#259

Réveillé par la porte qui se referme. Olivier rentre ? Non : il sort.

Je ne l’avais pas entendu revenir. Sieste lourde & chaude, on dirait que je n’arrive jamais tout à fait à m’éveiller ces jours-ci. Impression de « jet lag » : pourtant, je n’ai pas voyagé en dehors de l’Europe. Difficulté à me réhabituer au rythme de ma vie ordinaire, après tant de changements, tant de paysages, tant de rythmes différents. En si peu de temps. Spleen du retour de vacances ? Plus simple : fatigue accumulée, rupture du rythme circadien ?

Je me relève du sofa, secoue la tête vaguement, encore empoissé de sommeil. Thé froid, caresse dorée pour gorge enflammée. Lyon. Je suis à Lyon. Welcome back. Ville tropicale, touffeur de l’air. Le ventilo bourdonne.

Le ciel est gris ardoise, presque bleu à force de s’assombrir. Dans la chambre aux stores presque baissés, une pénombre rosée nimbe chaque objet. L’écran de l’iMac est un carré parfaitement noir. Presque roulements, premiers grondements. Et Olive qui n’a pas pris de parapluie, je suppose. L’orage.

Premières gouttes, lourdes. S’écrasant avec un bruit mat, ploc, ploc, très espacées, ploc. Dru se précipite à la fenêtre entrouverte, elle bouscule au passage le reste de menthe que la chaleur n’a pas encore tout à fait grillée.

Une odeur mentholée se dégage dans la pièce.

Dru, fine silhouette grise, se tend sur l’appui de la fenêtre. Museau en l’air, frémissant. La pluie se fait plus dense. Des gouttes sur la tête : Dru se secoue vite, rentre prudemment. Mais demeure assise sur la tablette, attentive. De temps à autre, elle tourne son regard vers moi, grands yeux écarquillés, puis redirige son attention sur la pluie. Devenue véhémente, presque verticale. Des barres blanches qui strient l’espace devant les carreaux. Moiteur presque étouffante. Il faut que je me lève, que j’aille prendre une douche.

Grésillement indistinct d’un téléphone, à l’extérieur, loin. Les tambours de la pluie. Je met sur la platine le morceau de Tim Bowness & Samuel Smiles qui me tourne en tête – « Post-its ». Le rythme régulier de l’eau se brise, hésite, rebondit de craquement en craquement : grêle.

Allons-nous enfin respirer ? Prendre une douche, oh oui, prendre une douche.

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