#499

Tableaux Tuileries

Pont de Tolbiac: encore une réminiscence de Nestor Burma, mais le « vrai » pont a disparu depuis longtemps.

En haut des marches de bois, la monumentale bibliothèque que mon compagnon, irrévérencieux, rebaptise « Mazarine Pingeot ». Un parvis aussi désert que démesuré, quatre tours froides & sous nos pieds les livres enfermés. Toujours: le grandiose, le sublime — pas le beau.

Plongeant dans les entrailles rouge & noir du monument, nous entamons le tour de l’étrange patio: des pins au milieu des livres, en une forêt savamment sauvage que nul n’a le droit d’atteindre. Haubanés & tuteurés, ces troncs rouges figurent les étranges mats du grand navire de la Culture. C’est toujours la même chanson, post-modernisme quand tu nous tiens: un passé domestiqué, bien propre sur lui, devenu icône esthétique au sein d’un système d’échanges redoutablement hi-tech. Parc de Bercy, Bercy-village, BNF — c’est bien le nouveau Paris, celui du design roi & des architectes ultra-modernes. Ce n’est pas fini: il y a aussi les longs immeubles striés de noir, à l’élégance curieusement (& faussement) inachevée; le nouveau temple cinématographique de Martin Karmitz; la nouvelle ligne de tramway… Et tout cela dialogue avec le Paris ô combien classique, de l’autre côté des voies de chemin de fer: place Jeanne d’Arc, lycée Gabriel Fauré, lycée Claude Monet: depuis sa crête le XXIe siècle peut bien se hausser du col, l’immense masse du XIXe est toujours là.

Fin de séjour, nous retombons dans nos schémas habituels — londoniens, dirais-je: le bord de l’eau. Depuis les quais de la BNF jusque, sur l’autre rive, au Port de l’Arsenal & à la Bastille. Ainsi échappe-t-on au sublime, au rectiligne, au bien ratissé & au spectaculaire calculé. La Seine côté péniches, entrepôts, parkings, feuilles mortes, béton craquelé, mauvaises herbes, dessous des ponts, ferronneries, poutres métalliques, boulons, écrous, gris macadam, barges rouillées, tas de sable… Une sorte de retour à la ville authentique, à la pulsion poétique urbaine brute, sans toutes les afféteries du hi-tech post-moderne design architecturalo-machin, aussi beau soit-il… Un parcours apaisant de simplicité.

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