À mon réveil ce matin, les vasistas se couvraient d’une cataracte et, venant en centre-ville maintenant, je découvre un Bordeaux grillé au blanc, toute la ville baignant dans un bleu laiteux qui repeint les lointains en des tons de cyan poussiéreux sous un soleil bas et aveuglant.
Archives de catégorie : journal
#4089
Allez, hauts le cœurs ! Après tout, et pour se la jouer très perso, on verra bien ce que cette année 2022 va encore me jeter à la figure. En 2021, le monde fut assez méchant (si, si) pour me prendre ma chatte noire Carmilla, pour rendre très malade ma vieille chatte Jabule (mais elle va de nouveau plutôt bien), pour me provoquer un petit AVC le 11 juillet (le grand vertige) et m’en rendre malade 4 long mois durant (croisons les yeux), et ne parlons même pas de la crise du distributeur des Moutons électriques pile en fin d’année (joyeux Noël), alors je ne fanfaronne pas, je dis juste que j’attends les choses sans baisser les bras, en ployant tel le roseau et en construisant de beaux projets. Bonne année, les gens.
#4087
Je tiens à ce rituel, celui d’une promenade dans les rues de Chinon, la petite ville tourangelle qui fut celle de mes grands-parents paternels. Une sorte de pèlerinage en somme, à humer cette poésie citadine ancienne en un maigre jour d’hiver. Les souvenirs des commerces d’antan accompagnent nos pas comme une ville fantôme, ici se trouvait la boutique d’opticien de mon grand-père, là un marchand de tonneaux, ici la boucherie chevaline porte encore son enseigne, là un coiffeur à la célèbre excentricité, la boutique en entresol de la libraire madame Robin, le pressing, un marchand de légumes, une marchande d’instruments de musique… Une sorte d’âge d’or que nous retraçons, dans des rues pour la plupart vides et aux devantures closes, le commerce ayant déserté toutes ces petites bourgades dans la tyrannie du centre commercial et de l’automobile.
#4086
Sous les veines blanchâtres d’un ciel bleu pâle, les grues, hangars et équipements du port se dorent au soleil hivernal comme des os. Les mares turquoises se succèdent après des bois de brindilles brunes, puis passe la Dordogne plate et grise. Des camions multicolores filent sur la route, les voitures sont des hannetons. Dans le couloir du train, un voyageur tintant et harnaché comme un scaphandrier passe en ahanant, il tire au bout d’une laisse une grande valise rose. Un chat pleure. Les grumeaux secs d’une lande, les troncs blancs de bouleaux dénudés, les rangs de sapins ébouriffés, des sentiers blonds dans le sable… Les rails filent et le voyageur perd son attention.
#4085
Je me souviens que, lorsque je vivais à Lyon, ville où je me sentais un peu étranger et pour laquelle je n’avais jamais développé d’attachement, je ressentais un certain plaisir chaque fois que je devais en partir. Un petit frisson d’évasion. De Bordeaux en revanche, ma ville d’élection, je n’éprouve au départ jamais qu’une sorte de réticence, un regret de m’éloigner même pour peu de jours, même pour des vacances.