#403

Et un autre Matt Ruff, Set this House in Order (datant de 2002).

Andy Gage est né seulement deux ans plus tôt. Son corps est âgé d’une vingtaine d’années, certes, mais pas sa personnalité: souffrant d’un grave syndrome de personnalités multiples, il a été pris en main par le Dr Grey qui l’a aidé à construire à l’intérieur de sa tête une géographie, et notamment une maison, pour abriter toutes les personnalités diverses et contradictoires qui y existaient. Cette reconstruction intérieure réalisée, la personnalité principale, Aaron, s’est déclaré trop fatigué par cette genèse géographique pour continuer à diriger la « famille », et a donc appelé hors du lac de la psychologie d’Andy gage une nouvelle persona, Andrew, chargée de gouverner le corps — d’en être en quelque sorte le conducteur.

Andrew vit désormais dans une maison victorienne dans une petite ville de l’état de Washington, chez Melle Winslow, une charmante vielle dame qui lui est très attachée. Et il a trouvé un boulot d’homme à tout faire dans une nouvelle entreprise de création de jeux informatiques, une boîte fragile et assez iconoclaste dirigée par l’instable mais adorable Julie.

Parmi les personnalités co-habitant dans le corps nommé Andy gage, sont outre Andrew le conducteur et Aaron la figure paternelle, Adam, un ado malin; Jake un petit garçon effrayé; Tante Sam une artiste; Seferis le puissant défendeur; et Gideon, le côté égoïste de la personnalité, un individu obscur exilé par Aaron sur une île au centre du lac.

La vie d’Andrew semble calme jusqu’au jour où,d ans une de ses lubies, Julie décide d’embaucher une jeune femme qu’elle a rencontrée, informaticienne de génie, qui souffre de toute évidence ellle aussi d’un syndrome de personnalités multiples, mais non soigné. Penny, alias Mouse, passe par des passages à vide dont elle ne se souvient plus — son corps alors utilisé par une de ses autres personnalités. Effrayée, timide, renfermée, Mouse survit plus qu’elle ne vit, sans rien comprendre ou connaître de sa propre folie. Mais repérée par Julie, elle va devoir rencontrer Andrew, et ce dernier va devoir accepter de lui faire comprendre ce qui se passe en elle.

Un Andrew pas trop content du rôle que Julie veut lui faire jouer — mais il est tellement amoureux de Julie qu’il ne peut rien lui refuser…

Andrew prend donc peu à peu en charge la petite Penny/Mouse, mais les choses vont basculer aussi pour lui le jour où deux grands chocs psychologiques vont le bouleverser. D’abord la rencontre par hasard d’un fameux tueur d’enfants en série, dont il provoque la mort accidentelle. Puis une tentative de faire l’amour avec Julie qui se solde par un terrible échec — car dans son innocence Andrew ne sait rien de l’amour physique, et n’a pas songé que son corps pouvait poser problème. Car le corps d’Andy Gage… est féminin! Ainsi que l’explique naïvement Andrew, le corps est féminin alors que l’âme originelle d’Andy était masculine. Julie s’enfuit, laissant un Andrew si déboussolé qu’il se met à boire — un interdit d’Aaron! Et la conséquence de cet acte est qu’Andrew sombre dans l’inconscience d(ans le lac), son corps pris en charge par d’autres personnalités, tandis qu’à l’intérieur de sa géographie intime une sorte de tremblement de terre (et de ciel!) manque de détruire la maison.

Profitant du chaos, la persona négative Gideon s’échappe de l’île et prend le contrôle du corps, avec l’aide d’une persona qu’il a spécialement créé, l’avocat Xavier (il a tiré Xavier du lac comme Aaron en avait tiré Andrew). Andy/Gideon s’enfuit vers le Michigan, avec l’idée fixe de récupérer l’héritage de sa mère, qu’avait refusé Aaron. Car bien entendu, à l’origine de l’éclatement de la personnalité d’Andy se trouve une longue histoire d’abus sexuel et psychologique de cet enfant, par son beau-père et avec l’indifférence de sa mère. Suivit de près par Penny, Andy arrive donc dans sa petite ville natale, sans même savoir comment est mort son beau-père et sans se souvenir si sa mère était morte depuis longtemps ou pas. Il redécouvre donc l’indifférence de sa mère (qui était bien vivante pendant que le beau-père le torturait tranquillement), et s’interroge sur les circonstances de la mort du beau-père… N’a-t-il pas lui-même pu le tuer?

Il s’avèrera qu’en fait c’est le chef de la police, vieil ami de la mère, qui a assassiné le beau-père en apprenant enfin la vérité sur lui. Le chef de la police enlève Andy et penny, tente de les noyer pour cacher son crime précédant, se fait arrêter par un de ses adjoints (l’ancien petit ami de la persona Tante Sam), la maison est rasée, Andrew et Penny regagne l’état de Washington, et la vie continue: séparations, etc. L’auteur a choisit de terminer ce roman d’une manière si réaliste qu’elle surprend un peu — plutôt que de boucler après la résolution de l’affaire criminelle, il poursuit encore un peu, esquissant la suite de la vie d’Andrew.

Passionnant comme un thriller et touchant comme un roman sentimental (il est les deux, en une fusion réussie), ce roman est terriblement attachant, bien fichu et intrigant. Bien sûr, il doit tout ou presque aux études romancées de Daniel Keyes sur les personnalités multiples (The Many Lives of Billy Milligan est cité), mais ce n’est pas du tout une faiblesse. En fait, ce pourrait aussi bien être un roman de Keyes lui-même. Et la gentillesse surabondante du premier roman de Matt Ruff est ici tenue à peu près en laisse, l’auteur aime évidemment ses personnages mais n’en fait pas trop.

Ce qui manque, alors? Car il manque tout de même un petit quelque chose… C’est assez indéfinissable, mais il m’a semblé que tout attachant qu’il soit, ce n’est jamais qu’un roman assez mineur, somme toute, pas assez fort, pas assez bouleversant, pour réellement apporter une grande expérience au lecteur. Plaisant et original, ce roman n’est pas plus que cela.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *