#5146

Retour. Levant les yeux de ma lecture, je découvre un paysage blanc et plat, toutes couleurs assourdies, sous un ciel strié de bandes pales. Sur les champs givrés seules les éoliennes placent quelques verticales. La neige tavèle encore la terre et la brume gomme l’horizon.

#5145

Aller. Au sortir de la gare déjà, la rive droite s’estompe dans le poudroiement laiteux de la fin du jour. À Cenon, les coteaux se repeignent de franges vaporeuses. Dans l’échancrure du bas Lormont, le bleu ombreux réduit l’église à une silhouette droite. De l’autre côté des tunnels, le train ralentit un instant, intimidé peut-être par cette campagne spectrale d’où ne surgissent de la brume que des fantômes d’arbres et le piquetage orange de quelques lampadaires, étincelles dans l’humidité. Le réel s’efface quand on s’éloigne de Bordeaux.

#5144

La France sous le régime du président du désordre : « Suite à un mouvement social ; votre bus circule normalement ; merci de votre compréhension ». À part ça, une belle journée de chine raisonnable et de tchatche amicale. Au retour, chaque horizon de rue devient échancrure de lumière du bleu au rouge, drapée de nuages et d’étincelles.

#5142

« C’est là le genre de fausse raison qui… » Proférée d’une voix lasse, cette phrase ne fut pas achevée. Celle qui venait ainsi de parler à voix haute, seule dans la grande pièce pénombreuse, se passa une main sur le visage, comme pour éponger un peu de sa fatigue. Avec un soupir et quelques pas, elle s’assit, un coude appuyé sur le coin de la table. Il lui restait tellement à faire. D’un geste machinal, elle tira sur les deux pointes de son gilet, les yeux baissés.
« Je suis désolée mais il est trop tard pour que je continue à faire le docteur Watson pour vous », murmura-t-elle en songeant à monsieur Bodichiev.