#1837

Lu un essai sur « la droite littéraire après 1945 », Le Soufre et le moisi de François Dufay. Titre culotté pour une étude que je ne peux lire qu’en ricanant régulièrement et parfois en grimaçant, sur la manière dont deux vieux collabos des plus odieux, Paul Morand et Jacques Chardonne, furent soutenus par les jeunes gens de la littérature parisienne d’après-guerre. J’ai pas mal lu Morand, que j’admire stylistiquement et dont les voyages sont fascinants, son regard et son sens de la description sont étourdissants ; en revanche ses histoires polissonnes et futiles ne m’inspirent qu’un complet ennui, quant à Chardonne, rien que d’entendre évoquer des récits sur les couples bourgeois, que ça a l’air ennuyeux. Mais au moment où nombre de ministres sont issus tout net de l’extrême-droite, il est très intéressant, instructif et affreusement fascinant, de voir comment roulait la machine littéraire droitière dans les années 50-60 — tous ces auteurs dont Bernard Pivot il n’y a pas si longtemps faisait les vénérables invités de ses émissions, quand ils étaient devenus à leur tour des vieillards aigris.

#1836

Il y a quelques temps, j’avais évoqué sur cette page un mien projet littéraire qui n’avait jamais trouvé preneur, le cycle de nouvelles d’uchronie Bodichiev. Eh bien, en définitive je me suis décidé à me jeter à l’eau: je vais le sortir ni plus ni moins qu’en auto-édition, selon le principe des « vanity press ». Ce sera donc un beau format relié… à la britannique, disons (cartonné avec toile grise, sous jaquette couleur, comme les hardcovers publiés à tirage limité par les Moutons électriques). Qu’est-ce donc, alors ? Eh bien, durant quelques années j’ai écrit des nouvelles d’uchronie, au prétexte policier et à la tonalité plutôt « roman gris » (Simenon, Freeling, Wahlöö, etc.). La première de ces nouvelles fut publiée dans la fameuse antho Escales sur l’horizon… mais je n’ai pas trouvé ensuite d’éditeur susceptible de publier un tel recueil, me faisant répondre chaque fois que c’était trop SF et pas assez polar, ou bien trop polar ou pas assez SF, et qu’en tout cas des nouvelles, vous n’y pensez pas mon bon monsieur, c’est invendable ! Une nouvelle fut tout de même publiée outre-Atlantique dans la revue québécoise Solaris, d’autres furent acceptées pour des anthologies… qui ne virent pas le jour, et ce fut tout. Fatigué de tant de déconvenues, et après quelques années de réflexion, je me suis finalement décidé sur pression amicale à proposer les dix textes véritablement achevés de cette fiction (on verra bien si un deuxième volume peut un jour se concrétiser). Dix nouvelles assorties d’une préface du héros, de deux petites annexes sur le contexte de cette uchronie, et de quatorze photos « d’époque ».

L’univers de ces nouvelles et novellaes, ce sont les souvenirs d’un détective privé, installé à Londres, la capitale occidentale de l’immense Empire de Toutes les Russies, celui sur lequel le soleil ne se couche vraiment jamais. Conspirations, station spatiale, liane tueuse, contrôle météo, dirigeables, France soviétique, Angleterre bouddhiste, voleurs génétiquement modifiés, trafics transfrontaliers, héritage perdu, tueur en série et Californie utopiste… Dans ce monde uchronique, tout est subtilement semblable et dramatiquement différent. De Londres à Saint-Francisbourg, en passant par Amsterdam, Bordeaux, les Basses-Alpes ou le Dorset, Jan Marcus Bodichiev mène l’enquête, au long de dix récits choisis parmi les plus singuliers de sa carrière.

Mes petits camarades Julien et Raphaël ayant accepté de bon cœur que je propose un tel volume à la vente sur le site des Moutons électriques, la souscription est donc lancée. Parution début avril, et je croise les doigts pour son accueil : c’est une expérience… Le tirage sera signé par mes soins, bien entendu, et strictement réservé à la vente par correspondance (aucune distribution en librairies).