#1317

Sur son blogue, Laurent Queyssi évoque la récente soirée bordelaise de lancement de ses Nombreuses vies de James Bond, avec en particulier cette belle anecdote:

« L’agent 007 a fait un passage éclair. Il faut dire qu’avec sa canne, il a du mal à se déplacer et, même si son hôtel (payé par mon généreux éditeur, merci) était tout proche, il a préféré rentrer tôt pour reposer sa jambe malade. Mais, sa présence a illuminé le bar. Certains étaient surpris de le voir parler français, d’autres se sont délecté de ses anecdotes (son imitation de Roger Moore était tordante) et certaines nanas m’ont avoué que le bougre (bientôt quatre-vingt sept ans tout de même) possédait encore un je ne sais quoi qui le rendait attirant. Je l’ai raccompagné à son hôtel et il m’a remercié pour l’ouvrage en me demandant d’étendre ses remerciements à l’ensemble des collaborateurs du livre. « Il y a encore des histoires totalement inventées dans ton bouquin, m’a-t-il confié, mais Fleming n’a jamais pu coller à la vérité. Et puis ses récits étaient bien plus passionnants que mes véritables aventures, tu sais. »
Je lui ai alors demandé des détails, mais il m’a simplement répondu : « Ce qui est imprimé dans ton livre est la vérité en ce qui me concerne. Elle l’a été depuis le jour où Fleming a commencé à écrire en se servant de mon nom. »
Tiens, d’ailleurs, à propos du nom, j’ai appris incidemment qu’il n’avait pas donné le nom de Bond à l’hôtel. Mais de là à dire que celui qu’il a utilisé est le vrai… En tous cas, je garde pour moi cette identité. S’il s’agit de la vraie, je partage un secret que peu de personnes connaissent. Si ce n’est pas le cas… Bah, je ne le saurais probablement jamais.
La seule confirmation que l’agent a bien voulu me donner est qu’un 007 est encore en activité de nos jours. Il l’a rencontré une fois et il l’a qualifié de « brute blonde encore plus efficace que je ne l’étais à l’époque ». S’amusait-il à me tromper?
Il m’a serré la main devant l’ascenseur, m’a fait promettre de passer le voir à Londres à l’occasion (« parler français me manque »). Je l’ai remercié et suis retourné au bar, l’esprit un peu chamboulé. »

Annonce officielle:
Laurent et moi prions Etienne Barillier et Nicolas Trespallé, qui ont été oublié par mégarde dans les remerciements du bouquin, d’accepter nos plus plates excuses. Merci, les gars. Et désolé.

#1316

Ooooh! Ben ça! Content: les Moutons électriques ont trois nominations au prochain Grand Prix de l’Imaginaire. Nid de coucou de David Calvo (le recueil complet) dans les nouvelles francophones ; « Magie pour débutants » de Kelly Link (in Fiction tome 5) pour les nouvelles étrangères ; et la couverture de Frédéric Bézian pour Fiction tome 5, pour le Prix Wojtek Siudmak du graphisme. Croisons les doigts.

#1315

A Scientific Romance est l’un des plus beaux romans de science-fiction que j’ai lu durant les années 1990. Il vient enfin de paraître en France — chez Actes-Sud, puisqu’il s’avère qu’aucune collection spécialisée en SF n’a jugé bon de le retenir à l’époque de sa sortie initiale. Oeuvre de l’essayiste canadien Ronald Wright, il a été intitulé Chronique des jours à venir chez nous. Lisez-le.

Et en parlant d’essai, il faut lire Jean-Claude Michéa. Enfin un philosophe ayant du coeur — et à gauche, le coeur. Un philosophe à culture SF, en plus: il ancre notamment sa réflexion dans l’oeuvre d’Orwell. Son récent L’Empire du moindre mal ouvre enfin des espoirs par rapport à la chappe libérale. Lumineux.

#1314

Bordeaux, II

Ville excessivement minérale, parce que derrière les « échoppes » (demeures traditionnelles) s’alignent des jardins, que ne trahit que le sommet hirsute d’un palmier, de temps à autre.

À Bordeaux, la rue Dieu est une impasse, et à l’ampleur lumineuse des quais courent parallèles de sombres coupe-gorges.

Ville tavelée: dans les grandes rues se succèdent les façades toutes de blond rendu, celles qui déjà se fanent dans un gris terne, et celles enfin que l’on n’a pas (encore) tenté de rajeunir, qui conservent le même maquillage de suie que du temps de mes années étudiantes.

Les toits pour leur part jouent une gamme du rose tendre au noir charbonneux, sur le dos rond des tuiles, alignées en vaguelettes.

Le soleil d’orage fait luir les vieux os de la cité. Le gratte-semelle qui arrondit son cerceau au bas des deux-trois marches de chaque perron. La fente verticale de la boîte aux lettres, sur le côté de la porte, cernée de marbre sombre. Les murs jamais repeints arborant encore les fantômes d’enseignes commerciales. Les lampes en cuivre qui se balancent au-dessus des chaussées pavées.