#1365

A certaines périodes, je ne cesse de poster, à d’autres je demeure plutôt silencieux sur cette page. Il faut bien reconnaître que l’existence purement sédentaire de l’editor-writer ne se prête pas toujours à de multiples commentaires — comme par exemple en ce moment. Peu de narration à obtenir du fait de passer une nuit blanche à finir de regarder les (géniaux) « Jeeves & Wooster » de Fry & Laurie (merci Axel) ; d’avoir été renversé par « Paprika » d’Hoshi regardé à la St Sylvestre (merci Sam), ou de m’être éclaté à la lecture du « Shazam » de Jeff Smith (merci Rafu). Bon, c’est dit.

Le quotidien récent, ce fut de mettre chez l’imprimeur le Coney de février, les essais sur Heinlein et Anderson, et bien sûr la réception de La Vallée du temps profond, premier et massif titre de la nouvelle collection des Moutons électriques, la Bibliothèque voltaïque. Un très très vieux rêve personnel: enfin réunir un bon gros recueil des nouvelles de Michel Jeury, cet auteur phare de la science-fiction francophone. Débutant, tout jeune, j’étais allé faire le « pélerinage d’Issigeac » par deux fois, amené chez le maître par mon papa. Ses nouvelles sont un sommet, pour moi. Et Richard Comballot a fait un beau travail de réunion, le tout récompensé par, donc, ces presque 500 pages — avec à la clef une brassée de félicitations comme j’en ai rarement eu, sur la beauté de cette somme. Pourvou qué ça sé vende, maintenant! J’ai du mal à évaluer le potentiel de Jeury aujourd’hui. Petit, je dirai. Mais j’espère notamment que la VPC va suivre: c’est le défi très important pour les Moutons, cela, développer la VPC. Tout compris, la dist-diff nous coûte la bagatelle de… 67% du prix de vente! Commandez par le web: c’est l’avenir de l’édition!

Bon, je file à Londres demain: j’imagine que j’aurai ainsi plus de matière pour ce blogue. Et Venise ensuite, on ne se refuse rien…

#1362

Une tradition blog consiste à effectuer le bilan de son année musicale. Eh bien, pour moi 2007 aura au moins eu cela de positif que de me permettre de renouer avec l’écoute. Car après le départ de mon coloc, j’avais été bien en peine de savoir quoi écouter, je n’avais plus envie de musique. Et puis, après une année de silence, cette envie m’est revenue. Et je me suis mis à reconstituer ma discothèque, au point de devoir acheter une cinquième tour à CD chez le dealer suédois.

Quelques années auparavant, j’avais eu la vélléité de découvrir le jazz-rock. Je n’avais pas été loin, les envies de mon coloc nous faisant bifurquer vers le très beau et neuf domaine du jazz franco-italien contemporain. Enfin, cette fois j’y suis parvenu — et mon année de musique, ç’aura donc été Herbie Hancock, Gong, Weather Report, Mahavishnu, Allan Holdsworth, Jaco Pastorius, tout le Canterbury et les multiples avatars de Soft Machine…

Le même ex-coloc me faisait réécouter l’autre soir « La Mort d’Orion » de Gérard Manset, un vieux chef-d’oeuvre kitsch et noir que je connais par coeur, que j’ai quasiment intégré à mon schéma mental, depuis l’époque lointaine des nuits blanches hebdomadaires chez Bruno Bordier, lors de nos études bordelaises. Nostalgie, donc, mais tant qu’à redécouvrir des musiques de cette période de ma vie, c’est Joni Mitchell avec laquelle j’ai refait connaissance en 2007. Jazz-rock encore, bien sûr, mais aussi folk. Et puisque je me faisais un trip seventies et « retour à mes racines du temps de Bordeaux », retour encore à Crosby, Stills, Nash et Young (ça, c’était l’influence de Francis Valéry).

Influence contemporaine, finalement: je ne découvre jamais des musiques que sous influence, je crois. celle donc du jeune Axel, qui m’a fait découvrir un peu du néo-folk actuel, et cette tendance néo-hippie d’artistes pleins de bonheur, de gentillesse, d’enthousiasme: j’en ai besoin, la musique pour moi c’est (aussi) une sorte de thérapie, et donc d’apport d’énergie positive. Alors Andrew Bird, Elvis Perkins, Animal Collective, Panda Bear, Yeasayer, Tunng, Islands…

#1361

Ce matin, je suis allé me promener à St-Etienne. Je sais, écrit comme cela c’est assez étrange. Mais il faut dire que j’apprécie ces petits voyages dans le temps — si si: St-Etienne ne s’est pas rendue compte que les années 1970 étaient terminée. La preuve, on y voit encore, aux frontons des magasins, les panneaux orange « Client Roi », qui ont disparu partout ailleurs, même à Chinon où mon grand-père avait ça au-dessus de la vitrine de sa boutique d’opticien. À St-Etienne, aussi, on peut trouver de vrais taudis et rues coupe-gorge comme dans les anciens romans populaires: une promenade dans le quartier du Crêt de Roc est étonnante, presque touchante.

Mais le véritable attrait de cette surprenante petite ville, pour moi, ce sont ses bouquinistes. Un en particulier, tenu par des vieilles d’une incompétence absolument désarmante, qui circulent au milieu de rayonnages croûlant sous une littérature populaire hors d’âge, au prix généralement pas marqué mais de toute manière dérisoire. Bon, on paye quand même en euros, mais c’est tout juste. Genre les fascicules Rouletabille chez Lafitte, à 4 euros les plus chers. J’en suis ressorti les mains noires de poussière et le sac lourd d’une provision d’iconographie pour de prochains « Bibliothèque rouge » (et de vieux Coney en vue d’un gros article qu’on m’a commandé hier matin).

En arrivant, la ville se ouatait d’un brouillard blanc et épais, c’était comme marcher dans les nuages accumulés par toutes ces années que la ville semble n’avoir pas vu passer… St-Etienne demeure loin de Valenciennes pour ce qui est de l’aspect « bulle de réalité différente », mais avec ses vieux tramways étroits, ses façades Art Nouveau et son relief torturé, elle est tout de même bien placée dans la liste des bizarreries urbaines.