#2303

Il y a quelques temps, j’ai effectué des recherches à propos du lien canaux de Londres / littérature, et suis tombé en particulier sur un polar pour la jeunesse datant de 1948 : Two Fair Plaits de Malcom Saville. J’ai eu des difficultés à l’obtenir, le premier bouquiniste s’avérant malhonnête, mais enfin, longtemps après l’écriture de l’article concerné du Londres, une physionomie (que je vais légèrement amender, du coup), le roman est enfin arrivé. Je l’ai lu hier, et ce fut un excellent moment. Car ce monsieur Saville (1901-1982) écrivait superbement. Moi qui en ce moment relis (mais en VO) les Club des Cinq d’Enid Blyton (les Famous Five, de fait), qui sont atrocement non-écrits (que du dialogue, pas une description, pas un poil d’atmosphère, rien : des dialogues et rien d’autre, c’est incroyable comme ces textes sont dénudés), ce fut un plaisant changement. Car dans Two Fair Plaits, deuxième des six aventures des enfants Jillies, non seulement l’intrigue est-elle merveilleusement variée et rebondissante, mais il y a un véritable sens des décors, de l’atmosphère, des lieux et des personnes… et rien de réac, bien au contraire.

Une fillette de 11 ans, qui doit se rendre à Londres pour Noël chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas, est enlevée. Les Jillies sont des voisins de la vieille dame et décident de chercher la jeune Linda, car ils ont intercepté le gamin de l’East End chargé d’apporter le message de demande de rançon. Les Jillies, une fille de 16 ans, une autre de 13 et un garçon de 11, vivent avec leur peintre de père dans un appartement sur l’Embankment de Chelsea, dans une agréable vie de bohème. Leur seule richesse: un tableau de tournesols par Van Gogh — c’est dire que l’auteur n’était pas terriblement conformiste dans ses idées. Avec leurs amis Guy (17 ans) et Mark (13 ans), venus pour les vacances de Noël, les Jillies sont plongés dans l’épais brouillard de cette fin 1947 (ce qui est d’ailleurs historique, de même que Saville mis en scène dans un autre roman les inondations catastrophiques des Fens en cette même fin 1947, tout comme Dorothy Sayers dans The Nine Tailors), tandis que Belinda passe d’un narrow boat (péniche étroite pour les canaux) à une auberge en ruines surplombant la Tamise, à des péniches amarrées au centre du fleuve, jusqu’aux docks en ruines aussi (post-Blitz oblige). On circule de Chelsea à Wapping, dans l’East End, du brouillard à la vase du bord de l’eau, il y a un majordome compassé, un avocat coincé, une vieille dame snob, des bus rouges, un restau de grillades pour prolos, les rues pauvres et bombardées de l’East End, un grand incendie… Enfin bref, ce petit roman est une merveille tant comme excellent polar plein d’ambiance, que pour le portrait maintenant historique qu’il brosse sur Londres. Je sens que je vais en lire d’autres, des Malcom Saville (auteur apparemment jamais traduit en français, ai-je l’impression). P.S. grâce à JPJ : mais si, deux traductions tout de même. Dont ce roman-ci, sous le titre Deux tresses blondes, dans la « Nouvelle Bibliothèque de Suzette » (Gautier-Languereau, 1962).

3 réflexions sur « #2303 »

  1. Je me demande ce que m’inspirerait aujourd’hui une relecture des Club des Cinq, qu’en un autre siècle j’ai tous relus dix fois au moins de la première à la dernière page. Je soupçonne qu’alors, l’absence de descriptions est passée complètement inaperçue du jeune lecteur que j’étais: au contraire, je me souviens d’un sentiment de dépaysement émerveillé. Sans doute l’idée, d’une stupéfiante nouveauté, qu’il existe quelque part des îles sur la mer, avec sur les îles des châteaux, sous les châteaux des souterrains, et dans les souterrains des trésors, fournissait-elle un aliment suffisant à mon imagination à l’époque.

  2. Il faut pouvoir faire preuve de beaucoup d’abstraction pour apprécier la relecture du Club des 5…
    J’ai pas encore réessayé en anglais : je n’en ai lu que 2, pour accompagner la découverte qu’en fait ma fille… Mais ça grince un peu (cf mon avis sur le blog)… J’ai téléchargé les versions originales en espérant que ça soit meilleur… André est en train de saper mon envie d’y aller voir…

    En revanche, le Saville est tentant, forcément, relaté comme il vient de le faire… 😉

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