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Autopsie d’un objet anodin / 3

Un bocal, pas bien haut, en verre brun. Un jour de mai 1995, je me trouvais chez mes parents, dans la cuisine. À la radio, France Infos débitait son journal, quand maman s’arrêta, saisie : Henri Laborit venait de mourir. Comment ma mère connaissait-elle cet éminent savant, et pourquoi éprouvait-elle une telle émotion à l’annonce de sa disparition ? Pour ma part, je savais qu’il s’agissait d’un grand neurobiologiste, lors de mes études j’avais eu le plaisir et la chance de le voir donner une conférence, à la fac de philo de Bordeaux. Ç’avait été un grand moment, le vieux monsieur était extraordinairement vert, éloquent, pédagogue  et engagé. Un esprit supérieur. Mais maman, comment le connaissait-elle ? Eh bien, parce que jeune femme elle était infirmière en service psychiatrique et que, m’expliqua-t-elle, le professeur Laborit par ses recherches avait révolutionné le domaine, amenant à la création des premiers calmants. Pour elle qui avait connu l’administration des douches froides, les bains et les camisoles, ces premières pilules avaient représenté un progrès tellement formidable ! Elle me donna alors ce petit flacon, tout simple : il provenait de l’hôpital Saint-Gemmes à Angers, et l’on y mettait des pilules. Peut-être seulement du bicarbonate, plutôt que des calmants, mais tout de même, ce bocal remonte au milieu hospitalier de la fin des années 1950. Objet précieux.

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