#2851

Ces dernières matinées, si j’ouvre la porte sur la rue et fais quelques pas dans mon fond d’impasse, afin de rapporter par exemple ma poubelle et celle de ma vieille voisine, mademoiselle Rose, sur le gris du trottoir se dessine une dentelle noire qui zigzague tout au long des façades : le dessin laqué de la fonte des brefs stalactites de givre formés à la faveur de ces quelques nuits flirtant avec le zéro. Le jardin ne s’en ressent guère et, sous le ciel si peu lumineux, en capuche grise, la masse indisciplinée des capucines, près de la fenêtre, comme celle du grand fuchsia, au-dessus de l’herbe hirsute, forment toujours leurs îlots de verdure têtue. Les feuilles d’acanthe se vernissent d’humidité tandis que, dans la rue, la buée sur les carrosseries confèrent aux voitures noires un effet mat, comme un surcroît de réel. Dans la froidure humide flotte une odeur de fumée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *