#1555

Eh bé, j’ai beau être passablement grognon en ce moment, là j’ai surtout envie de rire. Y’a pas: quand on est auteur, faut avoir la peau assez épaisse pour essuyer les critiques, et quand on est éditeur en plus, doublement. Récemment sur le site ActuSF le Bibliothèque rouge sur Conan avait été bien étrillé, le même site vient de mettre en ligne une pure descente en flammes de mon roman Les Vents de Spica, quelque chose de brutal. Et… ça me fait rire, tellement dans les deux cas j’ai l’impression que les chroniqueurs n’ont rien, mais alors rien, compris. Leurs reproches sont tellement éloignés du projet même de chacun de ces livres que je trouve ça rigolo… Non pas que je veuille faire preuve de condescendance, hein? et je sais que d’aucuns jugeront ma réaction arrogante, peut-être. En réalité, autant pour le Conan je pense que le gars est dans l’erreur, puisqu’il fait preuve d’une totale incompréhension du concept même de la collection. Autant pour mon roman… eh bien, après tout je conçois aisément qu’on puisse le trouver atrocement ennuyeux. Question de sensibilité, puisque les éléments avancés par le chroniqueur sont tout à fait subjectifs — c’est un avis lambda, de l’opinion personnelle, pas de la critique littéraire. Et puis c’est cela, un roman: une fois publié il n’appartient plus seulement à l’auteur, il vit sa vie (ou non) et encaisse les déceptions que l’on veut bien projeter sur lui (mais j’exprime sans doute là une banalité). Les attentes de ce chroniqueur ne correspondaient pas à mon roman. Je ne pense pas pour autant qu’il soit dans l’erreur: il arrive continuellement qu’une création ne réponde pas aux attentes de celui qui la reçoit. Tiens, par exemple j’ai aussi lu une descente en flamme de l’essai que j’ai publié avec R. Colson chez Mnémos — mais je connais les goûts de ce lecteur, et je m’attendais quasi exactement à chacun de ses reproches. Tout cela est normal: roman ou essai, il s’agit de travaux plus ou moins fortement subjectifs. Leur réception également: il n’y a que lorsqu’on écrit des lieux communs que l’on plaît au plus grand nombre.

Même pas mal. 🙂

8 réflexions sur « #1555 »

  1. Le monde de la SF francophone possède encore beaucoup de lacune. La plus cruelle à mon sens, c’est qu’il n’existe presque plus de VRAI critique littéraire dans ce domaine. Soit on assiste à de la destruction complètement partiale, soit à des « avis personnels » dissimulés sous l’aspect reluisant d’une critique.
    C’est dommage.

  2. entièrement d’accord. pour une minuscule poignée de bons critiques littéraires, il y a des hordes de personnes bien ou mal intentionnées qui exhibent, souvent, leurs lacunes culturelles et leur absence de système référentiel… entre le lynchage public et les ânonnements gentillets, la démocratie totale offerte par le web a fait sombrer la chronique livresque dans l’infantile. tant de bêtise m’attriste considérablement — ou me fait rire, selon le moment.

  3. il y a des gens jaloux c’tout 😉 c est pas une question de démocratie ou quoi, c est la question de savoir quelle jalousie est « tolérée » par un site qui est aussi éditeur et qui, comme beaucoup dans ce milieu, crache sur ses confrères pour essayer d’exister. ça vous rappelle rien ? ah ah ah ah

    après c est vrai que c est chiant tes livres capitaine (je blaaaaaaague)

  4. Je ne suis pas loin, en effet, de trouver ta réaction arrogante. Mon bouquin n’a pas plu ? Ah, c’est que le lecteur n’a rien compris. Surtout ne pas se remettre en cause, c’est la faute des autres, il est bien plus confortable intellectuellement parlant de se réfugier dans le statut de l’auteur incompris…
    Maintenant, je reconnais volontiers à un auteur le droit de n’écrire que pour lui-même, son éditeur et la poignée de lecteurs qui aura compris, et je ne dis (surtout) pas qu’il faut écrire pour essayer de plaire au plus grand nombre… C’est juste que cette réaction de rejet en bloc me hérisse. Si un lecteur (ou un chroniqueur) n’a pas compris, peut-être l’auteur (ou l’éditeur) en porte-t-il une part de responsabilité ? Si un chroniqueur n’a pas compris, tous les reproches qu’il fait à un livre sont-ils forcément infondés ?

    (je crois qu’on avait déjà échangé quelques « amabilités » sur ce sujet de « pas compris ce que j’ai fait » il y a quelques années, toi et moi. Apparemment, tu n’as pas changé… et moi non plus. 😉 )

    Amitiés,

  5. concernant mon roman, je ne sais si les reproches exprimés par ce lecteur sont infondés – je pense au contraire que, de son point de vue, ils sont tout à fait fondés, puisqu’il s’est fait chier! 😀

    mais lesdits reproches me font penser à ce qu’une copine m’avait dit il y a des années du « Grand Meaulne » d’Alain-Fournier: « un roman très chiant où il pleut tout le temps. » 🙂

  6. Concernant la bibliothèque rouge, ca serait peut-être bien de rappeler le principe de la collection dans chaque volume, je ne crois pas avoir vu cela dans le conan, et ca éviterait de prendre les bouquins pour ce qu’ils ne sont pas.

  7. C’est qui le chroniqueur avisé qui a descendu le grozessai ? Que je lise pour voir, car personnellement, et ce malgré quelques maladresses ça et là, je le tiens pour le meilleur et le plus complet essai français sur la SF lu jusqu’à maintenant.
    Il devrait être chorniqué sur le Cafard en janvier, pas par moi d’ailleurs.

    amitiés

  8. Sans vouloir entrer dans le débat entre Gilles et André… Puisque tu sembles avoir un avis bien arrêté sur la bonne façon d’écrire une critique, je suis tout ouïe :o) Après tout, n’importe quel conseil est toujours bon à écouter !

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