Je ne sais plus exactement lorsque j’ai vu ma tante Solange pour la dernière fois mais ça importe peu : après la mort, ce qui reste d’une personne sont les souvenirs et ceux-ci forment comme un portrait en plusieurs dimensions, tels des calques entassés que le regard mental saisit parfois d’un bloc et d’autres fois un par un. Des crayonnés en couleur ou en noir, des impressions de toutes les époques, mémoire translucide et autant visuelle que psychologique. Solange traversant ma vie depuis mon enfance, périphérique et pourtant importante. Un poisson en terre cuite, un roman de Kerouac, et tant et tant de moments en mémoire.
Archives de catégorie : journal
#6105
#6104
Un long voyage ferroviaire pour gagner la Touraine hier soir. À l’approche d’Angoulême, un décor à la Miyazaki transformait le crépuscule : un champ de petites lueurs orange piquetait de douces collines. Ce n’est qu’après un moment que je réalisai que l’ombre cachait les maisons, ne laissant paraître que l’étincelle de chaque lampadaire dans ces semis de sodium. À l’arrivée, une vibrante brume brouillait de poussière grise les alentours de la Loire.
#6103
Sable et eau grésillent sur les vasistas, seul bruit dans la maison grise et silencieuse où les lampes ne forment que des îlots ponctuels de lumière jaune. Un grondement monte brièvement, celui du passage d’un train. Il ne fera peut-être pas jour aujourd’hui. Les escargots mêmes en profitent-ils après le froid de ces dernières journées ?
#6102
De curieux fruits poussent dans le tout neuf quartier d’à côté, sorte de grise et haute dystopie urbaine que ne dépareillent pas ces baies toxiques. Dimanche en dépit de mon problème au talon, et au défi de la tempête qui continuait à souffler et grommeler, une copine me persuada de mettre le nez dehors pour une petite exploration de cette zone moche, avec d’abord une grimpée jusqu’à un « rooftop » venteux et pisciné pour instagrameurs, puis jusqu’au nouveau pont, un tronçon d’autoroute posé en travers du fleuve. Cupidité immobilière et médiocrité architecturale se donnent la main pour hâter ces lieux et la crise les obligent à ne pouvoir finir certaines de ces sottes bâtisses, qui tendent leur ferraille au-dessus de murs en parpaings comme dans un paysage sicilien.
