De chaque côté de chez mon parisien d’oncle…
#1148
Suis allé voir, ce matin, l’expo du Grand Palais sur Disney et ses sources d’inspiration. Pas du tout d’attente, peu de monde, et une présentation d’admirables merveilles: le bonheur.
« Culture populaire et culture savante s’ignorent le plus souvent il est vrai, et les liens qui les unissent sont peu étudiés et donc mal connus », nous explique-t-on en ouverture. Ce n’est rien de le dire: aujourd’hui encore, nombreux sont les tenants de la culture savante, tel Michel Onfray, pour même nier qu’il puisse exister une culture populaire. Tandis qu’ici, sont enfin exposées les racines de l’imaginaire graphique de chez Disney. Avec flair et brio. Quel plaisir que de voir des aquarelles de Carl Luggren ou de Kay Neilsen aux côtés de dessins d’Henrich Kley (dont Disney avait acheté une grande quantité d’oeuvres originales, ai-je ainsi appris) ou de Beatrix Potter, et tant d’oeuvres-sources du merveilleux. Ah, l’admirable « Echo et Narcisse » de John Waterhouse, de précieux Richard Doyle, un Richard Dadd et un Atkinson Grimshaw, ces quelques John Bauer délicats ou même, amusement, ce beau tableau mettant en scène trois rats anthropomorphisés… qui sort des réserves des Beaux-Arts de Lyon. Les rapprochements sont pertinents, les documents absolument fascinants. Pour l’auteur que je suis d’un Panorama illustré de la fantasy & du merveilleux, ce fut une expérience émouvante.
Par ailleurs, cette fois en tant que directeur littéraire pour les Moutons électriques, je me rends dans deux petites heures à la réunion de représentants, avant d’enfin pouvoir regagner mes pénates et mes félins. Avec un soupir de soulagement, car je me sens véritablement épuisé. J’en avais les jambes qui flagollaient, tout à l’heure, dans un escalier du métro.
#1147
Demain, fin de ce séjour parisien entamé par le très sympathique salon de Sèvres: beaucoup de monde, retrouvé un vieil ami, et tant de discussions que j’en ai presque perdu la voix – dommage seulement que le libraire n’ait pas jugé bon de prendre tous mes titres ni en quantités suffisantes (c’est limite vexant, frustrant en tout cas). Plusieurs rendez-vous, un seul musée (le Petit Palais, conseillé par mon médecin qui a très bon goût): le lumbago et la fatigue firent que, sinon, je restai beaucoup chez mon oncle, à avancer tranquillement lectures et traduction. Le retour ne sera pas de tout repos, avec la signature d’un auteur des Moutons et le mini-salon littéraire qui suit vendredi soir.
#1146
« Ce qu’on entend à travers les plafonds, ce qui vient des étages profonds, n’élève pas, ne baisse pas le ton: gravement, les paroles bourdonnent, le feutre tombe sur la bouche qui chantait, sur l’eau qui dans les cuisines coulait, sur tout ce qui se délivre et résonne. / Terrons-nous dans ces antres de laine, enveloppons notre rire et nos cris: il ne faut pas que le jour nous entraîne vers les lieux où le monde bondit! » (Jean Tardieu, « Les logements »)
#1145
« On n’est pas le même partout. Certains se redressent de plusieurs centimètres quand ils sortent de l’entreprise où ils travaillent, où ils s’ennuient (…). En vacances, l’organisation de notre journée change complètement. Nous nous intéressons à d’autres choses. Si nous allons à l’étranger (…) nous devenons un peu espagnols un peu américains, un peu tunisiens. Certains lieux sont particulièrement actifs, révélant des parties de nous-mêmes que nous ignorions ; c’est ce que j’appelle leur « génie », m’appuyant sur la tradition latine. Souvent, c’est parce qu’ils sont façonnés par l’homme, qu’ils sont la matérialisation d’une culture ou d’une époque. (…) Parfois ce sont des écrivains qui ont décrit telle ville, et dont nous avons l’impression de retrouver le texte à tous les coins de rue. » (Michel Butor)

