#5128

Noté hier soir en clopinant d’une rive à l’autre :

Le jour déclinant tire un voile gris sur la ville, percé par les multiples éclats électriques : étincelles de fenêtres, de lampadaires, de phares ou de feux. Cours Victor Hugo les arbres branlent et clament : étourneaux, étourneaux ! Indistincts dans le crépuscule, de petits corps volants fusent de branches en branches.

#5127

C’était une curieuse amitié que la nôtre : on ne se voyait qu’une seule fois par an, un jour d’été. Ayant un cousin à Bordeaux, elle me rejoignait en terrasse d’un café et, toute une journée, nous nous donnions de nos nouvelles respectives, échangions quelques bouquins, et surtout, nous bitchions, nous nous marrions, c’était bien, un chouette rendez-vous annuel. Une tradition de complicité rien qu’à nous. Salut, Anne, tu me manques déjà.

#5126

Dès que l’heure d’hiver entre en rigueur, et c’est bien le terme, m’assaille l’impression d’une nuit débordante. Les rues chargées de plomb, le jardin livré aux ténèbres, et avec le vasistas clos contre les premiers frimas, pas même la rumeur ferroviaire pour alléger un peu la solitude d’un week-end immobile.

#5125

À la fin, nous serons tous des histoires, a écrit Margaret Atwood. En attendant ce sort, des histoires j’essaye d’en construire : la maison d’édition Les Moutons électriques depuis plus de 18 ans, le Festival Hypermondes déjà deux fois, la Librairie du Basilic qui connaît actuellement ses derniers travaux… Autant d’histoires en construction auxquelles je participe et dont je suis fier. Autant d’apports à l’histoire commune des imaginaires, au même titre que mes quelques bouquins. Et ce n’est pas fini, je suis sur deux autres projets, l’un assez avancé, l’autre bien plus fou et encore au conditionnel — on verra bien, après tout monter un festival, avec toute l’équipe des Hypermondes, c’était déjà un pari dingue et pourtant nous y sommes arrivé. Pourquoi je dis tout ça ? Bah, parce qu’en terme d’histoires j’ai rouvert mon dernier roman ce matin et ai pris le plaisir d’y ajouter quelques détails et deux petites scènes encore. Je n’ai guère le temps d’écrire, ces semaines-ci, et ça m’a fait du bien. Sans doute par manque de sommeil, je n’ai pas trop le moral en ce moment — enfin, ça va ça vient. La guérison de ma fracture au pied approche, heureusement.

#5124

Point d’Halloween pour moi, juste avancé ce jour dans ma lecture du deuxième Jaworski de l’an prochain – une suite de superbes et fluides passages sur le fleuve, les villes, la campagne, les bateaux… entre deux horreurs drôles de Benvenuto ; et dans le bocal ombreux de ma chambre, encore un peu d’Antoine Blondin, son sens des formules et sa triste douceur, tandis que l’averse grésille sa sérénade glissante sur le vasistas.