#693

Depuis quelques années, je fais partie des heureux bénéficiaires des mails de voyage que l’ami Thomas Day nous expédie chaque fois qu’il est en Thaïlande — c’est-à-dire très souvent, puisque l’animal y passe bientôt la moitié de l’année.

Et je regrette un peu qu’il ne poste pas ses messages sous la forme d’un blog, parce vraiment ça vaut le détour! Alors tant pis, puisque c’est comme ça je vais lui pirater le post-scriptum de son dernier mail, que j’ai trouvé très amusant:

Bon, c’est pas tout ca mais faut que j’aille faire des courses avant la tombee de la nuit. Je vais en profiter pour acheter des vetements pour ma future fille adoptive… je soupconne d’ailleurs beaucoup de parents de faire uniquement des enfants pour avoir le plaisir de leur acheter des jolies petites chaussures, des jolis petites robes et des t-shirt avec des tetes de mort pour les garcons histoire d’en faire des hommes, des vrais.

#692

Sortant hier soir de voir Innocence – Ghost in the Shell II, j’ai eu l’impression que le film ne finissait pas. La marée orangée de l’éclairage urbain montait à l’assaut du ciel outre-mer déclinant, saturant la nuit, brûlant la rétine d’une vibration lumineuse. Le rugissement des voitures sous le centre-commercial se mêlaient à mon poul, battant la chamade de mon agoraphobie. Le long couloir lépreux, les parois de béton rugueux, le claquement froid des portes métalliques, les grilles et les marches d’escalier, puis l’asphalte du parking — tel un long travelling, le regard encore chaviré par une caméra chaloupante.

En bas, le turquoise électrique d’une enseigne d’hôtel grésille sur une façade de verre opaque, le bunker-monolithe de la bibliothèque scintille de quelques lueurs, les codes urbain de couleurs pointillent la chaussée: bleu brillant pour les passages piétons, glauque des affiches publicitaires rétro-éclairées, rouge/vert des feux de circulation, la flèche blanc-bleutée d’un tramway qui passe, le balayage blanc des phares, le violet pulsant d’une enseigne de bar, et toujours les fumerolles oranges qui montent des lampadaires comme un brouillard de photons.

#691

J’avais écrit il y a quelques mois deux articles assez importants, pour une encyclopédie — qui après les avoir accepté et m’avoir fait signer un contrat, décida soudain qu’ils ne lui convenaient pas. Ne citons pas le nom de l’éditeur, qui ne mérite pas de publicité (encore des cathos qui pensent apparemment que leur foi peut suppléer l’éthique personnelle). Toujours est-il que vient d’être mis en ligne l’un de ces articles, « La science-fiction de l’au-delà », sur la ô combien précieuse nooSFere: merci à eux.

#690

Trois matins que je rêve de plages.

Certes, le froid extérieur pourrait expliquer une telle réccurence… s’il s’agissait de plages estivales, de sable chaud et grand soleil. Mais non point: je rêve de rivages hivernaux, de fronts de mer urbains et de vagues grises, d’errances solitaires dans des villes à découvrir et de voyages dans des lieux qui se nomment St-Nazaire, Nantes ou Londres — mais n’ont en fait rien à voir avec ces cités réelles.

J’ai toujours rêvé de villes, j’ai souvent rêvé de rivages, mais ce qui m’étonne cette fois c’est l’insistance d’un tel motif. Et de me réveiller ce matin avec, tournant en tête, une phrase lu hier dans une nouvelle de Roland Fuentès: « se confronter à ton exceptionnelle faculté d’être absent », que venait de me sortir, en reproche, un des personnages de mon théâtre onirique. Humeur mélancolique? Pas vraiment, pourtant: je suis fasciné, comme toujours, par les paysages que me créent mes songes, et éprouve un certain plaisir à marcher sur ces grèves inventées.

#689

Ma B.A. du jour: faire un don à la bibliothèque près de chez moi. Il y avait un moment que je me disais qu’il fallait que je trie un peu le contenu de mes bibliothèques: les étagères n’en pouvaient plus. Mais si, concernant les livres francophones, j’effectue ainsi un tri régulier et des tours chez mon libraire d’occase préféré, il ne m’est pas possible de faire de même avec les ouvrages anglophones: curieusement, il n’y a aucun bouquiniste anglais à Lyon.

Un ami m’ayant suggéré de faire un don en bibliothèque, j’ai écrit hier à une relation bossant à la Part-Dieu, qui m’a donné son accord. Ravi, même, m’a-t-il dit, leur fonds anglais étant assez pauvre. Et ce sont donc plus de 150 bouquins qui sont descendus de mes étagères. De quoi respirer un peu mieux. Un petit peu.