#1124

New-York, milieu des années 20: une dessinatrice française d’origine polonaise, Irena Hassenberg (1884 ou 86 – 1953) alias Reno, fit là-bas un séjour graphiquement fructueux, après une traversée transatlantique très « people » en compagnie de célébrités du monde de la culture de l’époque. Des amis à moi ont plusieurs originaux d’elle, et un joli paquet de lithos — ils m’en ont offert une, que voici scannée. Le style qu’ont, de nos jours, réinventé Avril ou Dupuy & Berbérian, n’est pas bien loin. On pensera aussi à l’Anglais T.S. Lowry. J’aime cette apparente naïveté, un trait en fait magnifiquement maîtrisé.

#1123

Rêvé ce matin que je tenais une librairie, avec mon ex-coloc, et que nous préparions une nouvelle vitrine — ressemblant nettement à celle de la boutique qu’avait autrefois Francis Valéry sur le cours de l’Yser, à Bordeaux. Nous avions de grandes silhouettes en carton représentant des buildings new-yorkais classiques, que nous disposions dans la vitrine, ainsi que des petits bonshommes en plastique — c’était pour la sortie de Liliputia de Xavier Mauméjean (le roman auquel cet auteur est en train de travailler, en fait).

#1122

Je disais l’autre jour toute mon admiration de l’art de François Avril. Justement: un livre vient combler mon désir d’enfin voir réunis un grand nombre de ses dessins urbains. Paris.Tokyo.New-York.Bruxelles est, chez l’éditeur belge Champaka, un coûteux mais grand moment de bonheur graphique. À force d’épure, presque d’abstraction, toute en lignes tremblées, infiniment frêles, Avril « capte l’âme, d’avantage l’idée d’une ville que ses formes immédiatement visibles ». Il va à l’essentiel, n’hésitant pas pour cela à inventer des rues, ajouter un bar, une affiche… Cette démarche de discrète réinvention pour mieux illustrer me semble particulièrement visible (et amusante) dans ses dessins de Bruxelles, où une « Van Melkebeke Straat » m’a fait sourire d’emblée (c’était le nom d’un ami d’Hergé à l’idéologie embarrassante). Maintenant, ne me reste plus qu’à espérer qu’Avril dessinera aussi mes villes favorites: Londres, San Francisco et Amsterdam, un jour?

#1121

En parlant de vieux copains, j’en ai un qui a un jour décrit le « syndrôme de Philippe Caille »: la capacité d’un fan de SF à faire usage de la technologie est inversement proportionnelle à la fascination que celle-ci exerce sur lui.

En clair: hors de la fiction, les fans de SF sont généralement complètement incompétents en matière de technologie… D’ailleurs, je n’ai même pas le permis de conduire. Mais trop c’est trop, j’avoue avoir été pris d’un fou-rire ce matin, en ouvrant une enveloppe postée par l’anthologiste Richard Comballot: le cher homme me donne son sommaire… sur une disquette?!? Ah ah ah, mais comment veut-il que je lise cet artefact du passé?

#1120

Amusant exercice de quasi enquête policière: le petit message d’un copain de collège m’a donné la curiosité d’aller faire une recherche sur quelques noms d’amis d’enfance… Il faut dire que, mon père déménageant beaucoup pour son boulot, je n’ai jamais conservé d’amitiés de jeunesse, ai toujours perdu tout le monde de vue. Googler des noms de mon passé m’a donc permis de retrouver quelques traces…

Voyons voir, tel Jean-Marc serait donc devenu successivement haut fonctionnaire d’une DRAC, chargé de l’architecture, puis conseiller du ministre de la culture, toujours à l’architecture, et maintenant directeur d’une école d’archi à Lille? Well, il me revient effectivement en mémoire que son père était architecte et militant RPR, il ne serait donc pas surprenant que mon copain du collège ait suivi brillamment dans les pas paternels. Toujours niveau collège, rien en revanche sur Eric, dont la célèbrissime mère écrivain occulte toute recherche à son nom de famille. Et ce copain du lycée, Emmanuel? Ah, un site sur la biodiversité? La photo est petite mais ce semble bien être lui, né à Lille c’est forcément mon ancien copain. Branché vélo, biodiversité et développement durable: je le reconnais bien là. Enfin, recherché une copine du temps de mes études à l’IUT « Métiers du livre » et à la fac, Emmanuelle. Bingo: directrice adjointe d’un théâtre, ça lui va bien. À La Rochelle? Oui, je me souviens qu’elle était de là-bas, c’est donc bien elle.

Pas vraiment de nostalgie, simplement un léger amusement à suivre en filigrane des trajectoires de vie, toutes apparemment très en droite ligne des envies et goûts qu’ils exprimaient lorsque nous débutions ensemble dans l’existence. Et sans nulle doute en diraient-ils de même de mon propre trajet, j’imagine.