#2321

Lorsque je me promène de la sorte, j’ai dans la tête un monologue qui se déroule, construit par bribes d’observations, des sortes de notes en vue de la rédaction d’un billet du blog. Ce qui ne signifie nullement que tout cela fini sur cette page, bien loin de là, mais il m’est parfois arrivé d’enregistrer des phrases déjà construites. Peu cette fois, en dépit de l’aspect pratique d’avoir dans l’iPhone une application « dictaphone ». Et d’ailleurs, que diable vais-je écrire pour aujourd’hui? Je crois bien avoir été moins dissert dans mon walking commentary, la faute à une fatigue certaine, faute elle-même à une autre insomnie. Ce qui ne m’a nullement empêché d’apprécier la balade, rassurez-vous. Je me trouvais simplement être plus lent et un peu plus… cotonneux, disons.

J’ai fréquemment fait une promenade qu’on ne trouve pas dans des guides, le long de la Tamise, de Richmond à Hammersmith. J’y ai souvent fait allusion dans ces billets, et (page de pub) l’ai rédigée pour Londres, une physionomie. Mais depuis le temps, l’autre rive m’intriguait. Ça tombe bien: l’une des balades du « Capital Ring » part de Richmond pour filer sur cette autre rive. Ne voulant pas répéter quelque part de mon itinéraire habituel, j’empruntai le Richmond Bridge — bien m’en pris, car la passerelle (Richmond Lock) qu’ils disaient de traverser était fermée, comme bien souvent me semblait-il. Que dire donc? Le cheminement est fort divers, mais également très vert, et débute plus ou moins derrière Isleworth Ait, une grosse île laissée à l’état sauvage (ait est un mot du patois du sud pour « île »). Il s’agit d’une pratique courante, ici: des terrains spécifiquement en friche, en vue de la biodiversité. J’ignore si cela se fait autant, en France? Mais au cours de mes promenades, j’ai ainsi croisé moult terrains en friche, bout de forêt ou prairie ; ou certaines de ces dernières de proclamer fièrement qu’elles abritent un ou deux espèces rarissimes: des abeilles nichant dans le sol, tel oiseau, tel papillon. Ah oui, car également, la lecture ne manque pas sur ces chemins: régulièrement, des panneaux explicatifs, même dans des coins apparemment perdus et peu fréquentés, vous livrent des informations sur les lieux. Dans quelques années, tout cela fera l’objet de bornes de réalité augmentée, j’imagine.

Après l’arrière de l’ait, donc, sur les bords de la Tamise, traversée du très policé Syon Park, avant de descendre rejoindre les bords du Grand Union Canal et/ou de la rivière Brent, les deux s’entrelaçant. Arrivé à Osterley Lock, la fin de ce segment du « Capital Ring », je continuai car trop peu de kilomètres s’étaient écoulé à mon goût — six ou sept, et si je n’en ai pas au moins une dizaine dans les pattes je ne suis pas satisfait. Sans césure, je poursuivis donc sur le segment suivant. Le long de la Brent, puis à travers le Brent Meadow, sous un viaduc de Brunel (Isambard Kingdom de ses prénoms, ça c’est du patronyme: le plus grand ingénieur victorien), Brent Lodge Park où l’on nous fait suivre les méandres dd la rivière par un chemin indiscernable de la pelouse — c’est un des grands avantages du climat anglais, ça, les chemins en herbe. Un parcours de golf, un autre — voilà bien une activité typiquement british, même si ce sport fut inventé par les Écossais, tout de même. Première fois que je voyais de près, de l’intérieur, des terrains de golf, en fait.

Tiens, une note: j’ignorais que nombre de petites épiceries sont tenues par des Polonais. Là où je loge on trouve un traiteur polonais, on trouve des produits polonais à la supérette, et en chemin aujourd’hui, comme le parcours traversais pour une fois une route dans un bourg, je me suis arrêté pour acheter à manger. Ce fut assez exotique (et bon).

Cinq heures plus tard, sous un ciel changeant qui s’installa finalement dans le gris renfrogné, et par une température si douce que j’eus presque un peu chaud, j’atteignis la station de métro de Greenford. Les jambes raide et le coeur souple.

PS : Au moment où je rédige ces lignes, encore un autre feu d’artifice crépite et explose dans les environs, ça n’arrête plus (il y a aussi eu un feu sur la toute proche Bishop Avenue, la « Billionnaire Row » — l’avenue des millardaires —, l’autre nuit, mais il s’agissait de l’incendie du manoir d’un filthy rich, ah ah ah) . L’autre soir, Axel m’a acheté un poppy, un coquelicot en plastique pour le 11 novembre.

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