#2404

Nombre de mes lectures sont dictées par des impératifs d’ordre professionnel : manuscrits à lire ou à relire, livres à considérer pour une réédition, matériau pour alimenter un article ou un essai… Mais il y a d’autres lectures qui, sans m’être « dictées », me sont plus positivement et librement conseillées / orientées ou offertes par des amis. Ce fut pas mal le cas ces dernières semaines…

Après avoir lu le petit mais fort dense Les Grandes villes et la vie de l’esprit de Geog Simmel — une conférence de 1902 préfigurant la psychogéographie, réflexion sur l’habitant des villes et sa psychologie —, offert par Xavier Mauméjean, j’eus le plaisir de recevoir un autre cadeau du professeur X, sous la forme des Miroirs de l’infini d’Allen S. Weiss — une étude sur le rapport entre les jardins à la française et la métaphysique au XVIIe siècle. Xavier l’ignorait mais, justement, et depuis déjà un bon moment, je cogite vaguement (et en parallèle de Julie Proust Tanguy) à quelques volumes de la « Bibliothèque des miroirs » qu’il serait possible de faire, dans la foulée du Psychogéographie! de Coverley, cette fois sur les thématiques du « jardin secret » et du « paysage », l’art de marcher, le rapport à notre décor naturel, tout ça…

Sujets non sans rapport avec un conseil de David Camus que j’ai suivi l’autre soir : lire Histoire d’un ruisseau, du géographe anarchiste Élisée Reclus. David me l’avait conseillé dans la jolie petite collection de poche de  chez infolio, mais il est épuisé, et j’ai trouvé le texte dans une bien plus belle réédition précédente, chez Plume de carotte, avec des illustrations noir et bleu d’un Urugayen, le tout dans un format carré maquetté de manière assez fifties, très beau. Quant au texte de Reclus, c’est un pur délice, une rêverie de géographe: un long poème en prose décrivant par le menu le cheminement d’un cours d’eau, depuis sa source jusqu’à l’océan. Quelle prose!

Enivrement d’une belle prose, aussi, avec le conseil que me donna l’ami Xavier Dollo/Thomas Geha cet été: lire Colette. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, tous mes amis me disent avoir lu Colette étant ado ou jeunes adultes, mais qu’importe, je rajeunit — et j’ai lu la plupart des nouvelles de Colette, transporté de bonheur par la grâce de son style. M’est avis que je vais peu à peu plonger aussi dans ses romans.

Et puis, tout autre style, c’est bien le cas de le dire, j’ai ouvert ce soir l’immense coffret Building Stories de Chris Ware, que vient de m’offrir Axel OD, et j’ai commencé par celui des nombreux volumes contenus là qui se présente comme un « Petit livre d’or » d’antan.

#2402

Blame it on facebook : je crois bien que je blogues moins, c’est un fait, mais c’est également un fait que j’ai surtout envie de bloguer lorsque je suis en voyage et/ou que je respire un peu… Et comme je travaille un peu tout le temps (non pas que je m’en plaigne, je précise), finalement entre le manque d’évasion(s) et les petits mots sur fb, l’impulsion blog me prend moins souvent. Et puis il y a un fait de ma vie : la fatigue. Oui, la fatigue chez moi est devenu un fait, un phénomène récurent et que je dois gérer. Oh ce n’est pas nouveau, ça ne vient pas de me tomber dessus — mais enfin, c’est là, très souvent. Aujourd’hui, par exemple, mais au moins je sais cette fois fort bien, indubitablement, d’où cela provient — genre, me coucher vendredi soir (hem, samedi matin) à plus de 4h du mat’ et ne dormir que cinq heures, oué, ce n’est pas top pour la santé (mais ce premier lancement parisien des Indés fut joliment rigolo et rencontra un beau succès, me semble-t-il). À plus forte raison lorsque l’on rentre d’un week-end prolongé de braderie lilloise, excursion éreintante quoique ô combien agréable. Et puis, pour dérouler à l’envers le fil de mon existence récente, il y a eu l’amusant et agréable intermède de la convention d’Aubenas, où je suis allé avec mon vieux compagnon Gizmo (et qu’organisaient d’autres  amis chers, Mireille & Gianji). Et, c’est la vie, avant/pendant, quelques épisodes insomniaques et quelques anxiétés personnelles.

Oh, la vie est belle, pourtant. En fait, ces temps-ci j’ai une tendance à l’introspection, du fait de certains stimuli extérieurs, et lorsque je fais un petit bilan de ces dernières années je réalise bien que, en dépit du poids constant de la solitude, j’ai trouvé une forme de bonheur. Notamment en cultivant en moi une sorte d’assise stable… — mais j’arrête tout de suite sur le sujet, ça va faire new-ageux. Enfin bref, je sais même dater de quand exactement j’ai « découvert » soudain cet équilibre interne, grâce à un lieu (la magie de Venise) puis à une personne (que je ne citerai pas), et depuis, malgré les turpitudes usuelles de la vie, malgré les crises d’angoisse ponctuelles et pas si rares, ça se prolonge ma foi plutôt bien. D’autant mieux que les Moutons électriques, eux, se portent également bien et même, broutent de plus en plus gaillardement. Comme il n’existe aucune différence entre ma vie privée et ma vie pro, tout cela m’apparaît bel et bon. Introspectif tout de même, que je suis actuellement. Avec des plans sur la comète, une envie folle qui constitue peut-être ma version de la « crise de la cinquantaine » (après tout, pour la « crise de la quarantaine » je m’étais lancé dans les Moutons électriques, je peux bien refaire un peu plus ma vie dix ans plus tard). Avec des amis que j’aime prodigieusement. Avec peut-être un tout petit peu moins de solitude dans l’avenir. Et de belles perspectives devant moi, je crois.

(c’était la minute bisounours)

#2401

Cette tradition est née il y a très, très… longtemps. Pas seulement celle de la Braderie de Lille, mais, pour ce qui m’intéresse plus précisément, la tradition dite de la « Bradocon », la réunion annuelle d’une poignée de fans de vieux bouquins et de science-fiction dans la région lilloise, afin d’effectuer quelques raids sur les brocantes du premier week-end de septembre et sur moult moules-frites. Autrefois, nous faisions cela depuis le domicile de mon vieil ami Philippe Caille (que j’ai rencontré il y a bien longtemps, par l’entremise des petites annonces du beau journal de Spirou !), depuis nous avons migré vers la ferme fortifiée du clan Debaque-Luce. Sottement, au moment où j’ai co-fondé les Moutons électriques j’ai cessé de me rendre à la Braderie… J’avais toujours une (en définitive mauvaise) excuse, d’autres choses à faire et/ou trop peu de liquidités… Étais-je bête ! Car elles m’ont manqué, la Braderie et la « Bradocon ». Après neuf ans d’absence (ça passe si vite), j’y suis retourné l’an passé, avec un plaisir aussi intense que non dissimulé. J’ai observé, un peu acheté, repris mes marques… Et cette année, ah, cette année… J’ai rapporté sur mes frêles épaules la broutille de 44 bouquins + 33 fascicules, sans doute mon (modeste) record personnel en une bonne vingtaine d’années de chinage en plat pays…

Bien entendu, je reviens plutôt fourbu — on ne dit pas assez quels efforts sont nécessaires pour la poursuite de la passion des vieux livres poussiéreux. J’ai d’ailleurs fait une sieste tout à l’heure, et tout cela n’arrange guère ma lassitude tellement chronique, mais qu’importe : incomparable est la douce euphorie du bradeux pénétrant dans une nouvelle rue, sous un beau ciel bleu, le visage caressé par une brise, avec s’étendant devant lui, de chaque côté d’une artère de Lille, de Thélus ou de Flers, à perte de vue, de sublimes tas de machins et de trucs, de brimborions futiles et de débris de la vie quotidienne, de cendriers laids et d’épouvantables faïences, au sein desquels il fouillera afin d’en extraire, triomphant, de petites perles de papier… Et si je fus en compagnie d’augustes savanturiers, pour ma part j’ai ramassé surtout des livres pour la jeunesse (dont plein d’iconographie possible pour un futur livre ovin), un peu de cape et d’épée, quelques petites bédés et de vieux polar… Quand aux moules-frites, j’en consomma assez pour tenir le reste de l’année, peut-être. Enfin, la pause du samedi midi fut l’occasion de rencontrer pour la première fois mon nouvel auteur à moi que j’ai, venu de la proche Belgique.

Ce fut bien, quoi. Merci à ceux qui me reçurent, merci aux autres amis qui étaient là.

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#2400

Est-ce purement psychologique, une sorte de convention sociale qui veut que l’on parte en vacances durant l’été ? En tout cas, je me sens un peu « cuits », plein de lassitude… et ceci, sans aucunes vacances en perspective. Le week-end prochain, à la Bradertie, sera bien entendu très chouette, mais vraiment pas de tout repos ! Quant à la convention du week-end dernier, eh bien ce ne fut pas spécialement reposant non plus, et d’ailleurs j’ai quand même un peu bossé (stand Indés, conf Fiction, discussions avec quelques collaborateurs). Si l’on ajoute à cela quelques nuits trop courtes et quelques bêtes crises d’angoisse, ces temps derniers, on se retrouve avec un AFR passablement raplapla. Alors que la rentrée est déjà là ! Au boulot, allez, allez. Pff.

(c’était la minute grognon)

#2399

Je viens de passer deux jours fort agréables en compagnie de mon ami, confrère et éditeur lillois Christophe Coquelet, des éditions Manannan. C’est lui qui va rééditer mes romans de SF, Cité d’en haut et Vent du sud (au titre rétabli…), et pour qui je vais donc écrire les deux autres tomes (le projet était depuis longtemps d’en faire quatre, un par saison). Je lui avais déjà rendu les fichiers — ayant relu et retravaillé les deux volumes — mais, comme de bien entendu, j’ai encore eu l’idée de quelques retouches et j’ai fait ça hier, une retouche dans le tome 1 et deux dans le tome 2…

En parlant de saison, revient celle des déplacements multiples : consultant mon agenda, j’ai vu ce matin que j’allais m’absenter presque tous les week-ends jusqu’au début novembre… Vais-je survivre ? En tout cas, ça commence dés la semaine prochaine, avec la jubilatoire perspective de la convention d’Aubenas. Puis la non moins jubilatoire Braderie de Lille, le week-end suivant. Puis lancement fantasy à Paris & repos Bretagne. Puis, puis, puis…