#2413

Allons bon, voilà autre chose. Mandou — c’est la plus jeune de mes trois chattes — déteste que je sorte et fréquemment, elle se faufile sur le palier. Ce midi, alors que je réceptionnais des stocks dans la cour, j’ai entendu Mandou donner de la voix, puis un grand « clac ». Remontant à mon étage, je trouve la porte entrouverte et Mandou sur le palier… Hum, serait-ce donc que… ?

À l’instant, je redescend à la cave… et je retrouve encore une fois en remontant la petite chatte sur le palier! Damned, la bestiole sait maintenant ouvrir la porte d’entrée. Va falloir que je cadenasse à chaque fois.

#2412

On the road again : après trois semaines relativement tranquilles, avec simplement la charge normale de boulot éditorial + quelques articles à écrire (m’en reste trois), je repars pour trois semaines de voyages et de gros travaux divers — week-end salon à Toulouse, deux jours de « séminaire » Indés à Chambéry, trois jours chez mes parents, salon de Sèvre, une journée à Paris, journée de réunion Indés et visite d’un local, deux ou trois jours de bouclage du premier Fiction new look… C’est ce que l’on appelle un changement de rythme.

#2411

Petite tristesse du matin, l’annonce de la disparition de monsieur Lautner. Mince quoi, Ne nous fâchons pas, les Monocle, Quelques messieurs trop tranquilles, les Tontons flingueurs forcément, autant de films que je revois régulièrement au point d’un peu les connaître par cœur…

#2410

Ces derniers temps, pour des raisons que j’expliquerai peut-être un jour sur cette page, ou pas, je réfléchis beaucoup en termes de maisons, de logis, d’endroits à vivre et d’endroits où travailler. Et d’étapes, également. Pour moi ce blog, c’est comme une maison aimée mais peu fréquentée pour le moment, une résidence secondaire. De temps en temps il me faut y venir ouvrir les fenêtres, aérer un peu tout ça (effacer les masses de commentaires indésirables), et chaque fois je m’y sens bien, j’aime y revenir. Mais il y a un temps pour tout et ces mois-ci ne sont pas le temps du blog, apparemment. Rien de grave, bien au contraire, j’ai plutôt un sentiment de légèreté, de tranquillité, où la petite douleur lancinante de la solitude ne me « tire » que le soir, mais dans l’ensemble je me sens plutôt en accord avec moi-même. Ah, comment mon amie Christine m’a-t-elle définie cela l’autre jour, elle a eu une jolie formule ? Oui, voilà : une « fatigue guillerette de bon aloi ». Plutôt réconcilié avec mon propre corps, aussi, que l’âge fait considérablement changer. Il est un peu plus de minuit et dans la nuit au dehors bat légèrement une fine pluie. J’entends aussi, tout aussi légèrement, un souffle de vent et à l’instant le woush du passage d’une auto. Je lis énormément (rien de nouveau à cela), je regarde des tas de documentaires architecturaux (la longue série Grand Designs de Kevin McCloud), et le jour je travaille. Une entrée ici ou là pour le troisième Dico féerique, pas mal d’articles en retard, des relectures, la gestion quotidienne, quelques visites du graphiste Sébastien. Une vie calme.

#2409

Longtemps je n’ai pas réalisé que certains verbes en usage dans ma famille ne relevaient pas du vocabulaire français. C’est en m’exilant dans cette portion lointaine et inconnue de la France qu’est le sud-est en général et Lyon en particulier, que j’ai vraiment réalisé ce que mon langage ordinaire comportait d’éléments issus purement du tourangeau. Ce qui est drôle, car je n’ai jamais habité en Touraine, la patrie de mes aïeuls — j’ai passé le plus clair de ma jeunesse en banlieue parisienne. Mais ces verbes s’inscrivent dans la tradition familiale et s’avèrent bien pratiques, recouvrant des actions que les verbes du français ordinaire n’atteignent pas. Considérez par exemple le fait d’être enchifrené — se sentir comme un chiffon froissé, un classique du rhume par exemple. La fenêtre qui ferme mal se met lorsqu’il y a du vent à bredaquer — à cogner vaguement. Dans la casserole sur le feu, l’eau se met à fretasser — quand les bulles bruissent avant le bouillir. Des étourneaux décollent en masse puis vont se rejuquer plus loin. Tournant de-ci de-là dans l’appartement, je m’occupe vaguement, je range un truc, j’en déplace un autre : je bousine — l’action de faire sans rien faire, peut-être le plus beau des verbes tourangeaux ! Et puis, fatigué, je vais m’épastrouiller dans un fauteuil, surtout si je ne suis pas bien rouchu (pas avoir la forme). Un goût en plus de l’acide, du sucré ou de l’amer : arse (astringent). Ajoutez à tout cela un simple objet, un caco (un récipient — la tête de mes copains bordelais un jour que j’ai utilisé ce mot), et vous aurez fait le tour du principal de mon vocabulaire « annexe », si précieux. Avec le plus beau, je trouve, dans sa claire construction d’origine latine : coupant un citron l’autre midi, j’en ai éperjuté partout — éclabousser du jus. Et encore, d’autres mots me reviennent : un garçon et une fille, ce sont un drouillé et une drouillère, par exemple.

Lors de mes études à Bordeaux, j’avais un peu étudié le vocabulaire bordeluche, pour un cours de linguistique. J’en ai hélas tout perdu, en dehors du « ça daille » (ça fait suer — plus bien entendu la chocolatine, le pain au chocolat, et la poche, le sac). Mais j’aime cet enrichissement de la langue française qu’apportent les vocables locaux — Flaubert après tout osait bien enrichir sa prose de quelques mots venus du normand. Ah tiens, une chose que je n’ai pas précisée, c’est qu’avec l’accent tourangeau, les verbes ci-dessus cités ne se prononcent pas comme ils s’écrivent : un re se prononce eur et un de se prononce eud. Donc bredaquer se prononce « beurdaquer », par exemple.

Effet sans doute de l’âge et de mes déjà 27 années d’exil lyonnais, loin de mes racines familiales et de jeunesse (la Touraine, l’Anjou, le Bordelais), je suis plus que jamais sensible à ces mots comme aussi à ces paysages, pierre blanche et toits d’ardoise, Lyon est fort belle (et le « yonnais » très sympa, que l’on n’entend hélas plus du tout), la Provence est très attirante, le Beaujolais est de toute beauté… mais ce n’est pas chez moi, de fait.