#2529

N’en déplaise aux chantres officiels du « plus c’est chiant plus c’est valable », selon moi lire c’est du plaisir, et un plaisir que je m’emploie à faire varier autant que faire se peut. Cette semaine, où je fis largement relâche, j’ai donc dévoré du Patricia C. Wrede (relecture des deux Mairelon the Magician, très rigolos), du China Miéville (le vertigineux The City & the City), un roman steampunk bien amusant (The Martian Ambassador d’Alan K. Baker, mélange audacieux d’aventures, de polar, de SF et de féerie, et c’est largement aussi bon que du George Mann ou du Mark Hodder lancés par le même éditeur – Snow Books – mais plutôt mieux écrit, finalement) et… une grande rasade d’Alvaro Mutis ! C’est mon ami et confrère Fred Weil qui m’avait offert cet énorme recueil de l’auteur colombien, réunissant les carnets et papiers divers concernant Les Tribulations de Maqroll le Gabier. Et quel régal que tout cela : on croirait lire du Corto Maltèse écrit par Borgès, en pas chiant. Aventures, folie douce, mélancolie, nostalgie douce et aussi joie de vivre ! Le tout servi par une plume superbe, que les traducteurs rendent à merveille. Miam miam. De la « littérature générale » aussi jubilatoire que de la « littérature de genre », c’est dire la perle.

#2525

Ce week-end, j’ai encore rangé ma bibliothèque, ayant constaté qu’il y avait par endroits des erreurs d’ordre alphabétique assez criantes. Et je suis retombé sur ces deux petits volumes, ravissants je trouve, c’est d’ailleurs parce que je les trouvais si jolis que sur un coup de tête je les avais un jour achetés à la regrettée librairie Fantasy Centre, dans le nord de Londres (édition des années 30 mais en fait l’un est une réimp de 1941, l’autre de 1948). Du coup, j’ai relu trois nouvelles de Saki, délice gourmand s’il en est, c’est drôle et piquant, formidable.

Saki1Saki2

#2522

Dans la lignée de mes lectures de Lev Grossman, me suis souvenu que j’avais dans l’ordi un documentaire sur C. S. Lewis que je n’avais jamais regardé. Bien chouette, et quelle classe : présenté par A. N. Wilson, le grand historien/critique littéraire et biographe de Lewis, les docu anglais ne sont jamais présentés par un analphabète d’animateur télé quelconque mais toujours par the real thing, un véritable spécialiste. Sinon, lu un court Graham Joyce de toute beauté, The Ghost in the Electric Blue Suit (mais j’ai découvert que je l’avais en double, ayant aussi acheté, oups, la version anglaise qui s’intitule The Year of the Ladybird) et je fini de lire l’étrange roman anglais offert par le professeur X, Let’s Kill Uncle de Rohan O’Grady, une comédie datant de 1963, à la fois drôle et triste, touchante et cruelle, tout à la fois cosy et dérangeante, très inventive — étonnante. Sinon, orgie de musique outrageusement seventies : Eela Craig, Nektar, Deodato, Hancock, Go, Santana…

SpirouNoel

#2518

Avoir rangé ma bibliothèque, après un déménagement et pas mal de mois en cartons entassés, et d’avoir presque tout réuni sur le même mur des romans, sans parler du fait d’avoir trié les colis supplémentaires récupérés à Lyon, me donne quelques perspectives et un peu de recul sur tout ce qui est accumulé là. Non seulement cela me procure une looongue liste d’envies de relectures, mais m’amuse d’y discerner par endroits des concentrations particulières — celles de certains de mes auteurs favoris les plus prolifiques. Cela commence avec Charles de Lint, qui avec une cinquantaine de volumes occupe un sacré espace. Puis ce sont Jasper Fforde, Neil Gaiman, Jean Giono, Lisa Goldstein, Elizabeth Goudge, Barbara Hambly, Russell Hoban, Christopher Isherwood, Michel Jeury, Garry Kilworth, David Lodge, Alexander McCall Smith, Xavier Mauméjean, Guy de Maupassant, Armistead Maupin, Robert Merle, Eduardo Mendoza, China Miéville, Patrick Modiano, Haruki Murakami, la famille Murail, Pat Murphy, Michel Pagel, Pierre Pelot, Melissa Scott, Thomas Burnett Swann, Élisabeth Vonarburg, Robert Charles Wilson, P. G. Wodehouse, et le corner Roland C. Wagner… (sans parler du polar, qui est sur l’autre mur, ni de toute la jeunesse, rangée à l’étage)

#2513

Il y a quelques semaines, à l’issue d’un long périple et d’une tâche ô combien épuisante (voir le billet #2503, cher lecteur), le couloir de l’entrée s’est retrouvé soudain encombré de très nombreux cartons de bouquins — tous ceux qu’au fil des années j’avais descendu à la cave, à Lyon, faute de place et parce que je n’envisageais qu’avec réticence de mourir dans un grand étouffement livresque. Mais que faire de tout cela ? Un ami me suggéra de tout offrir au grand collectionneur local, monsieur F. S. M. et ce dernier me donna bien entendu son accord. Ledit ami me débarrassa tout de même de trois cartons, c’était déjà ça. Et puis mon assistant tria et mis en vente l’équivalent de trois autres cartons, fort bien, et ne résista pas au plaisir de se prendre trois autres cartons, excellent. Enfin, tout de même, je plongeai dans ces piles où s’entassaient tant de souvenirs et, triant, écartant, revenant, hésitant, sélectionnant, j’ai en définitive réincorporé à ma bibliothèque (bien plus vaste que celle d’antan) quelque chose comme une quarantaine de volumes. Ma bibliothèque se trouvant donc enfin rangée, repensée, j’ai redécouvert beaucoup de choses, et me suis fait des envies de relectures — notamment, dans le domaine de la fantasy. Commençant à rebosser sur le genre, de toute manière, il est bon que je me replonge dans ce style d’univers — qui avec ceux du roman policier sont ceux qui me séduisent le plus, je crois, un peu devant la science-fiction finalement. Bref, j’ai été saisi d’une nouvelle boulimie de lecture…

Daniel Hood avait publié aux États-Unis, dans les années 1990, une série de cinq polars fantasy, la série « Fanuilh ». J’ai re-dévoré les trois premiers déjà, et ces romans m’ont semblé encore meilleurs que dans mon souvenir, subtils, drôles, de cet indéfinissable charme qui s’attache au polar classique, l’ambiance pseudo-Renaissance et la magie en plus, une prose dorée, ciselée, sans esbrouffe mais réellement littéraire.

Summon the Keeper de Tanya Huff date aussi des années 1990, mais j’hésite presque à avouer l’avoir relu, tant c’est léger, rigolo sans prétention, et bordeline romance… Bon, je l’ai reposé dans un carton (une troisième lecture ne devrait pas s’imposer), mais c’était agréable. De la fantasy urbaine humoristique.

Ah, Barbara Hambly, voici une autrice sous-estimée et que j’ai toujours appréciée. Relire la trilogie de Dog Wizard m’a rappelé s’il y en avait besoin que j’aime également la fantasy la plus classique, et pourquoi/comment je l’aime. Superbement écrite, peuplée de personnages ayant de l’étoffe, de l’aventure pas sotte, un poil d’humour, un poil d’horreur… et même un poil de cyber. Chouette, quoi.

Et là j’ai bifurqué sur une nouveauté : le nouveau tome des « Peter Grant » de Ben Aaronovitch, très attachante série de fantasy urbaine actuelle, jusqu’à lors ancrée dans Londres mais qui cette fois part à la campagne, dans une ambiance de polar procedural à la Peter Robinson, très étonnante, l’articulation avec le côté magique devrait être intéressant.