#625

The Crow Road

Pourtant, d’habitude je n’apprécie guère les bouquins de Iain (M.) Banks, mais là… Sans l’initiale « M. » qui désigne chez lui sa production science-fictive, The Crow Road est un de ses romans de « littgen », déjà un peu ancien. Je m’y suis plongé. Et n’en suis pas ressorti indemne.

Les McHoan, famille écossaise aisée du petit village de Gallanach, a une tradition d’excentricité. Si de père en fils la famille connaît ce que Margot, vieille dame indigne et pilier familial, nomme le « pivot », c’est-à-dire l’homme qui dirige la famille ainsi que l’usine de verre locale, les autres enfants McHoan se trouvent tous des vocations plutôt intellectuelles et originales: l’oncle Rory est devenu travel-writer suite au succès de son journal de voyage en Inde, du temps des hippies; son frère Kenneth est devenu écrivain pour la jeunesse, en rédigeant les multiples contes qu’il inventait pour les enfants de la famille et du voisinage (qu’en ancien instit il aimait amuser et occuper); l’oncle Hamish a mis au point une hérésie chrétienne basée sur de fumeux concepts de balance et rétribution des péchés; quant au jeune Lewis, il devient comédien, humoriste, passe dans des salles pour son one man show.

Prentice en revanche ne sait pas trop ce qu’il veut faire de sa vie: narrateur-pivot de l’intrigue de The Crow Road, il est étudiant en lettres classiques mais va rater son annéer universitaire par manque de motivation. Revenu dans son village natal pour les funérailles de la matriarche Margot, qui vient de se tuer en passant à travers la varrière du solarium, parce qu’elle était monté sur une échelle afin de nettoyer les goutières, Prentice ne parle plus à son père depuis une brouille sur des questions d’ethique (Kenneth est un athée forcené, tandis que prentice voulait tout simplement la liberté de douter). Il retrouve en revanche sa belle cousine Verity (sur laquelle il craque depuis des années), l’oncle par alliance Fergus Urvill, seigneur du château de Lochgair, sa copine d’enfance Ashely Watts et son frère Dean, plus toute la ribambelle d’oncles et de tantes… « It was the day my grandmother exploded », commence le roman: l’ambiance est posée, mi-chronique sociale mi-humour noir, dans une sorte de Six Feet Under ou d’Anif Kureshi écossais. L’explosion en question étant celle du peacemaker de la grand-mère, qui détonne lors de l’incinération.

Si le récit de Pretince se fait en « je », il n’est pas le seul, puisque s’accumulent les chapitres (courts) qui mènent le lecteur dans une mosaïque d’époques différentes, mettant en scène soit grand-mère Margot dans ses derneirs temps, soit Margot mariée avec son époux, soit les enfants de Margot (Kenneth et Rory) dans leur jeunesse, ou Kenneth et Rory dans leur maturité (Kenneth racontant des trcus amsuants et éducatifs aux enfants, Rory de retour d’Indes), ou encore Lewis et Prentice enfants. Et, plus étranges, quelques chapitres rédigés en italiques, mettant en scène l’oncle Fergus Urvill et son entourage, avec Rory.

Et loin d’embrouiller le lecteur, cette conception non-linéaire de l’histoire, une marche du temps considérée non pas comme un fil mais comme des relations complexes de cause à effet (à la manière dont on construirait une étude littéraire non pas de la manière biographiste mais thématique), brosse avec un dynamisme remarquable passé et présent de la famille. Attachante et passionnant famille, avec ses drames et ces fêtes – car nombreuses sont les réunions familiales mises en scène, bien sûr, où les castings aux générations mouvantes fêtent des Noëls, des unions ou des anniversaires. Ou quelquesfunérailles, car cette famille semble connaître un certain nombre de drames au cours des années. La prose de Banks est vive, lumineuse, tendre, amusée. Sophistiquée mais pourtant si accessible. Les personnages prennent chair avec un réalisme chaleureux, on s’attache à chacun d’eux. Et petit à petit se met en place une tension, un mystère: qu’est devenu Rory, et pourquoi a-t-il disparu? Prentice se met à vouloir retrouver l’oncle manquant, que son père Kenneth semble persuadé d’être toujours en vie. Papiers retrouvés en eprdus, bribes de récits et de poèmes, agendas rédigés en notes abrégées, bout de pochettes d’allumettes venues du monde enteir, journaliste ayant peut-être croisé Rory, quelques pistes se font ainsi jour, furtives, difficiles à suivre et même à saisir.

Pour faire 500 pages, ce roman n’apparaît pas spécialement long: au contraire, on en redemanderai presque – je regrette par exemple que rares soient les chapitres consacrés à l’indomptable Margot, ou ceux sur au jeune artiste Darren, mort prématurément dans un accident de moto. D’une diabolique intelliegence, Iain Banks mène sa narration en distillant à plaisir indices et moments de tension, noirceurs et lumières. A la fois bouleversant et très drôle, le genre de bouquin qui aprvient à vous arracher des larmes de rire tout en vous tordant les tripes, The Row Road s’achève sur deux derniers drames, et sans que l’on sache exactement qui était le tueur, si tueur il y avait, l’intrigue se résout. Le mystère Rory est bouclé, et la vie sentimentale de Prentice connaît une ouverture.

Ce roman est extraordinaire, il y avait longtemps qu’une oeuvre littéraire m’avait autant parlé, autant captivé. Remué, vraiment. La structure familiale, les aspirations intellectuelles, la tradition de merveilleux enfantin, les troubles sexuels… J’y reconnaîs tout, cette familel me aprle, ses rituels, ses dérives, les interrogations de Prentice… L’ensemble acquiert une pertinence brillante. Comme dans un roman de Nigel Williams – mais en moins léger -, comme dans un Ishiguro – mais avec un humour piquant – et comme dans une saga familiale d’Anif Kureishi – mais en moins gentil. De la pure littérature britannique actuelle, donc, clanique, sarcastique, tordue, et avec les idiosyncrétismes typiques de l’auteur: les accents des personnages sont rendus dans l’orthographe (et dieu sait qu’il sont un épais accent, ces Écossais!) De même qu’une série comme Queer as Folk tend à vous donner l’accent de Manchester, on ressort de The Crow Road en ayant pris le rythme des « och » et « aye ». Il y a également moult abréviations et passages phonétiques, jamais gratuits mais bel et bien au service du texte. Quant au style, il est superbe, d’une finesse admirable.

Un grand, un très grand roman.

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