#726

>> Paris Sibérie (8 et fin)

Emprunter la ligne 14 du métro parisien, c’est embarquer pour un voyage de pure science-fiction, un trajet à bord de l’incarnation des rêves technophiles de 2001, l’odyssée de l’espace.

D’abord, il y a ce tube qui se précipite dans un souffle et les doubles portes qui s’ouvrent avec l’automatisme et la brutalité mécanique d’un sas. On passe de plain-pied, sans la moindre marche, à l’intérieur de l’engin, qui dans un même souffle repart à grande vitesse mais sans secousse, fluidement.

La lumière électrique, blanche et crue, illumine un boyau sans fin de plastique moulé et de métal lisse, au design neutre et répétitif. Les stations passent, salles d’attente streamlinées seulement éclairées par l’éclat des grands panneaux publicitaires. À l’arrivée à la Gare de Lyon, une voix robotique prévient du sens de sortie, tandis que derrière les vitres surgit soudain une jungle souterraine. De cet espace de nature sous cloche, s’échappent des coassements pré-enregistrés: l’impression de station spatiale n’en est qu’en accentuée.

Enfin, l’on grimpe hors de cet univers hautement sci-fi par des ecaliers roulants transparents, sous une longue rampe électrique aux allures de blatte de métal brossé, géante, dont l’éclat se reflète dans les parois d’inox. Un seul bémol, fâcheux, au sein de tant de technologie froide et ostantatoire: l’infecte odeur du métro parisien, jamais aussi prégnante-écoeurante que les couloirs du 14. Comme une revanche des contingences du présent.

Paris1

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