#39

Ce matin je suis descendu aux Enfers — ou du moins, dans une bonne approximation de ceux-ci.

Monte-charges délabrés, clang-clang & crissement du métal torturé; longs couloirs en béton souillé, craquelé, tavelé; plafonds bas, encombrés de tuyaux, de structures métalliques, d’angles aigus, de gaines éventrées et de fils pendants; câbles électriques encrassés, qui se tortillent au sol, sur les murs et au-dessus des têtes; la quasi-pénombre trouée de loin en loin par la lueur blafarde des néons; sol irrégulier, une lampe clignote en grésillant, les hommes eux-mêmes semblent maculés, harassés, endurcis; les portes sont éraflées, taguées, charbonnées; dans un tournant, un ouvrier se penche sur un vieil établi en fer terni — dont on devine qu’il fut, autrefois, peint en rouge —, dans un fouillis de tubes et d’outils graisseux, éraflés; le mec filète et soude des tuyaux; étincelles, cambouis; et le bruit incessant, qui résonne partout, roulement des poubelles, grondement et claquement des transpalettes, vrombissement des moteurs, éclats de voix. D’immenses rouleaux de gros câble noir s’entassent sous le quai en une montagne flétrie — en complet contraste avec la rutilance de quelques motos garées non loin… Au delà des quais au béton effrité, lustré, écorné, s’étend un autre labyrinthe: d’escaliers, de voies, de camions — des portes usées et des bureaux obscurs, et tout le va-et-vient brutal des poids lourds.

Dantesques: les entrailles d’un centre commercial.

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