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« En cas de tempête, les parcs seront fermés » — Paris, noté le jeudi 1er avril:

Deux nuits que je dors terriblement mal. Sortit d’un cauchemar où je bossais dans une association culturelle en compagnie de quelques amis & où nous étions forcés par la direction d’écouter dans les hauts-parleurs le discours d’adieu au ministère de la culture de Jean-Jacques Ayagon… Je me lève encontonné, tête et jambes molles, mais le grand ciel est un réconfort, de l’autre côté des fenêtres. Je sors marcher, besoin d’une bonne dose de réalité urbaine pour me remettre les diées d’aplomb. Ruptures & sutures de la vie quotidienne avec l’architecture d’une ville, la présence du passé & la crasse de l’ordinaire, la poésie des étales de légume & la tristesse des logis précaires: toujours cette oscillement entre sensation d’éternité & fragilité passagère, comme une tension nécessaire à l’appréciation du spectacle urbain.

Trajectoire jusqu’à la rencontre d’un espace surprenant: la Rotonde de la Vilette. Un de ces événements topographiques qui font le plaisir & la personnalité d’une ville — son sel architectonique, si précieux. Posé au carrefour des droites miroitantes des deux canaux & des arcs ondulants du métro sur ses jambes épaisses, tel un temple, piliers carrés & coupole blonde. Les volées d’escaliers s’éparpillent, comme effarouchées par ce vide étonnant au sein de la densité parisienne.

Rendez-vous à l’agence Lora Fountain, longue discussion littéraire, puis rendez-vous encore, à la fontaine St Michel avec quelques amis. Sous le regard courrocé des deux griffons, un palmipède cancane & batifole. Déjeuner dans un antre italo-chinois à la déco décrépite mais au menu sympathique. Reste de la journée en compagnie de mon copain dessinateur Mowgli, bavardage-découverte, promenade de Jussieu à l’Odéon, pub sans cidre, librairies de bédé, exposition sur l’autoportrait au XXe siècle, au Musée du Luxembourg. Ne serait-ce que pour le Norman Rockwell, cette expo vaudrait le déplacement. Pas de commentaires, juste des tableaux en désordre apparent — un peu court comme muséographie, mais beaucoup de belles choses, certaines anecdotiques (crayonnés, griffonnages, photos), d’autres superbes (un Spillaert!).

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