#1444

C’est dramatique: le gouvernement semble vouloir attaquer la loi Lang pour le prix unique du livre!

L’article du Monde est malheureusement fort maladroitement rédigé, bourré d’erreurs et d’anomalies. Le sous-entendu selon lequel le prix des livres serait libre après deux ans est une totale imbécilité (cela ne concerne que les ouvrages en stock depuis plus de deux ans dans la librairie et jamais réapprovisionnés depuis). Et l’article de relayer des mensonges des gens d’Amazon.fr, qui se sont fait d’ailleurs une habitude de mentir tout le temps (non respect de leur condamnation de la fin d’année dernière concernant l’interdiction de pratiquer le port gratuit, non livraison des ouvrages des petits distributeurs, informations fausses, etc).

« Restent les consommateurs. En entraînant une baisse du prix des livres, cette mesure devrait permettre aux clients d’acheter plus de livres. « Nos clients trouvent que les livres sont chers », explique Xavier Garambois, directeur général d’Amazon France, qui juge « très positive » l’initiative des deux députés. « Cela stimulerait le marché du livre, qui est moins dynamique en France qu’en Grande-Bretagne et où les nouveautés sont moins chères », poursuit-il. »

Tout cela est un tissu de mensonges. Primo, une telle mesure n’entraînerait absolument aucune baisse du prix pour le consommateur (c’est là une chimère qu’agitent toujours les ultra-libéraux): seule grandirait la marge bénéficiaire des grands points de vente. De plus, il est rigoureusement faux de prétendre que les livres sont moins chers en GB qu’en France — car bien au contraire, ils sont plus chers! Il suffit d’avoir observé l’évolution du marché du livre en GB depuis que les grandes chaînes américaines (propriétés de Border’s) ont brisé l’entente locale pour un prix unique. Les prix ont explosé, les livres de poche n’existent carrément plus (plus rentables!), les éditeurs sont étranglés par les exigences de marge de Border’s, les petits éditeurs n’y sont plus en vente du tout. Ce qu’oublie aussi de dire Amazon.fr, c’est que chez leur collègue britannique, il est possible de commander (et de recevoir) toute la production — ce n’est pas du tout le cas chez Amazon.fr, qui pratique un boycotte sournois et hypocrite des petites productions, en ne se fournissant que chez un petit grossiste parisien (!) au lieu de commander directement chez les distributeurs concernés, et en prétendant ensuite aux clients que l’ouvrage « n’est pas disponible » ou en demandant plusieurs semaines de livraison, pour des livres parfaitement disponibles partout. Amazon.fr est un ennemi de fait de l’indépendance éditoriale et de la liberté de publier, ils ne visent qu’à la réduction du marché pour un profit maximum et un souci minimum d’exécution.

En effet, le calcul est simple à faire: ce que veulent les ennemis du prix unique, c’est proposer d’alléchantes remises à leurs clients. Mais pour cela, ils ne désirent pas rogner sur leur marge: ils exigent donc des éditeurs une remise plus importante. Et comme les éditeurs ne peuvent augmenter une telle remise sans y perdre leur chemise (la diffusion-distribution coûte déjà à l’éditeur dans les 65% du prix de vente public, duquel il faut encore déduire la taxe, les coûts d’impression et les droits d’auteur: que croyez-vous qu’il reste après ça?), ils n’ont qu’une seule possibilité de manoeuvre: augmenter le prix de vente pour gonfler leur CA. Et qui trinque donc, au final? Le lecteur, qui se retrouve avec des livres certes remisés par les grandes chaînes mais en fait beaucoup plus chers à la base.

L’initiative de ces deux députés (dont on gagera qu’ils ne lisent guère, contrairement à monsieur Attali) est supérieurement néfaste et la remise en cause de cette loi mettrait gravement à mal toute la chaîne du livre — car le livre n’est pas un « produit » comme un autre, et nécessite un équilibre égalitaire des conditions de mise en vente pour fonctionner. Il ne s’agit pas de protéger des intérêts mesquins, mais bien au contraire de garantir aux auteurs et aux lecteurs à la fois des revenus corrects (avec notamment la mise en place, enfin, de la SOFIA, organisme équivalent à la SACEM qui verse aux auteurs et éditeurs les droits perçus auprès des bibliothèques de prêt) et des livres pas trop chers. Détruire la loi Lang, c’est du perdant-perdant: tout le monde aurait à en pâtir grandement, qu’il soit éditeur, libraire, auteur ou lecteur. Personne n’y a intérêt! Seuls des idéologues aveugles peuvent rêver de détruire un tel secteur culturel et économique.

Imaginez un marché du livre sans format de poche! Non seulement cela serait dramatique pour les éditeurs grand format, pour lesquels la revente des droits pour le poche est un revenu non négligeable, mais cela signifierait l’abandon du travail patrimonial typique du poche (fonds de catalogue entretenu spécifiquement)… et une flambée des prix de vente! Ce qui est exactement ce qui s’est déroulé en Angleterre. Le règne du gros et grand livre cher et de la nouveauté immédiate.

#1443

Arrivant dans les couloirs lisses et gris qui mènent à la ligne 14, j’ai croisé le Père Noël. Vraiment le Père Noël: gros, barbe et cheveux blancs aussi abondant que bien peignés, et tout vêtu de rouge pétant. Un bagage à ses pieds, le Père Noël comptait sa main dans le creux de sa main épaisse: il n’y avait certainement pas assez pour s’acheter un billet pour le Pôle nord — si tant est que le métropolitain y conduise car, nonobstant le frimas parisien, tout de même, le pôle est encore loin de ce nord-là.

#1442


Firenze / 6 (où le capitaine se découvre un goût pour le baroque)

Bellissimo, il Duomo! Écrasant de beauté, en fait. Littéralement. Impressionnant édifice, tout couvert de marbre, une présence sublimement graphique qui domine les rues alentours tel un paquebot figé en pleine terre. Il a aussi quelque chose d’un Arlequin, en tout cas d’un personnage de merveilleux: tout ces dominos, les uns au-dessus des autres! Comme un costume près à cliqueter et tintinnabuler au moindre mouvement. Splendide parure — et ce n’est que cela: à l’intérieur, la cathédrale Santa Maria dei Fiori n’est jamais que l’équivalent Renaissance du hall de gare. On y va pour admirer les peintures, je suppose. Peu sensible que je suis aux tableaux de la Renaissance (ceci est un doux euphémisme), et comme de toute manière ceux-ci sont plongés dans une perpétuelle pénombre, je préférai San Gaetano, une petite église qui pour ne pas être commentée par les guides, offre, lorsque l’on pousse le grand rideau doré de sa porte, la vision étonnante d’un intérieur purement baroque: tout en caissons et décrochements anguleux, et entièrement noire, sous une voûte blanche, avec seulement quelques discrètes dorures aux environs de l’autel.

(à suivre, encore)

#1441

Une des choses sympathiques et amusantes ayant eu lieu aux dernières Imaginales d’Épinal, ce fut que deux photographes eurent l’idée de venir shooter les écrivains présents: Patrick Imbert avait apporté un très bel appareil ancien sur trépied, une chambre noire, avec laquelle il captura l’image des volontaires sur fond d’herbe et d’eau ; tandis que Daylon tira le portrait de nombreuses victimes. En attendant de voir les clichés du premier, me voici déjà par le second (qui a pris plein de monde fort souriant).

#1440

Retour d’Épinal. Un festival toujours aussi agréable et convivial, au bord de l’eau, sous de grandes tentes blanches. Nombreuses rencontres fructueuses: David Camus, Harry Morgan, Simon Sanahujas et son photographe Gwen, Tad Williams, Jean-Philippe Jaworski… Et une soirée excellente en les murs du Château Heliot avec Mauméjean, Imbert, Guillot, Jaccaud et Célia Chazel. Bien! J’aurai eu la place pour dédicacer, c’eut été encore mieux, cependant.

Moins bien: je découvre en rentrant que ma carte bancaire ne fonctionne plus. Explication: la Caisse d’épargne a procédé a une grande opération d’oppositions, afin de protéger ses clients contre une attaque web contre ses cartes… Weird! Et fort peu pratique, vu que je repars illico pour deux jours à Paris, puis rebelotte la semaine prochaine, avant un week-end à Aix et Nyons.