#117

Réveillé par une grosse crise de trachéite. Ce qui me permet de me souvenir du rêve que je faisais — very weird indeed.

I was in a big, derelict house, somewhere in the middle of the forest. Une fête branchouille y battait son plein, musique, foule jeune, à l’étage un véritable bar a été ouvert. Je vois brièvement Piway, qui est dans la foule. La maison est grande, une sorte d’entrepôt y est attenant, avec des quais de débarquement de camions — le tout abandonné, en mauvais état. En fait, cette fête est organisée par une sorte de secte deep ecologist — et une prise d’otages ne va pas tarder à avoir lieu! Je le sais, parce que je m’en souviens: cette fête & cette prise d’otages ont déjà eu lieu, il y a une quinzaine d’années! Mais comment est-ce possible?

Je suis en compagnie d’Olivier, et d’un repré de la boutique, Jérôme. Il y a quinze ans, j’étais alors en compagnie d’une de mes collègues de l’époque, et d’un autre repré, Greg. Mais Jérôme se souvient lui aussi: il était présent à la fête, plus jeune & pas en ma compagnie, mais il était dans la foule dansante. Nous nous demandons si nous ne rêvons pas: comment un tel événement peut-il se reproduire, à l’identique — et alors que nous nous souvenons bien que la première fois, à la fin de la prise d’otage, le leader de la secte… a été abattu!

Mon identité fluctue: parfois, je ne suis pas moi mais une femme, vêtue d’une robe rouge, et je suis également avec mon fils. Un jeune à la taille fluette, roux, cheveux mi-longs, une quinzaine d’années, vêtu d’une salopette jaune. Je le persuade de sortir, de quitter la maison — j’essaye aussi d’en persuader Olivier, mais ce con ne veut pas partir. Alors que je raccompagne mon fils en bas, passe les grandes portes en bois clair Greg, qui a eu une prémonition, il s’est douté que les choses allaient recommencer. Nous remontons ensemble au bar, il a apporté un dictaphone, nous commentons à tour de rôle le déroulement des événements . Genre: 17h39, machine (une grosse pétasse gloussante genre fan de Star Trek) arrive au bar pour nous faire admirer son nouvel ensemble — joli mais un peu froissé: il est en lin, elle l’a fait entièrement elle-même, de la récolte du lin jusqu’au tissage. Deep ecology… Que va-t-il arriver? Nous savons que le gourou ne devrait pas tarder, il va entrer par la porte près du bar… Nous ne sommes pas des héros, mais nous sentons obligés d’être présents à nouveau, témoins du drame qui va se rejouer — et puis, je me dis que je pourrais sans doute en faire un bouquin, après, ça se vend généralement bien, ce genre de témoignages de fait divers…

End of dream, la trachéite me réveille tout à fait… Too bad!

#116

Pins parasol, eucalyptus, cheminées et orangers.

Pour faire comme Jean et Alexander, mes cinq endroits idéaux… Pas spécialement par ordre de préférence, juste comme cela m’est venu en tête.

– Rome (Italie): une orangeraie transformée en jardin public, sol de sable & bancs anciens, s’achevant en élégante terrasse en pleine vue du Colisée. Vieux souvenir, je ne connais même pas le nom de cette orangeraie…

– Londres (Angleterre): le large panorama des bords de la Tamise, vu depuis la baie vitrée d’une salle de lecture du Tate Modern. Sans doute l’un des plus beaux « tableaux » de ce musée… Comme une immense photographie vivante, dominée par la coupole de St Paul.

– Sorrento (Italie): la vue plongeante sur la Baie de Naples depuis le petit village de Sorrento, littéralement agrippé à la pente. Verdoyance des pins, la montagne plonge directement dans la mer, d’un bleu parfait.

– San Francisco (Californie): allongé sur une pente du Mont Davidson, une vue magique, l’impression de voler au-dessus de la ville. Les petites rues de Buena Vista se tordent sur les pentes en bas des Twin Peaks, droit devant une arrête boisée nommée Glen Canyon Park est envahie d’habitations, des bus scolaires jaune-orange partent d’un gymnase, les buildings de Downtown se détachent en gris sur le fond bleu brumeux de la Baie, à l’entrée de Bay Bridge scintillent les capots et les pare-brises des voitures, on croirait voir un documentaire légèrement accéléré. Sur la droite, les quartiers de Mission et de Potrero alignent impeccablement leurs rues, jusqu’au port. À l’extrème-droite, s’étendent les terrains de l’université, puis les montagnes arides de San Bruno.

– Lucia (Californie): la côte entre Monterey et Los Angeles — très découpée, souvent rocheuse, les montagnes sont couvertes d’une végétation sèche, quelques cactus, mais surtout des succulentes, des eucalyptus tordus, et toujours les mêmes herbes jaunes, couvrant toutes les pentes comme une sorte d’angora beige. Et du côté de l’océan, de vastes plages, des étendues d’herbes sauvages (trop vertes: marécage?), des galets, un pélican… Jamais vu un paysage aussi sauvage auparavant, l’impression de me trouver dans un documentaire…

#115

Un weblog/catalogue de liens absolument passionnant pour tout lecteur-en-anglais: Arts & Letters Daily. Sur trois colonnes (« Articles of note », « New books » et « Essays and opinions »), des tonnes de liens avec tous les supports en ligne de langue anglaise qui parlent de culture & littérature — chaque fois présentés par un début de texte de présentation. Plus en fait qu’on ne saurait en lire dans une journée normale! Mais c’est cela le web (ou « la toile », pour parler en français pour une fois): plus d’information qu’une seule personne ne pourra jamais en ingérer, même sur les sites pertinents…

Parmi les choses intrigantes/à lire selon moi de ces derniers temps: Plotting Along –

Best-Selling Authors Are Richer Than Ever. So Why Is Prose From These Pros So Poor?
:

« You’ll know the No-Style style when you see it. Writers such as Tom Clancy, Ken Follett, Mary Higgins Clark, Stephen Coonts, Robin Cook, Faye Kellerman, V.C. Andrews, Jonathan Kellerman, Dean Koontz and Dale Brown are remarkable for a rhythmless beat, and a straightforward approach to writing that ranks zippy, superinventive plot first, stating the obvious second, concrete details third, and language, artistry, character development and the exploration of universal truths somewhere near the bottom of the list. »

Une petite étude (par Linton Weeks, du Washington Post) sur l’écriture (le « non-style ») des auteurs de thrillers & autres best-sellers. Avec certains arguments passablement prétentieux et orientés quant à ce que devrait être la Littérature avec un grand L, et des jugements tranchés que le fan de Jonathan Kellerman que je suis trouve parfois un peu hâtifs, mais néanmoins un point de vue très intéressant, touchant du doigt un aspect de la littérature contemporaine que les critiques (et particulièrement les critiques des « littératures de l’imaginaire »!) n’abordent quasiment jamais. Du grain à moudre, comme diraient les Parisiens… (merci Johnny!)

#114

A last quiet moment before the rush…

Petit-déjeuner anglais ce matin: un reste de cassoulet, deux oeufs, Olivier a acheté du bacon, il reste quelques céréales… Saveur british pour ciel bouché & grand froid. Un petit moment de plaisir britannique pour nous rappeler de trop rares séjours londoniens.

#113

Lu: The Haunting de Margaret Mahy. Un autre roman pour ados, mais de fantastique celui-ci. Deux nuits d’insomnies: j’ai eu du temps pour lire un peu… Et de préférence des bouquins quand même pas trop fatigants pour ma pôvre cervelle… :-S

J’aime beaucoup Margaret Mahy. J’avais déjà lu d’elle deux autres romans pour ados, Tricksters (je sais qu’il était paru en Gallimard « Page Blanche », en VF) et The Catalogue of the Universe. Et j’avais été abasourdi par leur qualité, leur profondeur, leur beauté. Ayant trouvé chez un bouquiniste à Londres The Haunting, je n’avais donc pas hésité à l’acheter — et bien m’en a pris: encore un chef d’oeuvre de finesse.

Barney est un petit garçon qui se retrouve subitement hanté. Oui, hanté: quelqu’un s’approche sans être là, veut lui parler mais ne s’exprime que par traces étranges, lui donne des visions de paysages qu’il n’a jamais vu — regarde peut-être même par ses yeux! Autrefois, lorsqu’il était tout petit, Barney avait déjà deux fantômes comme copains — Mantiss et Ghost. Mais ceux-là étaient oubliés, de « amis imaginaires » appartenant au passé. Tandis que le petit garçon habillé de bleu semble bien réel, lui, tout fantôme qu’il est.

Et de fait, il s’agirait peut-être de Cole — un grand-oncle, mort noyé tout jeune. Son apparition correspond à la mort d’un autre grand-oncle, Barnaby. Et la famille Scholar semble soudain pleine de vieux secrets, de magie occultée…

Comme dans les deux autres Mahy que j’avais précédemment lu, la famille dont le portrait est ici brossée s’avère formidablement attachante, chaque personnage réaliste & bien campé — la soeur hyper-bavarde qui note tout & veut devenir une romancière de renommée mondiale, est tout à fait marrante. Le fantastique est subtil, grave par moments, léger à d’autres. Quant au style, c’est une merveille, simple mais superbement imagé — tenez, rien que cette première phrase, qu’elle manière splendide d’exprimer des sentiments aussi étranges: « When, suddenly, on an ordinary Wednesday, it seemed to Barney that the world tilted and ran downhill in all directions, he knew he was about to be haunted again. »

Je sais que Margaret Mahy a écrit des tonnes de petits bouquins pour enfants (dont le best-seller L’enlèvement de la bibliothécaire), mais il va falloir que je trouve si elle a fait d’autres « véritables » romans de ce genre…