passé par là il y a longtemps, en gardais un souvenir étonné et ravi, mais sans plus du tout savoir le nom de cette place ronde ni sa situation (à la frontière d’un autre quartier, Shoreditch, en l’occurrence). Je viens de chercher quelques infos: c’est en 1890 que cet ensemble de beaux immeubles en brique d’un rouge pétant fut érigé, ce qui en fait l’un des tous premiers ensembles de logements sociaux.Un ensemble qui remplaçait l’un des bidonvilles de l’East End, le Friars Mount ou Old Nichol rookerie (une rookerie était le nom que l’on donnait aux bidonvilles). On rasa donc, et les décombres furent entassés au centre des nouveaux bâtiments, pour former une mini-colline couronnée d’un kiosque à musique. Le tout forme un groupe architectural vraiment pas banal, que je me souviens très vaguement avoir déjà vu un jour — au cours de quelle promenade? Chose amusante, sur le tronc d’un des arbres surplombant le kiosque à musique, quelqu’un a cloué un buste de Karl Marx.

J’allais regagner le métro quand un SMS de Simon me pria de les laisser dormir encore un peu… Ah là là! Je bifurquai donc vers Hoxton Square, où lors de mon précédent séjour, en décembre de l’an dernier, Olivier et moi avions arrêtés nos pas. Et assurément le reste du quartier ne vaut pas la peine d’être vu, mais je le traversai afin de rejoindre le canal, et je rentrai tranquillement, lentement, le long de l’eau, sur un trajet que je connais peu et où les quelques nouveaux aménagements ne me heurtent pas comme ceux annoncés pour le segment au-delà d’Angel. Sous le soleil léger, de retour, je croisai nombre de promeneurs, d’encore plus nombreux joggueurs (je me demande combien tombent dans le canal, chaque année, par maladresse ou pour avoir heurté un piéton?) et quelques vélocipédistes. Tiens, à propos de ces derniers, Londres connaît désormais l’équivalent des Vélov ou Vélib, ce qui a eu pour effet secondaire de donner naissance à une dense floraison de panonceaux d’orientation, alors qu’il n’y avait quasiment jamais de plans dans les rues de la métropole. Aujourd’hui, on peut presque se passer d’avoir l’une de ses poches déformée par le poids d’un guide AZ.

L’après-midi, je retournai avec les deux aventuriers dans les lointaines et hautes terres d’Hampstead, pour tenter de voir l’urne funéraire de Bram Stoker, au crématorium de Golders Green. Las, les chapelles anciennes étaient closes. Tout ce que nous trouvâmes, au hasard, ce furent les plaques mortuaires de Keith Moon et de Marc Bolan, ce qui n’est guère vampirique. Je ressentais une immense lassitude lorsqu’un pub se dressa fort opportunément au bord de la petite route, ce fut l’occasion d’une dernière pause ensemble avant de redescendre à Londres. Je repars demain, pense auparavant aller re-visiter le Museum of London dans la matinée, puisqu’il a été complètement été refait il y a un an ou deux. Grosse fatigue mais, as usual, douce satisfaction d’un beau séjour. J’ai guidé Simon et Gwenn comme ils le voulaient, été vérifier des détails de mes promenades commentées lors de moments de liberté, missions accomplies.

PS: accessoirement, ceci est mon 2222ème billet ; c’est ce que l’on appelle avoir de la suite dans les idées.

#2217

Londres encore et toujours (4)

Bloguer est un sacerdoce, une ascèse, particulièrement lorsqu’il est déjà tard et que vous êtes tellement las d’avoir marché des kilomètres et des kilomètres et des kilomètres que vous auriez seulement envie de vous effondrer sur votre lit… Mais hauts les coeurs, il faut bloguer, évoquer au moins de façon succincte la journée qui s’achève. Et pour s’achever, elle le fit de superbe manière: sur suggestion de Gwenn, nous allâmes dîner chez Criterion, la brasserie de luxe sur Piccadilly Circus. J’avoue que je n’avais même pas songé, jusqu’à présent, à aller voir les prix pratiqués par Criterion et Simpson-in-the-Strand, les deux grandes brasseries victoriennes. En vérité, ce n’est pas si cher. Et quel bonheur que d’avoir l’occasion de s’installer sur les fauteuils bas de la partie bar en attendant que la table soit prête, sous les vieux ors de la déco « byzantine » (le Criterion n’a pas changé d’un iota depuis l’époque où le docteur Watson vint un boire un verre et y rencontra son ancien infirmier, qui justement connaissait quelqu’un cherchant un colocataire — un certain Sherlock Holmes). J’avoue (bis) que je pensais qu’il fallait un minimum de « dress code », mais même la nouvelle crête punk de Simon (que s’est rasé barbe et cheveux hier matin) n’a pas provoqué le moindre haussement de sourcil. Une chanteuse jazz était au piano, puis l’on vint nous prévenir que notre table était libre, nous posâmes nos affaires au vestiaire avant de suivre une mince jeune femme dans la salle, toujours dans cette lumière ouatée et dans l’éclat des miroirs et des ors byzantins, sous de vastes tentures. Incroyable. Quant au repas, fin et délicieux, comme il se doit. Le tout avec uniquement des serveurs français, curieux paradoxe dépaysant.

Sinon? Eh bien, après la journée d’hier plutôt chez les salauds de pauvres, nous sommes allé faire un tour chez les gens aisés: Highgate et Hampstead. Avec visite des deux cimetières d’Highgate, celui d’ouest au pas de course vu la vénalité des exploitants des lieux — c’est bien dommage et assez déplaisant, car les lieux sont saisissants d’étrangeté, mais la guide nous mena tout de même à ma demande jusqu’à la tombe de Lizzie Siddal et Christina Rossetti, hooray hooray. Puis visite lente et longue du cimetière est, avec un Gwenn photographiant de l’ange victorien à tout va. Nous l’abandonnâmes au bout d’un moment, l’attente menaçant de nous pétrifier de froid. Simon et moi allâmes donc trouver un gentil pub sur Highgate Hill, boire un thé pour nous remettre. Car le froid est de retour, ciel gris, bas, fort taux d’humidité. Au retour de notre vaillant photographe, nous traversâmes Hampstead Heath, mélange de lande / parc / bois, et ce en visant boussole à la main la direction d’un célèbre pub… qui n’est hélas plus qu’un repère de new-ago thérapie. Les estomacs grondant, nous surmontâmes notre légère déception pour redescendre sur Hamstead et, après un trajet un peu tortueux dans les petites rues résidentielles, atteindre le cimetière d’Hampstead, plat et un peu trop bien entretenu, mais présentant une double chapelle assez étonnante.

Et demain est un autre jour: un bouquin et au lit.