#388

Noté le dimanche 23 février 2003

Longue nuit : oserai-je avouer que ce n’est qu’à 11h exactement que je me tire de l’ouate d’une légère fièvre ? Aidé en cela par les cloches d’une église voisine. Tête lourde & gorge tendue.

Le déjeuner sera japonais, puisque décidément les citoyens du soleil levant semblent les nouveaux maîtres de la capitale. Ramen au menu, de type miso pour moi — je songe au roman de Paul Harland que je lis actuellement, sur manuscrit & par intermittences. Délice d’une découverte culinaire pour moi inédite mais dont j’entendais parler depuis si longtemps.

Au retour, étape de pure esthétique : une épicerie japonaise. Où tout est beau : depuis les bonbons multicolores à l’entrée (décorés de personnages vifs & attirants du genre Pokémon) jusqu’à l’étalage des sauces (le grand choc esthétique) en passant par les délicieuses translucidités des bouteilles de saké… & que l’on ne vienne pas me prétendre que cette émotion, que cette sensation de complète esthétisation, n’est qu’un effet de l’exotisme. Jamais dans la superette chinoise où je me rends fréquemment je n’ai expérimenté une telle excitation visuelle. Il se trouve certainement plus de beauté dans cette épicerie qu’au 4e étage de Beaubourg, à mon sens. Le Japon a porté l’emballage au niveau d’un art, à un raffinement de design & de décoration jamais vu ailleurs.

Dans les ors glorieux de la fin d’après-midi, longue promenade au cœur de Paris. Sur les Champs-Élysées, au moins aurai-je vécu assez longtemps pour voir David Calvo jouer un peu au foot ! Kathia & Fabrice Colin se disputent la charge de la poussette de leur Alice. Le soleil caresse façades & pelouses d’un tendre touché rosé, auxquelles répondent nos barbapapas (!). Les ombres sont rousses, l’air s’emplie d’une vibration fraîche & poudreuse. « On respire peut-être un peu de ce rose qu’on ne touchera jamais, et qui lui cependant fleurit sur les pierres, les visages, toutes choses qu’il aime et glorifie dans sa banalité. » (Jacques Réda, Le Citadin)

Le monstre d’Eiffel érige au-dessus de nos têtes ses étages de poutrelles & l’ocre rouillé de ses tons chaleureux. Au-delà, l’alignement des pelouses du Trocadéro sert de théâtre à l’omniprésente attraction orientales. Des geishas coréennes étalent sur le vert de l’herbe l’éclatante blancheur de leur robe de mariée, telles des poupées irréelles, trop parfaites. Si pures, si exactes qu’elles en deviennent presque inquiétantes. Les mariées coréennes semblent numériques au sein du décor analogique.

Gloire mussolinienne du Pavillon de Tokyo & morgue ennuyeuse du XVIe arrondissement se succèdent au gré de nos quolibets, de nos commentaires & de nos jalousies amusées. J’avoue bien volontiers ma nature de « bourgeois latent » lorsque l’on me confronte à tant de luxe…

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