#379

Des jours bien occupés, pour ne pas dire encombrés. Mon déménagement immobile se poursuit. Changer l’appart plutôt que changer d’appart, le concept semblait séduisant — il s’avère également épuisant.

Et la littérature de passer quelque peu « à la trappe » pendant ce temps. Peu lu, juste les quelques premières pages du Dreamericana de Fabrice Colin (en Millénaire)… Reçu un livre superbe: La Cité du Soleil et autre récits héliotropes, d’Ugo Bellagamba (chez Le Bélial’). J’en connais déjà le contenu, puisque outre la réédition de la belle novella « L’Apopis républicain » s’y trouvent deux inédits sur lesquels j’ai eu l’honneur d’un peu (faire) travailler — la novella du titre est une lumineuse aventure humaine, à la recherche de la ville utopique de Campanella. Je regrette presque la préface de Thomas Day — trop laudative, superfétatoire, il en fait trop, même si c’est pour la bonne cause. La subtilité, l’intellectualisme chaleureux (beau paradoxe?), les thématiques de portée quasi philosophiques… Tout cela aurait peut-être mérité un commentaire un peu plus nuancé. Mais qu’importe, ce livre est beau, fondamentalement, et je le crois d’une nature assez unique dans le champs de la science-fiction actuelle: son caractère « héliotrope », comme le dit si bien le sous-titre. La couverture de Benjamin Carré sert avec brio cet ouvrage étonnant.

J’ai vu avec plaisir que le roman de Michael Chabon qui avait eu le prix Pulitzer en 2001 était enfin sortit en France. Enfin, oui! Car il était grand temps… « Héliotrope », tiens, décidément j’adore ce qualificatif! Toute comparaison gardée, Chabon est lui aussi un écrivain lumineux: généreux comme peu d’écrivains contemporains savent l’être — du côté d’un Salman Rushdie ou d’un Steven Millhauser, par exemple. Et ils sont (trop) rares, de nos jours, ces auteurs oeuvrant dans la générosité…

1939, New York : le jeune Joe Kavalier vient tout juste de s’échapper de l’enfer que les Nazis ont concoctés à Prague. Son cousin de Brooklyn, Sammy Clay, cherche justement un partenaire pour se lancer dans une folle entreprise : la création d’un comic book. Ensemble, ils vont devenir deux grands auteurs du Golden Age de la BD américaine, avec un héros spécialiste de l’évasion qui veut libérer les opprimés.

Les Extraordinaires aventures de Kavalier & Clay sont un double événement: d’abord, parce qu’ils ont permis à son auteur de décrocher le prix Pulitzer, ensuite parce que de manière assez originale voilà une œuvre entièrement consacrée à l’histoire de la BD… qui fait un best-seller mondial! Mais bien sûr, au-delà de cet aspect historique, il s’agit d’un colossal roman, formidablement riche,qui brasse avec une constante bonne humeur des événements allant depuis le Golem de Prague jusqu’aux procès des comics books dans les années 1950, en passant par l’Empire State Building ou par l’Antarctique & en croisant la route de multiples célébrités (telles que Dali ou Orson Welles). Aventure, découverte, magie, création artistique — que du bonheur! Seul minuscule bémol dans cette réussite enthousiasmante: le travail du traducteur français n’est pas toujours à la hauteur; il lui manquait sans doute d’utiles références en matière de comics. C’est un peu dommage, car dénotant d’un certain mépris de l’éditeur pour le média même qui est le sujet de ce roman.

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