#2641

Hier j’ai profité de la lumière et du bleu du ciel pour aller me promener dans un coin de banlieue proche, plus spécifiquement afin d’aller voir le bout de parc qui s’étend au sein des grands ensembles de Talence, non loin du boulevard. Outre ma fascination pour le foutoir urbain qu’est la banlieue, j’étais curieux de marcher dans ce grand espace vert porté sur la carte. Une légère brume adoucissait les vallonnements entre les arbres, des fleurs blanches flottaient comme des étoiles sur les branches indistinctes et dans l’air humide résonnaient les cris de deux enfants, à l’autre bout du terrain, étonnamment forts dans la quiétude du samedi, tellement plus que les pigeons et les merles. Quelle aventure se devait être, qu’avoir près de chez soi une telle étendue, où jouer, courir, se poursuivre et inventer des histoires ; et je me dis  que si un jour ces enfants, devenus adultes, revenaient voir ce fragment de leur enfance, sans doute seraient-ils surpris de le découvrir si étréci, tellement plus petit que dans leur mémoire, comme moi lorsque, lycéen, je vins avec mon copain Michel Pagel faire un peu de camping à Nantiat, Limousin, et découvris que l’étang des Rats, ce long et large lac de mes souvenirs, avait curieusement réduit presque aux dimensions d’une mare…

#2640

Un œil pleurant, la goutte au nez et boitant encore un peu d’une crise de sciatique, c’est un capitaine malgré tout vaillant qui s’enfonça ce matin dans les profondeurs bleutées et sibériennes de Bordeaux. Et bien que la brocante fut toujours amputée d’un bon quart, celui sous l’ombre polaire de la flèche, la pioche s’avéra ample et réjouissante, tant il est vrai que des livres, on n’en a jamais assez, n’est-ce pas ? C’est donc courbé sous le poids du papier comme du froid que je revins en mes douces pénates.

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#2638

… il faut dire que j’insiste à caser tous les romans dans le bureau, un mur pour les polars — sur deux épaisseurs + ma collec de livres sur Londres — et la grande longueur pour tout le reste, donc forcément, à force on arrive aux limites de l’exercice — et de la pièce. Pour le moment, le « young adult » demeure également sur ces mêmes étagères, alors que la jeunesse est à l’étage. Ce grand mélange alphabétique provoque des rencontres ô combien démocratiques, du genre une belle édition du Winnie the Pooh d’A. A. Milne logé entre Steven Milhauser et David Mitchell, ou bien la suite Miyazawa-Modiano-Moorcock-Murakami avec casés en leur sein un petit Paul Morand et une fantasy animalière allemande par Erwin Moser… Foin des hiérarchies littéraires, mon premier Fleuve Noir Anticipation, Les Zwüls de Réhan de Gabriel Jan (1975), se trouve encadré par Ishiguro et les romans adultes de Tove Jansson…

#2637

On aura beau dire, je vis un drame. Hier soir, il me prit de re-ranger encore une fois ma bibliothèque principale, celle qui couvre le mur du bureau ovin. Il restait tout en haut une longue étagère portant en tas les anthos (formidables) de Datlow & Windling, les anciens Year’s Best Fantasy & Horror. Bon, je descend tout ça, je les range en pile dans le seul espace encore possible, et profitant de cette étagère libérée, monté sur une chaise ou juché sur l’escabeau, j’étale et je trie un peu les romans, en y introduisant ceux achetés récemment + quelques-uns qui étaient dans ma chambre. Et… c’est plein, c’est tout plein, c’est terriblement plein. À peine si l’on peut encore y glisser une douzaine de bouquins, et encore. Après cela… l’explosion ? Un drame, je vous dis, existentiel.