#2098

L’idée en provenait, bien sûr, d’une conjonction d’éléments. En particulier de The Game, la pratique des amateurs de Sherlock Holmes consistant à tout étudier du point de vue de l’existence réelle, historique, de leur héros ; et de là, de la collection que Francis Valéry avait brièvement lancé chez un éditeur-escroc, la collection Héros où j’avais d’ailleurs publié alors ma première étude sur Arsène Lupin — et où je devais faire celle sur Sherlock Holmes, mais le projet me fut raflé sous le nez au profit d’un opuscule mal fagoté et presque illisible, par la grâce dudit éditeur-escroc. Enfin bref. En agitant des idées pour la création des Moutons électriques, j’avais très vite conçu celle d’une série d’études biographico-biblio sur de grands mythes de la littérature policière et populaire, série pour laquelle Xavier Mauméjean trouva en définitive le nom de Bibliothèque rouge — bel hommage à la Verte et à la Rose de nos enfances, et au rouge des crimes.

Le concept s’est rapidement construit, avec tout d’abord deux volumes, sur Holmes et Lupin, encore assez télégraphiques dans le style mais déjà bien copieux, qui eurent bonne presse et s’épuisèrent prestement. Puis en étoffant un peu le style, le concept s’équilibra dès le troisième tome, sur Hercule Poirot, et nous embauchâmes quelques collaborateurs pour apporter leurs plumes et leurs éruditions à cette somme en construction. Peu de chroniques dans la presse, globalement — évoquer les grandes figures du roman à énigme n’est sans doute pas assez dans le vent — mais la collection marcha bien, s’imposa comme un pilier de la maison. Quelques volumes ne virent finalement jamais le jour — le Tarzan parce l’auteur abandonna en cours de route, le Routabille parce qu’il n’y avait apparemment pas assez de matière, le Juge Ti parce que l’auteur n’en écrivit jamais une seule ligne —, mais enfin, ce sont peu à peu 19 volumes qui s’alignèrent, avec leur beau dos d’un rouge bordeau et leur riche iconographie intérieure.

Après ces quelques années, je n’étais plus tout à fait satisfait du Holmes, par ailleurs épuisé depuis longtemps. Et à en discuter avec mon complice, le professeur Mauméjean, et alors que nous envisagions avec regret une fin prochaine de notre collection, un renouvellement du concept se fit très naturellement jour. Ce sont les nouveaux Bibliothèques rouges qui paraissent maintenant: pas de simples rééditions, mais des textes entièrement réécrits, nouveaux, et dont l’orientation est désormais absolument biographique. Le concept renouvelé étant donc de nous concentrer sur l’écriture de bio « comme des vraies », plus fouillées et profondes que jamais. Établir la bio de Holmes, de Lupin (qui vient juste d’arriver), de Poirot (qu’on écrit en janvier) ou de Tarzan (sur laquelle Alexandre Mare travaille actuellement), comme l’on établirait une bio de Monet, de Churchill ou de Camus. Et comme Xavier m’exposait sa brillante idée, dans ma tête naissait déjà l’image d’un beau pavé blanc, le plus épais possible et faisant foin de l’illustration de couverture que certains libraires nous reprochaient: une bio littéraire avec un look de bio littéraire, pour de bon. Au point que nous avons même réduit le rouge du dos à une élégante bande, et que l’iconographie se concentre en quelques cahiers sur papier couché.

Alors voilà: Arsène Lupin, une vie, mon nouvel opus (comme il est à la mode de le dire), vient d’arriver — le livreur m’a même réveillé, ce matin. Lupin, encore? Eh oui, et du neuf, un point de vue renouvelé, approfondi, un travail contextuel encore plus important, avec quelques nouvelles découvertes et élucidations en prime… On y croisent aussi des gens comme Sherlock Holmes, Raffles, le voleur de Darien, Georgette et Maurice Leblanc, l’empereur Guillaume II, Oscar Wilde, Fantômas, Rouletabille, Marcel Proust, Claude Monet… Et tant qu’à faire, ce travail m’a donné de nouvelles pistes, tout un concept voisin, afin de poursuivre la collection: la Bibliothèque rouge a encore de très beaux jours devant elle, je vous le promets.

#2097

Un peu déprimé: tant la Région que le CNL ont refusé de me donner une bourse d’écriture. Mon vieux projet de « roman choral » sur les années 1980 à Bordeaux ne verra donc encore pas le jour. Et je vais continuer à tirer le Diable par la queue, aussi. Grave. *sigh*

On the plus side, j’ai reçu les « bons à façonner » (tirages non assemblés) de ma bio de Lupin et de l’essai de Jim Lainé sur les super-héros. Les deux sont impeccablement imprimés, comme toujours avec Beta Barcelona, loué soit leur nom (quand on compare au boulot minable que nous font les imprimeurs français, ah misère!). Le Lupin arrive demain matin, normalement. Et je boucle le très beau, très drôle et absolument passionnant Monty Python ! de Patrick Marcel.

#2096

Je lisais hier soir une nouvelle de Wodehouse avec ses personnages fétiches Jeeves et Bertie Wooster, et comme de juste en lisant ces dialogues j’ai entendu les voix de Fry et Laurie. Pour moi, leurs voix sont dorénavant celles des deux personnages, impossible de me les retirer de la tête. De même que lisant du Hercule Poirot, j’entends forcément la voix et l’intonation particulière que David Suchet a créé pour le personnage (et c’est vraiment une création, puisque l’acteur fait grimper sa voix de deux octaves pour cela). En revanche, pour moi Lupin n’a pas de voix — pas plus qu’il n’a de visage, c’est l’étrange caractéristique du gentleman-cambrioleur, par définition.

Mais le plus fort, c’est toujours Sherlock Holmes: avec lui, ce sont les acteurs qui deviennent Holmes, ce n’est pas Holmes qui prend leur voix. Holmes est, il existe, on le reconnaît à travers ses différents interprètes. Au point que même un jeune homme comme Benedict Cumberbatch peut être reconnu comme une excellente incarnation de Holmes alors qui ni son âge ni son époque ne correspondent.

#2095

Ah mince: j’ai oublié de fêter le dixième anniversaire de mon blog! Comme me l’a récemment rappelé mon webmestre favori, mon premier billet officiel date du 29 juillet 2001… Zut alors, je n’ai plus qu’à attendre le vingtième anniversaire, alors!

Tiens, du coup j’ai regardé un machin que je n’avais que rarement consulté: les statistiques du blog. Merci m’sieur Colin pour être de loin la meilleure « source de trafic » et d’être le premier « site d’origine » à part les recherches Google. Ces dernières ont quelques sujets étonnants: « anif kureishi the buddha »? « hangar en ruine »??

Ah, et en parlant de blog, on vient d’un ouvrir un officiel et tout et tout pour les Moutons électriques: http://blog.moutons-electriques.fr/.

#2094

Sur une idée de mon compère Fabrice, hier jour du patrimoine je suis allé me dégourdir les jambes. Et comme nous sommes tous les deux fils de cheminot, nous avons décidé de tester notre adn sncf: bon, à la gare des Brotteaux il n’y avait rien à voir à part une expo de petits trains, qui ne nous a guère excité, et à la gare de Perrache il n’y avait rien du tout, bonjour le programme des journées du patrimoine… Rien non plus à Château Perrache, idem. Nous étions quand même parvenu à visiter la maison du gouverneur militaire, dans le 6e arrondissement, ça c’était effectivement ouvert comme annoncé. Nous admirâmes donc dûment les ors et miroirs très Second Empire (un beau secrétaire dans la chambre du baron), les écuries (quelle classe, comme on a perdu en standing avec l’avènement du moteur à explosion), les deux ambulances datant de la Première Guerre mondiale… Puis en fin de journée, tout de même, nous prîmes un train spécialement affrété pour convoyer les curieux jusqu’au « technocentre » de La Mouche, le beau et immense bâtiment tout neuf qui sert de garage aux TGV. Là, nous avons constaté que nos gènes cheminots ne sont pas totalement dormants, en nous extasiant devant ces trois trains sur voies surélevées, mécaniques bien visibles. Et puis les pièces détachées, les pentographes, tout ça, tout ça… Bien chouette, comme visite. Pour finir, et en dépit de la pluie qui re-menaçait (mais j’avais pris la précaution de me munir de mon robuste parapluie anglais), nous rentrâmes par les rues du 8e, dont je ne suis guère familier, psychogéographant donc un peu pour clôturer une bonne journée.