#2376

Lors de mon dernier passage chez les parents, j’ai fini de trier les disques vinyles, on a tout descendu du grenier et apporté des caisses et des caisses chez Emmaüs. Au fil des voyages en Touraine, j’ai finalement rapporté (je viens de compter) 26 LP de classique et 140 LP de pop-rock. Une goutte d’eau dans l’océan de vinyle qui pesait sur les poutres du grenier, mais une sélection amplement suffisante je pense — mon père ne souhaitait pas conserver ses LP classiques et la majeure partie des LP de pop-rock que je possédais ne m’intéressait plus, qu’il s’agisse d’albums que j’ai depuis racheté au format CD, ou le plus souvent de choses que je ne pourrais plus écouter. Il faut dire que les LP d’occasion, ça ne coûtait presque rien à l’époque, donc j’en achetais des tonnes, parfois juste pour une chanson, ou pour la pochette, d’autre fois simplement pour essayer. Au sous-sol des boutiques d’échange, à Notting Hill Gate, les LP valaient moins d’une livre sterling, et dans les braderies on trouvait également quantité de vinyles pour presque rien. Tirant mes vieux LP, j’ai donc constaté que la plupart ne présentaient plus guère d’intérêt pour moi — et même dans ceux que j’ai rapporté, en fait, se trouvent des albums que j’ai déjà en CD. Mais il y a un certain confort, un peu nostalgique, assez amusant, à se mettre à réécouter des 33 tours. Même les craquements d’usures font partie du charme, comme un discret feu de bois dans la cheminée des souvenirs… (oh gosh, les lieux communs)

Ce que je n’avais pas prévu, cependant, c’est à quel point le classement et le rangement de tous ces 33 tours allait faire office de madeleine (proustienne, la madeleine, pas « pleurer comme une »). Je le sais bien, la musique a toujours été pour moi liée à l’influence d’amis, liées à des relations, des conseils, plus encore que les livres. Il y a un rapport très émotionnel à la musique, et plein de mes souvenirs y sont liés. Parcourir ce que j’ai rapporté de mes LPs fait donc office de chronoarchéologie, chaque lot de disques étant comme une mince strate d’existence. Genre, les albums de musiques de films de western et d’Henri Mancini: mon adolescence. Idem le double album de génériques de séries télé, acheté dans le sud de l’Angleterre, à Bournemouth-Poole, lorsque j’étais en 4e. Jean-Patrick Capdevielle (ne riez pas) c’est juste un peu plus tard, le spleen adolescent — et des ambiances que je liais alors à celle des premières nouvelles de Roland C. Wagner. Roland aussi, mais ensuite, les Vietnam Veterans, un groupe français de rock psychédélique. Le chanteur gay Tom Robinson (qui depuis a viré sa cuti), découverte de Jean-Daniel Brèque lorsqu’il habitait près de Dunkerque (je crois que c’est l’unique LP véritablement inécoutable que j’ai rapporté: de la variété Eigthies à deux balles, eurk). A Day et A Night de Queen, pour moi inévitablement liés à mon amitié avec Philippe Caille (mais pourquoi n’ai-je pas retrouvé Jazz? Curieusement, je n’ai pas remis la main sur plusieurs LPs que je voulais spécifiquement, comme également les Hawkwind — visiblement des prêts qui ne me furent jamais rendus).

Voyons voir encore: La Mort d’Orion de Gérard Manset (ouch), Earth de Vangelis et ses deux albums avec Irene Papas, mon cousin Bruno Bordier, à Bordeaux. Mais aussi du Tim Buckley (pour les jeunes ignares, c’était le père de Jeff Buckley), du Renaissance, Bruno aussi. Redécouverte de Ricky Lee Jones, eh mais c’est toujours aussi superbe — influence de Bruno encore. Deux albums de Poco, influence de Francis Valéry quand j’étais étudiant à Bordeaux. Yes, Genesis, Caravan, King Crimson: ma découverte du progressive rock. The Wall des Floyd, du Supertramp: le lycée à Cergy-Pontoise, premier amour et premières peines. Ah, les Police tardifs — j’aime toujours. Pas du tout rapporté de Ange, que j’ai pourtant tant aimé mais que je n’arrive plus du tout à écouter. Mes années à Bordeaux: la découverte du néo-prog (le revival prog-rock anglais des années 80), Pallas, Exposure, Twelfth Night, certains achetés au Virgin Megastore historique de Tottenham Court Road, un live de Twelfth Night acheté chez Bulle place du Parlement Ste Catherine. Et les Cure, plein de Cure, quasiment le seul groupe de ces fichues Eighties que je trouve encore écoutable (hot damn, Bronski Beat…).

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