Je n’entends jamais la fin du service ni le début de celui-ci. Situé à un jet de pierre des quais du métro, l’appartement domine la station d’East Finchley et, dans les fenêtres du salon. défilent le soir les convois rouge, bleu et blanc, en longues flèches lumineuses qui passent grondantes. L’éclat électrique des vitres défile avec une persistance rétinienne d’or et des éclats rutilants, qui tremblent également dans les flaques du parking. Parfois, un éclair blanc explose sans bruit dans la nuit, brève étincelle. Saccadé et linéaire, le bruit du métro s’éloigne, le silence retombe avant qu’un autre train s’approche, s’arrête un moment et reparte, vers Highgate par exemple. Sur la gare, un homme accroupi dans l’obscurité bande son arc, flèche pointée vers le centre-ville. Encadrant l’entrée de la station, la cahute à café et celle du marchand de fruits et légumes sont closes pour la nuit. Un bouleau tremble devant la fenêtre de la cuisine. La lune luit, de l’autre côté des rails s’amassent indistincts arbres graves et demeures massives. Au matin, le tout sera peut-être gommé d’une brume blanche.
Archives de catégorie : nature
#2834
#2825
Je n’avais (quasiment) jamais campé. Un « quasiment » qui n’obtiendra aucune explication publique afin de ne pas entacher la réputation de Michel Pagel. Et donc cette nuit fut ma première sous une toile de tente. Ce ne fut point déplaisant, plutôt exotique – que voulez-vous, avec le grand âge me prend des envies aventureuses. Les sons surtout s’avèrent d’une sereine et nocturne différence. Le grésillement du feuillage du bouleau, la grande voix marine de la canopée, des murmures dans l’ombre, les hululements soyeux d’une chouette et, beaucoup plus rares, quelques râles lointains, chevreuils peut-être. Sinon j’ai dormi, hein, surtout.
#2823
A l’extérieur les murs sont blancs ; à l’intérieur ils se couvrent de livres, et les pièces prennent des aspects de cosy labyrinthe où chaque pas, chaque regard, accroche une reliure de Pipolin, un tas de romans photo, une pile de recueils de contes, un alignement de Marabout, des Conan au lettrage seventies ou les dos jaunis de quelques Théo Varlet. Que la conversation roule sur de vieux « Présence du Futur », sur une nouvelle de Heinlein ou sur les romans de Bérato-Dermèze et il suffit de consulter les rayonnages, derrière le désordre de fauteuils et de canapés. Le bordeaux sombre du plafond et la noirceur des poutres rappellent un pub anglais. Au dehors, un dîner de chat laisse sur les dalles rouges deux ailes et une poignée de plumes blanches, tandis qu’au dessus de nous tournent les fuseaux noirs des chauves-souris. Les tourterelles commèrent dans les grands arbres, les humains simplement sur des chaises. Les nuages prennent des langueurs et des teintes à la Maxfield Parrish. Chaque bouteille de bière porte des noms étranges et même le thé se métisse de coquelicots. Une piéride des choux tressaute dans l’air comme un copeau de lumière. Les baies noires du sureau dodelinent au pied du houx, dont les fruits ne sont encore qu’orangés.
#2822
Sorti sous un ciel bouché de chaude grisaille, il constate bientôt que les nuées se dégagent en des déchirements d’huître où un soleil pâle joue les perles. Lorsqu’il prend le chemin du retour, un cobalt vif occupe le ciel, qui s’estompe en lactance sur les bords.




