#1119

Suis allé hier soir à la nocturne de « Place aux livres », le salon du livre de Lyon, place Bellecour. Un grand chapiteau blanc, à l’intérieur nettement mieux aménagé que la première année (je n’étais pas allé à la deuxième): cette fois c’est bien éclairé, les tables sont décorées, jusqu’à des petites lampes et des fanions. Je m’interroge tout de même encore sur l’adéquation à trouver entre un salon qui ne présente que des petits éditeurs mais qui veut séduire le grand public: n’y a-t-il pas là un conflit d’échelle? Pour s’imposer, un tel salon ne devrait-il pas proposer aussi des stands de grands éditeurs — il n’y a même pas Glénat, le géant régional, ou Actes Sud, le géant sudiste.

Le stand des Moutons électriques est tenu par la librairie Decitre, qui a fait du joli travail. Ils recoivent aujourd’hui Andrevon et Fuentès, ce qui tombe plutôt bien puisque tous deux sont aus sommaire des Anges électriques. J’avais décliné l’offre d’un stand, à l’origine, car, outre que non motorisé je ne vois pas comment je pourrais avoir ce genre d’activités, il me semble tout de même qu’éditeur et libraire sont deux métiers très différents — et que je suis désormais directeur littéraire, pas chargé de vendre à la foire. Là encore, il me semble y avoir une sorte de conflit d’échelle.

Enfin bref, déambulé dans les allées à découvrir des tonnes de bouquins que je ne connaissais pas (tant de livres, tant de livres! ça m’effraie souvent, en tant qu’éditeur moi-même!), à papoter avec l’ami Sire Cédric dont le sourire s’orne de vampiriques canines, à taper la bise à ma patiente libraire Sandrine, à saluer Brigitte Chartreux la directrice de l’ARALD, à retrouver les adorables Jean-Emmanuel et Li-Cam de chez Organic éditions, enfin à bavarder avec Jérôme Vincent de chez Actu-SF. Passablement mondain, tout cela, avec champagne dans une étroite flûte en plastique.

#1118

Finalement, j’ai assez peu lu ces derniers temps. Mais tout de même: Spin et Bridge of Years de Robert Charles Wilson. Le premier est certainement un sommet en matière de science-fiction, renversant de beauté et d’ampleur de vue, tout en construisant des personnages plein de chair. Sidérant, littéralement. Le second est un roman nettement plus ancien du même auteur, donc assez mineur (Wilson ne cesse de progesser, c’en est presque effrayant), mais néanmoins très beau et touchant, un paradoxe temporel comme il les aime.

Le problème de Wilson, franchement, c’est qu’après: quoi lire qui soit aussi bien?

Sinon, j’ai retrouvé le goût pour les séries télé: Veronica Mars qui est une sorte de Buffy en polar, formidablement accrocheur, intelligent, marrant, violent, bref: une Nancy Drew pour le XXIe siècle, la claque! Pas trop compris ni apprécié Paranoia Agent, je dois avouer. Je m’amuse bien des Futurama, en revanche. Quant à Heroes, c’est une autre baffe: ce feuilleton sur des individus ayant des pouvoirs spéciaux est formidable (et paradoxale) de réalisme — et les deux Japonais sont adorables.

#1117

Concentration malaisée, ces jours-ci: les ouvriers ont commencé les travaux, juste en-dessous de chez moi. L’espace du rez-de-chaussée va être transformé en appartement. Ils ont déjà explosé le mur près des boîtes aux lettres, pour percer une porte d’entrée. Tout l’immeuble tremble, je sens venir la migraine.

J’ai l’impression d’habiter à l’intérieur d’une dent… chez le dentiste!

#1116

On ne peut pas dire que mes deux petits chats ne fassent pas des efforts pour comprendre cet étrange cerveau des humains. Ainsi, bien souvent lorsque je bosse devant le grand ordi, l’un ou l’autre des félins vient se planter entre le clavier et l’écran, assis bien droit, à scruter ce qui peut bien me fasciner si longtemps et si souvent. Parfois, un petit coup de patte est destiné au curseur.

#1115

Les Moutons électriques reçoivent quasiment un manuscrit non sollicité par jour. Pourtant, nous ne voulons pas de manuscrits, l’avons souvent dit, et indiqué sur le site. Mais il y a toujours des would-be-writers qui ne prennent pas le moindre renseignement avant d’envoyer leur tas de feuilles à l’aventure. C’est dommage, ça nous fait en tout cas du papier de brouillon, et le plus drôle – rire jaune – est lorsque nous répondons (si l’auteur a indiqué un email), la réponse classique: « que cela ne vous empêche pas de le lire, si vous en avez envie ». Ah ah ah. Long rire douloureux.

Rien à voir: dans la rue, j’entends tout le temps des gens rejouer leurs conflits, on dirait que la réinterprétation (au sens théâtral, « reinacting » en anglais) des conflits est un sujet majeur des conversations, peut-être un moyen de mieux comprendre des relations humains conflictuelles: « Alors j’uis ai dit », « et puis ém’a répondu »… L’engueulade comme sens à la vie?