#276

Virée à Lambesc (il y a quelques dimanches de cela).

Deuxième fois seulement que je, que nous (la Gang) nous rendons à Lambesc, pour un après-midi dans le beau repaire provençal de Mireille & Gianji. La première fois nous étions partis d’une convention dans le Sud, qui se languissait sous un soleil de plomb. Cette fois c’est directement de Lyon que nous nous lançons dans une telle expédition.

Pas très raisonnable, peut-être (?), que faire tant de kilomètres pour juste la journée. La moitié de la Gang est déjà partie, dés le samedi matin — mais selon le principe des « interstices » (je ne vis que dans les minces moments laissés libres par mon job, ai-je l’impression) ce n’est pour ma part que le dimanche matin que je peux partir. En compagnie de Gizmo (passé nous chercher, Olive & moi, avant que nous n’allions prendre à Villeurbanne Sylvie & sa gouroumobile, puisque la gizmobile II rend actuellement l’âme). 2h 1/2 de route, ou plutôt d’autoroute, dans une camaraderie familière & confortable, puis enfin la Provence: cigales, cigales!

Gianji a écrit qu’il faut se repérer au jacquemard — chic, un mot de plus à mon vocabulaire — et passer sous la voûte afin de se garer sur la petite place derrière. Pas d’hésitation: je reconnais parfaitement les lieux, gravés au fer d’un souvenir délicieux bien qu’unique & datant de déjà deux ans. Gizmo se fait la même réflexion: mémoire nette.

Il me semble que tout est noyé de lumière. La téléportation à Nyons l’été passé, dans les mêmes conditions, m’avait laissé un même sentiment. D’enchantement irréel. Rêve éveillé.

Séduction d’une géographie inconnue, brusquement mais fugacement révélée. Bande-son étrangère (les cigales, omniprésentes). Lumière chaude & dorée, vibrante. Lambesc & Nyons même charme: des îlots enchantés, émergeant par miracle au coeur de la grisaille quotidienne.

Même la maison est magique: une simple petite porte, la montée d’un escalier immense plongé dans une pénombre bistre (les ombres ne sont pas noires, en cette terre étrange, elles sont rouges, brunes, chaudes). Vieux murs, vieux carreaux, couloir, est-ce bien le couloir, où commence l’appartement où s’arrête l’immeuble? Peu importe: cette maison est plus grande dedans que dehors. Des vestibules pleins de bibliothèques & de tableaux, une marche descend, une marche monte, des pièces, tant de pièces, et dans chacune entr’aperçue un lit défait, une bibliothèque croulante de livres. Partout des petites fenêtres, enfoncées dans les murs épais, bouteilles bleues, bibelots divers & plantes vertes sur les appuis en pierre. Vaste salon, belle cuisine, autre salon, comment cette maison peut-elle être aussi immense? — et la terrasse, ah, la terrasse. Presque un jardin, si grande, et au-delà la fuite des toits de tuile douce, vermillon léger, fatras urbain deviné, ruelles étroites.

Amitié: le reste de la Gang, Mireille & Gianji, les deux Aixois de la « Gang-d’en-bas » (Phil & Ugo). Le soleil tape mais c’est l’autre chaleur qui nous fait rayonner, qui nous comble: celle des échanges, des plaisanteries, l’aisance de la complicité. Des chapeaux tournent. Je m’accapare un canotier, j’adore les canotiers. Olive est mignon avec son grand chapeau de paille à bords droits, un petit air de curé italien.

Inutile d’essayer de raconter: ça se vit. Et déjà cette journée provençale s’est figée dans l’ambre de mon souvenir, lumineuse, précieuse. Dans l’ambre, oui: c’est bien cela, cette vibration dorée de l’air. Lambesc est dans une bulle d’ambre.

Retour: impression de glisser sans effort sur le ruban d’asphalte sombre, zzzzou, soleil couchant, le trouble bleuté du crépuscule. Arrêt grignotage: un dernier moment de tendresse avant que Lyon-réalité ne rompe le charme. Sur un bout de pelouse, le temps est encore suspendu un instant. Au loin les nuées dessinent des montagnes illusoires, depuis la terre indistincte du brun au gris puis au bleu puis au rose, frémissant. Bientôt nous atteindrons les tuyaux géants & les petites lumières de Lyon-puanteur, simulacre de féerie.

Mais c’était bien.

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