#166

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L’Hungerford Bridge s’achève subitement, avant même d’atteindre la gare. Il faut descendre par un escalier en ferraille, précaire. Il me semble me souvenir qu’auparavant la passerelle atteignait la gare elle-même, ou peut-être la station de métro? Anyway, je profite de cette interruption involontaire du trajet pour aller admirer par-dessous les structures de la nouvelle passerelle, de l’autre côté du pont de chemin de fer. Elle me semble quasiment terminée. Ce mélange de poutrelles provisoires & de haubans flambant neufs, d’échafaudages multicolores & de montants en acier gris pétant, forme un ensemble esthétiquement surprenant, mais séduisant. J’aurai bien aimé en prendre quelques clichés, mais mon appareil commence à ne plus avoir de jus – quel idiot je suis, j’aurais du recharger les piles cette nuit. Je ne parviens finalement à prendre qu’une seule photo…

Embankment. C’est l’occasion d’aller voir « The Adelphi » — le grand bâtiment des années 1930, qui a remplacé la célèbre création des frères Adam (une grand immeuble sur plusieurs niveaux, qui descendait autrefois jusqu’au bord de la Tamise). Trois rues portent leur nom, d’ailleurs, tout autour de l’Adelphi: Adam Street, John Adam Street & Robert Street.

Tous les guides expliquent que la destruction de l’Adelphi fut le pire acte de vandalisme commis à Londres au XXe siècle. Hem… Il faut bien reconnaître que le colossal mammouth blanc qui l’a remplacé n’a rien de très gracieux. On est très loin du néo-palladisme de l’Adelphi d’origine: celui des années 1930 est une sorte de forteresse art-déco, une véritable monstruosité lourde & verticale. Longtemps que je voulais me rendre compte par moi-même: d’accord, ce n’est pas formidable. Quoique en accord avec son environnement: deux autres monstres du même type l’encadrent, dont le luxueux Savoy Hotel…

High Street Kensington: j’ai pris le métro afin de me rendre sur les lieux d’un petit « repérage ». Juste quelques détails à noter pour une nouvelle que je prépare. Au passage, je suis assez surpris de découvrir une cabine téléphonique non pas rouge, malgré son design habituel, mais peinte en noir.

Je continue ensuite à remonter Kensington Church Street, ou plutôt l’une des petites artères qui lui sont parallèles. Je savoure cette balade paisible au sein des blanches demeures, que la lumière déclinante du ciel teinte d’un bleu tremblant. Direction Notting Hill Gate. La journée est presque achevée, mon séjour également.

Je ne réalise pas vraiment qu’il va bientôt me falloir quitter ma tranquille retraite londonienne, renoncer à la paix de l’âme & à la beauté ambiante, retrouver le terrible stress & la déprime de ma vie ordinaire trop pressée. La ville est bleue, juste percée de temps à autre par la chaude lumière d’une fenêtre allumée. Je refuse de penser à mon quotidien maussade. Les rues de Londres me sont si douces.

Mercredi 6 février 2002

Ciel bleu, lumière à la fois crue & fragile du soleil matinal, grand froid. Tout à l’heure à la télévision, la météo expliquait qu’il allait geler dans l’après-midi. Ultime promenade avant mon départ, j’ai le soleil dans les yeux, ses rayons font briller les branches dénudées des arbres, semble faire reluire le moindre détail de la rue. Itinéraire familier jusqu’au British Museum, où je n’ai pas oublié que se déroule une exposition sur Agatha Christie & l’égyptologie.

J’ai eu le plus grand mal à descendre ma valise jusqu’à la réception, tout à l’heure, tellement elle est pleine. Je crois qu’elle n’avait jamais été aussi remplie — et pourtant, je lui en ai déjà fait subir! J’ai même déplié des soufflets dont je n’avais jamais vraiment remarqué la présence. Il faut dire que j’ai (en particulier) beaucoup fait les soldes, cette année. Suis-je snob! Les soldes à Londres, moi qui ne les fait presque jamais chez moi.

La consigne de Waterloo étant close, suite au 11 septembre, j’ai du plaider ma cause auprès de madame Valoti, afin de laisser ma valise à la réception: je ne me sentais pas du tout capable de la descendre jusqu’à la salle des petits-déjeuners, où les personnes sur le départ ont d’ordinaire le droit de déposer provisoirement leurs bagages.

Au British Museum, je me régale de la remarquable expo sur Agatha Christie & les fouilles archéologiques de Mésopotamie. Quelle réjouissante richesse en documents, et en particulier en films d’époque! Quantité de photos d’Agatha Christie, également. Je trouve assez bouleversant de pouvoir ainsi contempler le vrai visage d’une telle célébrité — et de la voir bouger, parler, dans un film… Sont aussi présentées des éditions originales de ses romans, bien entendu, et divers objets trouvés lors des recherches archéologiques de son mari.

Time to be back, now. Le temps file; je ne suis pas parvenu à faire tout ce que je voulais faire — une semaine c’est encore trop court, curieusement. Le vent est revenu, les nuages avec lui.

« Mesdames et messieurs, nous arrivons dans quelques instants en gare de Lyon Part-Dieu.

Veuillez vérifier que vous n’avez rien oublié à votre place. »

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