Curieuse expérience que de se trouver le premier dans la nouvelle maison d’amis, de bon matin, en attendant le camion. Pas loin de chez moi, avec toujours le passage des trains comme compagnonnage. Modiano dirait qu’ainsi l’on a toujours l’impression de n’être que de passage. Au plafond du salon, un candélabre à huit branches me guette comme une grande araignée dorée. Le chant des oiseaux du jardin résonne dans la demeure vide.
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#5063
Tiens, Modiano évoque les souvenirs « vers cinq heures du matin, à l’heure dangereuse où vous ne pouvez plus vous rendormir ». Ça m’a fait ça ces dernières nuits, mais la chaleur est également coupable, et puis de toute manière je n’aime jamais l’été, cette saison triste. Enfin, entre deux dossiers je m’accroche toujours à mon roman, j’ai même l’impression de bien avancer, au moins ça occupe la tête. Ce soir il flotte dehors une odeur de bougie.
#5061
#5059
#5055
La mémoire. À travers la fenêtre de l’auto, filant comme un film un peu romantique, recevoir les coups des pins à perte de vue, puis des sous-bois d’aiguilles et d’arbousiers, au retour ceux du fleuve qui brasse, et entre les deux l’argenterie bleutée de l’océan, les verticales noires plantées dans les vagues, les bandes brillantes des eaux entre les bancs de sable, le goût salé des salicornes, les étoiles vertes de la soude ligneuses, le phare pointant rouge au-dessus des pins, les rubans d’algues au ras des vaguelettes, au loin le long éclat doré de la dune du Pilat qui semble exsuder son propre soleil sous le temps gris… Tout l’alphabet du littoral, que je connais si peu en fait. Laisser faire la percolation de tout cela, avec le ciel du jeudi soir au-dessus de la Meca et le jardin de mon parrain qui hier soir fondait dans un bleu frileux et rêche.

