#1434

Firenze / 2 (où le capitaine passe de culte en culte)

Une matinée à l’église: pour un impie tel que moi, cela constitue assurément un record. Santa Croce, le panthéon italien: cloîtres, chapelle de Brunelleschi, et partout des tombes d’Italiens célèbres — Dante, Michel-Ange, Machiavel, Galilée, mais aussi le dramaturge Alfieri et le poète Ugo Foscolo… Ces deux derniers n’étant guère connus en France (et leur nom donc non traduit dans notre langue), mais néanmoins fort intéressants, en ce qu’ils sont bien représentatifs de la fin du XVIIIe, de ses espoirs révolutionnaires vite éteints par la Terreur puis la mégalomanie de Bonaparte, et finalement tout de même, de l’unification italienne. Un sujet d’autant plus intéressant, désormais, que le ministre ligueur de Berlusconi prépare une fédéralisation du pays. Complexe et torturée histoire italienne, dont Foscolo semble particulièrement symbolique: né d’un père vivant dans une ville qui n’est plus italienne maintenant, dans une île qui n’est plus italienne non plus, mort à Londres en exil, son corps rapatrié après l’unifiation pour être enterré à Santa Croce qu’il admirait tant…

Deux autres églises avaient porte close, mais pas la synagogue. Première fois que je pénétrai dans un tel lieu de culte. Sous le grand dôme vert et derrière cette façade d’un élégant rose tendre que l’on nous dit « byzantin », je découvris donc la beauté sombre et très mauresque d’un intérieur de synagogue. Enfin une église dont toutes les aprois sont toujours peintes, comme d’antan. Fascination de ces motifs bruns sur rouge, en multitude, à l’effet tout à la fois riche et presque hypnotique.

(à suivre)

#1432

Firenze / 1 (où le capitaine commence par râler un peu)

Somme toute, il est rassurant de constater combien il y a certaines constantes dans nos civilisations occidentales: à Florence comme partout ailleurs, les bibliothécaires sont revêches et l’administration postale barbare.

La Bibliothèque nationale est un très beau et grand bâtiment qui, ouvrant sur un petit square qui donne sur le quai de l’Arno, présente un sévère portique de colonnes sombres, tandis que sur le côté, l’édifice acquiert un charme à la Radcliffe Camera. Mais à l’intérieur… Eh bien: « Visita? No! » fait une cerbère froncée au chignon serré. Cette bibliothèque est plus sévèrement gardée qu’une banque: portillon anti-terrorisme et interdiction de pénétrer. Je n’avais jamais vu ça. On prend la littérature vraiment au sérieux, en Toscane.

Bref: un peu plus profond dans le quartier de Santa Croce, un unique bâtiment moderne exhibe sa vilaine face anguleuse seventies, aux délicates teintes de béton pisseux et de crasse grisâtre. Il s’agit de la Nueva Poste. En face de cette pustule postale, seule à dépareillé le centre historique, un café propose parmi ses glace une « soupe anglaise » (zuppa inglese) dont je n’identifie pas la composition, mais dont la couleur jaune marbrée de brun accompagne un goût fortement caramélisé assez agréable (nous découvrirons plus tard qu’il s’agit de crème anglaise).

(à suivre)


#1431


Retour de Florence. Dans les prochains jours, nouvelle session de « oh nooon, le capitaine nous bassine encore avec ses diapositives ».

« The fine balance of truth in observing with the imaginative faculty in modifying the objects observed. » (Coleridge, sur l’art du travelogue)

#1430

Bonheur et soulagement: j’ai bouclé tout ce qui devait l’être avant mon escapade florentine.

Le Frankenstein et le Dracula sont chez l’imprimeur, les dernières pages du deuxième gros livre illustré avec Fabrice Colin sont rendues, la postface pour le Michael Coney chez Bragelonne itou. Bon, en rentrant il y aura à nouveau des tonnes de choses à faire et à écrire, mais pour l’heure: c’est fait. La fin de presque deux mois de marathon — je n’avais jamais autant écrit de ma vie, et ma foi c’est fort agréable.