#165

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Un nouvel oeuf pousse sur la rive sud de Londres — enfin cet immense espace vide entre Tower Bridge et la Hayes Gallery va-t-il être utilisé. Il y a comme ça des choses assez ahurissantes dans cette ville, de larges espaces inutilisés durant des années & des années, tandis que de l’autre côté de la Tamise, dans la City, s’est la lutte pour l’espace vital & la course à la construction en hauteur.

Ce nouvel oeuf, finalement, vu de près il ressemble plutôt à un… gland! Une création de Sir Norman Foster & Associates; là sera donc bientôt le nouveau siège du GLA (Great London Authority), autrefois dissous par Maggy & qui a définitivement abandonné l’immense hôtel de ville qui s’élève face à la House of Lords, reconvertie en aquarium minable, galerie Dali & tutti quanti.

Bon, vais-je oser le dire? Une bite sur un quai, c’est assez normal après tout… :-S

D’autres bâtiments s’érigent dans le même périmètre. Mais comment ces structures sont-elles construites? Dans deux des cas il s’agit de minces tours carrées, très hautes, en béton sans la moindre ouverture visible. Dans deux autres cas il s’agit de grandes ailes horizontales uniquement constituées par des poutrelles en fer. Je ne parviens pas à imaginer le résultat final.

Stupéfaction: la passerelle du millénaire… est toujours close! Ce pont a ouvert le 10 juin 2000, a fermé presque aussitôt du fait de sa trop grande amplitude d’oscillation — et nous sommes en février 2002, je pensais vraiment que cette fois-ci, je pourrais l’emprunter, ce fameux Millenium Bridge. Encore déçu. Quel gâchis! Et quel dommage: il est superbe, vraiment, d’une élégance, d’une épure, d’une légèreté de structure… Les petits panneaux d’information nous informent qu’un test a été effectué avec succès en décembre 200 pour les nouvelles suspensions. Alors, pourquoi n’y a-t-il toujours qu’une poignée d’ouvriers à déambuler sur ce pont?

Je pénètre dans l’extraordinaire Tate Modern: rien que pour le bâtiment, c’est une réalisation exceptionnelle. J’ai d’ailleurs lu dans un guide, non, c’était dans le Time Out de cette semaine, que les réticences que j’entretiens vis-à-vis de ce musée sont en fait largement partagées par tout le monde. À savoir la pauvreté des collections & leur classement thématique plutôt que chronologique — et comme moi ils mettent en revanche en avant la beauté grandiose des lieux, et la qualité de la librairie (ça oui: d’une richesse…). Je passe de salle en salle, sans but, reste un long moment à admirer l’aménagement de la « salle des turbines », puis je ressors — que de beauté! C’est presque trop. Ce bâtiment est si colossal, d’une telle ampleur, d’une telle présence… J’ai bien du mal à trouver un angle sous lequel le photographier, d’ailleurs: il déborde totalement du cadre. À la fois monotone (ces immenses façades de brique) & infiniment séduisant. J’en ai plein les yeux, mais l’oeil unique de la caméra, lui, est trop étroit. Comment rendre compte d’une telle masse, aussi intense?

Dans une des librairies du Tate Modern, j’ai largement feuilleté un ouvrage expliquant la manière dont l’ancienne usine électrique a été reconvertie en musée. Des travaux d’une audace & d’une ampleur assez admirables. J’y ai également appris qu’une tranche des travaux n’a toujours pas été réalisée — désormais, je risque d’attendre ça avec impatience: la transformation de l’immense cheminée en point panoramique, tout là-haut. Quelle vision de Londres nous aurions! Déjà que les longues fenêtres de chaque côté de la cheminée (les salles de lecture) offrent des vues splendide sur le front de Tamise…

J’ai hésité un moment à aller voir l’expo de Warhol. Mouais. Ça a toujours été de l’art-naque. Pourquoi lui donner encore une validité aujourd’hui? Je me réserve pour l’expo Klee à la Hayward Gallery

Quel étrange climat que celui de Londres: ce matin il faisait gris & froid, ensuite le ciel a viré au bleu brillant, temps très doux, et lorsque je ressors du Tate Modern, je réalise qu’il vient de pleuvoir. En quelques instants les nuages disparaissent de nouveau, un grand arc-en-ciel se forme au dessus de St Paul. Les morceaux de ciel bleu prennent de l’ampleur.

Dans la cafétéria, contre le National Film Theatre, un jeune homme brun, cheveux en pétard, mange seul au comptoir contre la vitrine. Son visage fin se découpe avec précision sur le fond bleu foncé du mur, un rayon de soleil le baignant à moitié. Parfaite vision de fragile beauté, volée au passage.

« It penetrates so deeply and so gently into me, color possesses me, I don’t have to pursue it, it possesses me always. Color and I are one, I am a painter. » (Paul Klee, 16 avril 1914)

Hayward Gallery, expo « Paul Klee: The Nature of Creation ». Plaisir des yeux, intense; je reste songeur. Tant de petites parcelles de lumière, de couleur & d’humour — oui, d’humour — au sein de ce musée qui n’est que vastes murs blancs et épais montants ou escaliers de béton brut, gris, sombre…

En parlant de brutalité: Hungerford Bridge. Toujours la même vieille passerelle provisoire — provisoire depuis si longtemps… Je lisais l’autre jour dans un journal que l’ensemble des fonds n’était toujours pas réuni pour la réalisation du Jubilee Bridge, la nouvelle passerelle piétonne double qui devrait remplacer cet infect échafaudage le long de la voie de chemin de fer. Et pourtant: les travaux ont l’air largement avancés, de mon côté un tablier est déjà posé, de l’autre côté ce semble être carrément toute la structure portante, les longs mats, ainsi que le tablier. Alors? Encore une passerelle qui demeurera inachevée durant des années, comme le Millenium Bridge? Étonnantes errances de l’entreprise privée a tout crin…

(à suivre)

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