Ce matin je me suis enfin occupé de commander les étagères dont j’ambitionne de couvrir les murs du bureau jusqu’aux 3m10 de hauteur. Un système allemand, que m’avait trouvé Seb Hayez, et qui n’a que le défaut d’exiger un délai de livraison fort long – je n’aurai pas mes bibliothèques avant le mois de mai. Bref, c’était donc la fin de mes dépenses de déménagement, je me retrouve à un niveau financier, hum, disons, « habituel ». Comparativement pauvre donc, mais néanmoins satisfait de mon sort. La vie normale reprend son cours, après une cavalcade de plus de deux mois qui, à la considérer rétrospectivement, fut tout de même assez épouvantable et très éprouvante. Mon dos en témoigne — ouille.
Archives de catégorie : journal
#2448
Il y a trrrrès longtemps de cela, le sieur Patrick Marcel m’a fait découvrir un écrivain anglais nommé Christopher Isherwood. Depuis, c’est tout simplement mon écrivain favori, que je relis et auquel je reviens régulièrement. Il y a quelques mois j’ai même regardé avec fascination un documentaire de l’émission Horizon, où Isherwood faisait visiter son coin de Los Angeles. Mais bien que j’ai lu quantité d’essais sur la vie du groupe Auden-Isherwood, lu aussi les autobios de Stephen Spender et de C. Day Lewis, et que l’œuvre entière d’Isherwood soit subtilement autobiographique, eh bien je n’avais jamais lu de biographie de l’auteur. J’en avais commencé une il y a quelques mois, abandonnée aussitôt pour d’autres tâches et lectures plus pressantes, mais cette fois je m’y remets pour de bon (peut-on espérer). Il s’agit de la bio par Peter Parker, de 2004, A Life Revealed.
L’art de l’énorme biographie d’auteur ou d’artiste est quelque chose d’assez anglais, il en paraît beaucoup outre-Manche, c’est là-bas un genre littéraire bien établi, j’ai l’impression qu’en France cette façon d’écrire est moins bien reconnue. Enfin bref, en tout cas qu’elle est somptueusement british, cette biographie. C’en est drôle: « Uncle Walter was a Justice of the Peace, a Master of Foxhounds, Deputy Lieutenant and High Sheriff of the county ». Ah, ces titres! Et ce destin romanesque: « Frederick had run away to sea at the age of seventeen […] and spent some time in Australia in the mounted police, surviving a shipwreck during his voyage back to England. » Et cette pointe de comédie: « Quite what was wrong with Emily is unclear; one suspect not very much »…
#2447
Dans le légendaire d’Europe du nord, les nixes sont des fées des eaux. Ce matin j’ai fait mes courses chez Lidl, boutique d’origine allemande, et j’ai notamment acheté des conserves de poisson de la marque…. NiXe. Voilà qui m’inquiète un petit peu : il y aurait-il des bouts de créatures féeriques dans les conserves Lidl ? Ne serait-ce pas du saumon mais bien de la sirène fluviale, qu’il y a là dedans ?
#2445
Non loin de chez moi, au bord de la voie ferrée (vous noterez cette légère obsession ferroviaire), se trouve un étonnant monument : une tourelle médiévale… minuscule et bien entendu purement pastiche. Ce que l’on nommait autrefois une « folie » ou une « fabrique », c’est-à-dire un morceau d’architecture parfaitement inutile construit dans un but décoratif et ludique. Il fut un temps où l’avènement des nouvelles voies de communication avait inspiré de ces parodies du Moyen âge, curieusement, à savoir de faux ponts-levis ou des tours, juchés au-dessus du chemin de fer ou des canaux. On pensera bien entendu au Pirate Castle de Camden (Londres), qui lui avait au moins pour but de fournir un lieu d’aventures pour les enfants. En tout cas, les propriétaires actuels de cette belle maison bourgeoise, au bout du jardin triangulaire de laquelle il s’érige, savent-ils quel petit trésor de curiosité architecturale ils possèdent ? Sans doute pas, si l’on en juge par l’état d’abandon du jardin et par l’affreux panneau publicitaire qui y pousse.
#2444
En dépit des ondées, hier ressentant le besoin de faire une pause après un marathon de cinq jours pour boucler les 400 pages du grrrros essai pour Mnémos (réédition d’un livre sur la science-fiction que j’avais fait avec Raphaël Colson il y a quelques années, retravaillé et complété, à sortir en avril), hier donc, je sortis de chez moi, ouiiii. Je me suis donc promené mi à pied mi à tram, en essayant de ménager mon dos coincé et crispé, au bord du lumbago. Il y a pas mal d’années de cela, j’avais fait à Londres une petite folie : je m’étais acheté un parapluie. Ah mais non, pas n’importe lequel : un pépin de chez James Smith & Son. Robuste et garanti à vie. Eh bien, je ne l’avais jamais autant utilisé que depuis que je suis à Bordeaux. Et en repartant du café où je venais de faire connaissance de mes consœurs de chez Mirobole, je remarquai avec amusement que la dame devant moi s’abritait sous un parapluie blanc et bleu frappé du nom de Mollat, l’über librairie locale. Quand on vous dit qu’il pleut, à Bordeaux ! La grande librairie vend même des parapluies à son nom !
La déception fut tout de même un peu de ma randonnée : je voulais aller voir le nouveau quartier New York, sur lequel j’avais lu un article dans un mag d’archi auquel je suis abonné. Las : alors que l’architecte évoquait une fusion douce des espaces publiques et privés, le résultat dans le réel est bien différent. Une immense grille fermée et tout autour de la résidence des petits mots paranoïaques semés de « interdiction », « sécurité », « fermeture ». Et le nouveau quartier de Bordeaux Maritime, également vu dans le même magazine quelques mois avant n’est pas mieux : bouclé, cadenassé, on n’entre pas. Ce nouvel urbanisme éco-machin érige dans la ville des bastions bourgeois qui, de toute leur hauteur, toisent avec morgue les petites maisons populaires qui les entourent. Il a sale mine, l’urbanisme contemporain à la sauce Juppé.

