Ce ne fut pas une bonne journée. Hier matin j’apprenais plusieurs mauvaises nouvelles, et l’une en particulier qui m’attriste particulièrement. Je ne parviens même pas à pleinement le réaliser : je ne vais plus croiser Henri en librairie ou à Saint Michel, cette figure locale, ce petit monsieur toujours jovial, des rides de rire au coin des yeux, formidable collectionneur de BD, chineur invétéré ; Henri qui pour moi faisait en quelque sorte partie du décor de « mon » Bordeaux, un passant, une constante du monde du livre bordelais ; Henri toujours une plaisanterie et un mot gentil aux lèvres, à la fois familier (depuis 35 ans que je le croisais) et opaque, si public et cependant complètement privé, avec qui j’avais encore discuté il y a peu chez Mollat, sans âge et dont je découvre parce qu’il est disparu mardi qu’il avait 62 ans, seulement. Salut Henri.
#2582
Comme pour « fêter » le changement ce fichu changement d’heure, le temps s’est fait ce matin uniformément gris, du genre à ne pas se réveiller. Je sens que je vais casanier fermement. La chaudière s’est éveillée en toute discrétion. En musique j’ai mis pas mal de soleil (coffret Bruford). Lire, lire, écrire. Et du thé, bien sûr. Il y a un an je me trouvais à Londres, tiens.
#2581
Réveillé vers 2h et demi du matin par mon inconscient d’auteur ? En tout cas, soudain je me suis mis à penser à ma nouvelle en cours d’écriture et les fils se sont dénoués, j’ai compris comment résoudre le problème policier que je m’étais posé. Et non, ce n’est pas juste une solution « en rêves », comme cela arrive souvent : j’étais réveillé et ça marche, mon fil narratif est « décoincé ».
#2580
Des copains évoquent sur un mur FB le volume de correspondance de Michel Jeury. Ce qui me refait penser à un fait typiquement actuel : je ne connais pas l’écriture manuscrite de mes ami-e-s récent-e-s, disons ceux que j’ai pu me faire depuis les débuts des e-mails, alors que d’un seul coup d’œil j’identifie toujours la patte de Michel Jeury, de Patrick Marcel, de Michel Pagel ou de Roland C. Wagner ; d’antan (prendre ici une voix chevrotante) l’écriture manuscrite faisait partie de l’identité d’une personne, tandis que de nos jours, ma foi, la seule écriture main que je puisse reconnaître est celle de mon fils.
#2579
Londres, j’ai tout le temps envie d’y être, je lis du Londres en permanence, je pense à Londres en continu. Il n’y a pas d’autre ville étrangère qui m’ait fait ça. J’ai aimé Florence, Venise, Bruxelles, Édimbourg, Lisbonne, New York… Mais ponctuellement, raisonnablement (curieusement, Vienne et Barcelone ne m’ont guère parlé). Non, à dire vrai une seule autre cité d’ailleurs m’a marqué : San Francisco. À laquelle je ne pense que de temps en temps, mais assez vivement, une envie de San Francisco qui est une forme de nostalgie, de regret de n’y être jamais retourné. J’y avais passé, quoi ? Trois semaines ? Il y a bien longtemps, m’y étais laissé vivre, avais adoré cette ville, avais conçu un véritable attachement. Et parfois, me perce ce sentiment, ce besoin d’y retourner. Dans mon recueil de nouvelles, Le Garçon doré (chez La Clef d’Argent), je crois que mon meilleur récit est celui qui se déroule à San Francisco. Il m’arrive d’avoir des images, des sons, des souvenirs de San Francisco qui me reviennent, enchantés, vifs. La brume qui voilait le ciel, la brise marine, les buildings de Downtown, les alignements de demeures Art-déco et de painted ladies aux façades bariolées, les guirlandes de capucines, le bleu ouaté de l’océan, les longues silhouettes des eucalyptus.