D’un vert saturé, les épaules des prairies qui roulent immobiles sous la toile immense des nuées grises. Et tant de sons, emplissant ce paysage : des moutons de l’autre coté du court horizon, un aboiement enroué, un discret miaou à mes pieds, les friselis de quatre hirondelles posées en notes noires sur les fils électriques, claquements d’ailes, un croassement lointain, des roucoulements à gauche et des chants à droite, un piou-piou-piou droit devant, le tout sur le fond cadencé des grillons que l’on croirait émit par tout ce vert lui-même. Je n’ai pas entendu le rossignol, cette nuit.
#2540
Je me souviens d’avoir dansé un soir en compagnie d’Yvonne Maillard, avec Roland C. Wagner comme DJ. C’était lors d’une convention de SF, dans le Midi ; après j’avais été plonger dans une piscine en sautant un grillage, avec quelques jolis garçons dont le roux Pascal Godbillon. Lumineux souvenir. Adieu Yvonne, qui m’avait si gentiment reçu chez « Présence du Futur » à l’époque de mon mémoire de DUT.
#2539
« No man can hold himself accountable for the results of his psychological defects, especially those he shares with all his fellow men, such as lack of omniscience » (Nero Wolfe)
En nos temps d’über dominance de l’image qui bouge, on entend souvent parler de binge-watching, alors est-ce que lire énormément et une seule et même série serait en quelque sorte du binge-reading — ou s’agit-il simplement de… reading ? Well anyway, ces dernières semaines, comme il m’en prend de temps en temps l’envie (les Maigret il y a quelques étés de cela, les Harry Potter un hiver récent), je dévore (le terme me plaît plus) une série qui m’est pourtant fort familière (mais justement) : les « Nero Wolfe » de Rex Stout. Vous ne connaissez pas ? Your loss. C’est une série policière américaine, sur un duo d’enquêteurs, un obèse autiste et génial et un petit rusé excellent danseur. Années 1930 à 60, grosso-modo, New York, tous les mecs portent un chapeau (homburg, fedora, même chapeau de paille l’été), toutes les femmes portent une hermine (vison, zibeline, etc.). Drugstores, night clubs, soda fountains, portiers, cabines téléphoniques. Plus les orchidées. Avec un mixte très original et assez subtil du whodunit avec le harboiled — Wolfe c’est un peu Mycroft Holmes et Archie c’est un peu Philip Marlowe. Je viens de m’en envoyer une vingtaine, et je ne m’en lasse pas. C’est pétillant, captivant, vintage, j’y reviens depuis mon adolescence.
#2538
Je viens de croiser une voisine que je n’avais jamais vue. Elle a le visage si extraordinairement ridé que, si on la dépliait, sa peau pourrait faire l’affaire pour au moins deux têtes.
#2537
Ce n’est pas à la pensée du nouveau président que je me suis réveillé ce matin le cœur serré, au bord des larmes. Un mauvais rêve sans doute, dont des lambeaux m’accompagnèrent sous la douche. Parfois la tristesse me cueille ainsi, sans prévenir, au réveil. Les doutes existentiels, les souvenirs, la solitude, la vie quoi.