#1837

Lu un essai sur « la droite littéraire après 1945 », Le Soufre et le moisi de François Dufay. Titre culotté pour une étude que je ne peux lire qu’en ricanant régulièrement et parfois en grimaçant, sur la manière dont deux vieux collabos des plus odieux, Paul Morand et Jacques Chardonne, furent soutenus par les jeunes gens de la littérature parisienne d’après-guerre. J’ai pas mal lu Morand, que j’admire stylistiquement et dont les voyages sont fascinants, son regard et son sens de la description sont étourdissants ; en revanche ses histoires polissonnes et futiles ne m’inspirent qu’un complet ennui, quant à Chardonne, rien que d’entendre évoquer des récits sur les couples bourgeois, que ça a l’air ennuyeux. Mais au moment où nombre de ministres sont issus tout net de l’extrême-droite, il est très intéressant, instructif et affreusement fascinant, de voir comment roulait la machine littéraire droitière dans les années 50-60 — tous ces auteurs dont Bernard Pivot il n’y a pas si longtemps faisait les vénérables invités de ses émissions, quand ils étaient devenus à leur tour des vieillards aigris.