#1439

Firenze / 5 (où le capitaine parle d’ombre)

Florence, Firenze: ce simple nom évoque l’éclat de la Renaissance, les fastes des Medicis, ceux de la famille Bonaparte puis des grands-ducs de Lorraine. Mais qui dit éclat ne dit pas pour autant « lumière »… Et la ville au bord de l’Arno n’a rien de très lumineux, en définitive. La pierre y est relativement sombre, et alourdie par l’esthétique du « bossage », le fait de conférer aux énormes blocs du bas des palais un aspect brutal, mal dégrossi. De plus, les rues sont étroites, comme il se doit dans le sud: peu de lumière pour pénétrer dans les rues et dans les cours. Tout celà — et désolé pour le « sacrilège » envers la Renaissance — mais tout cela manque de grâce, sens la pesanteur médiévale. Il faut lever les yeux très haut, pour avoir une vision de légèreté. Car en s’élevant, les palais se font plus élancés, plus gracieux enfin. Et les dômes procurent à Florence non seulement ses principales icônes, mais aussi (surtout) la beauté de ses toits. Ah, somme toute, c’est assez logique pour une ville qui voulait être plus près de toi Seigneur. Le Duomo, bien entendu, absolument colossal, mais aussi quantité d’églises, et puis faisant contraste avec ces collines de tuiles, l’arrondit d’un vert aigu de la synagogue, et là-bas un haut dôme vitré.

(à suivre)

#1438

Deux nouveautés de juin aux Moutons électriques: Avant l’Hiver de Léa Silhol et sa version « hardcover », prochainement en souscription. Couv par Sébastien Hayez.


#1437

Monde d’escrocs. Tout à l’heure, j’ai reçu 345 spams d’un coup, sur une vieille adrel. Des messages de prétendues interventions sur PayPal me parviennent régulièrement. Des lettres de supplications de diverses veuves de généraux africains. Et maintenant, les spameurs montent à l’étage (contrairement aux facteurs): « bonjour, nous venons vérifier votre installation téléphonique » ; « bonjour, nous venons pour l’offre téléphonique à prix réduit » ; « bonjour, je suis chargé de la réduction des dépenses d’électricité ».

Ben tiens. Pfff.

#1436

Firenze / 4 (où le capitaine n’aime la campagne qu’en peinture)

Si à la droite du quartier San Niccolo s’élève la colline de San Miniato, à sa gauche, juste au-dessus de notre hôtel, la Pensione Silla, sont es jardins Bardini. Je tenais à m’y rendre, car peu amateur d’art ancien — alors que je suis en plein coeur d’une cité de la Renaissance! — j’avais cependant repréré qu’une exposition se tenait sur les Macchiaioli. Ceux-ci étaient des peintres toscans de la fin du XIXe siècle, qui opérèrent un passage aux scènes de la vie quotidienne, et notamment de la vie campagnarde Ces jeunes gens vivaient déjà dans la fin des espoirs du Risorgimento, confrontés qu’ils se trouvaient à la réalité de l’unité italienne. Ils étaient également influencés par l’art de leur époque, et notamment par la pratique des peintres français dits de Barbizon. Autour de la personnalité de Fattori, représenté par onze tableaux de toute beauté (à les voir on comprend fort bien pourquoi Fattori fut célébré comme le maître de ce mouvement), quatre sections présentaient la peinture de ce temps et de cette région — y compris des scènes de villes, très dans la mode de l’époque, au point qu’elles auraient tout aussi pu être peintes par un Jean Béraud.
Plus tard, au gré des autres musées florentins, je vis quelques autres Fattori.

La promenade se poursuivit par les jardins Bardini et, surtout, par les jardins Boboli, un chef-d’œuvre d’art paysager aux immenses haies et aux longues allées ponctuées de statues. Ils n’étaient pas fous, tous ces Anglais qui entre la fin du XVIIIe et le début du XXe vinrent s’installer en Toscane, ou s’y rendre en villégiature. Dans cette nature assagie, peignée, sous ce grand ciel bleu et les élans sombres des cyprès, je ne cesse de croiser les fantômes des protagonistes de Chambre avec vue

Toutes les demi-heures, toute la ville « sonne beau », comme disait mon arrière grand-mère. Carillons omniprésents.

(à suivre)

#1435

Firenze / 3 (où le capitaine fréquente les grands de ce monde)

Le prétexte de ce séjour était que je devais tenir compagnie à ma vieille mère, tandis que mon paternel serait au jardin d’iris de la piazzale Michelangelo, en tant que juré de la 15e Mostra Internazionale dell’Iris. Une activité qui, outre quelle n’est pas sans amuser l’auteur que je suis d’une étude sur Nero Wolfe, l’Homme aux orchidées, comporte également son lot de mondanités. Ce fut donc dans un petit château au sommet d’une colline couverte de cyprès et d’oliviers, que nous avons eu l’occasion de déjeuner.

Garden Party tout d’abord, sur une verte pelouse qui finissait sur une terrasse de brique dominant les jardins — et un somptueux panorama. Puis déjeuner à l’intérieur, mon père étant assis à côté de la marquise Gondi de Retz. Life with the filthy rich. Un garçon en veste et gants blancs nous sert. Le Palazzo Gondi n’est rien moins que la plus énorme demeure particulière de Florence.

Il ne cesse de m’étonner combien je peux souvent me retrouver à évoluer en des milieux ô combien plus fortunés que moi. Ce qui m’esbaudit tout en me permettant d’avoir l’oeil de l’ethnologue. De plus, mon statut d’écrivain m’octroit le droit de porter des tenues pas forcément admissibles pour d’autres — cette fois jean clair déchiré au genou, chemise indienne noire au col droit et veste de velours. À voir toutes ces dames emperlousées, manucurées et permanentées évoluer sur l’herbe d’un vert acide, sous une tonnelle ancienne, je ne peux m’empêcher de penser à des films de James Ivory ou de Peter Greenaway. Las, papa n’est pas Hercule Poirot et il n’aura à résoudre aucun crime durant son séjour parmi les plantes à bulbe. Le meilleur de ces quelques heures dans la haute société fut toutefois d’être accompagnés en ville par un délicieux vieux gentilhomme, cultivé et amical, avec juste cette pointe de légère excentricité qui fait le véritable seigneur.

(à suivre)