#2309

Journée marathon hier, pour un passage éclair à Paris : devant impérativement être à Lyon ce mardi matin, afin de réceptionner les stocks des Apocalypses ! d’Alex Nikolavitch (un des bouquins des Moutons électriques qui me met le plus en joie, dois-je d’ailleurs dire), j’ai donc « simplifié » mon emploi du temps en un déjeuner avec l’ami JPJ et son gentil camarade (youkaïdi, mon séjour londonien de novembre est donc confirmé), la réunion de représ d’Harmonia Mundi (mois de janvier, février et mars, soit donc six titres, à présenter de manière convaincante en une heure chrono — un exercice plutôt intense), et en fin de journée une petite heure chez madame Groc Chateau, cette formidable vieille dame de 94 ans. Ai emprunté trois modes différents de transport en commun : métro, bus, tram (première fois que je prend un des nouveaux tramways circum-parisiens). Puis le premier TGV qui se présentait direction Lyon. Rentré moulu.

#2308

Lorsque j’ai appris la mort de Roland, début août, j’étais embarqué dans une série d’articles sur Londres à ses différentes époques (modernes) et à travers ses héros, écrivains, mouvements… Xavier en a relu une partie, Julien en a relu d’autres, Laurent Queyssi en a retouché un (sur les sixties bien sûr),  j’étais bien parti, content, et puis. L’arrêt subit. Plus écrit grand-chose depuis, en dehors d’un court papier pour le volume sur Paris. Je dois pourtant me remettre au boulot, finir le papier commencé sur l’après-guerre, écrire ceux sur le début de siècle et sur le Blitz, un sur Paris Années folles, aussi. Oui, il faut. Au lieu de quoi j’ai pris des notes pour des bouquins pour la jeunesse, d’autres pour d’éventuels mémoires (au masculin quand c’est un auteur qui raconte ses souvenirs), bien cogité à ce que je veux faire ensuite, et c’est à peu près tout. Non que je geignes ni ne me sentes aucunement dépressif, il me manque juste l’étincelle, la motivation. Alors en attendant, j’ai continué à lire des choses utiles pour me (re) plonger dans ces époques. Par exemple, un autre polar jeunesse de Malcom Saville : Lone Pince London. Stylistiquement un peu moins léché que Two Fair Plaits mais néanmoins fort plaisant, et donnant un petit aperçu du Londres fifties. Sinon, je trouve toujours à m’occuper : bichonner le (nouveau) site des Moutons électriques, lire et annoter le manuscrit du (fort bon) Stan Lee de Jean-Marc Lainé, boucler des couvertures et corriger des maquettes, transcrire et mettre au propre une interview…

Et puis, lire avec un ravissement complet, un vrai éblouissement, Les Îles de la Lune de Michel Jeury. Un roman de 1979, au Fleuve Noir Anticipation, que j’avais un peu oublié — et que Richard Comballot m’a proposé pour la « Bibliothèque voltaïque », complété d’une nouvelle fin écrite par Jeury trente-trois ans plus tard. Il faut dire qu’à l’époque, contraint par la limitation du nombre de signes imposé par la collection, Michel s’était trouvé soudain arrivé à la fin du livre sans l’avoir réellement bouclé… Cette fois c’est fait, et c’est fascinant, entre l’élan utopiste du roman de 1979 et la fin nettement plus sombre, plus incertaine, de 2012. Les grandes thématiques jeuryennes du doute sur la réalité et des « fugues » dans d’autres dimensions sont bien là, mais aussi un regard aiguë sur les dérives sociétales du libéralisme, la thématique déjà du changement climatique, et des références subtiles à l’histoire de la littérature de science-fiction, en particulier au Demain les chiens de Clifford D. Simak. Tout cela forme un roman formidablement beau, puissant et poétique à la fois, bourré d’images mémorables, pour tout vous dire j’ai retrouvé là tout ce que j’adorais (et que j’adore toujours) dans la « spéculative fiction ». Bref, on a signé dare-dare le contrat et ça paraîtra (déjà) en mai 2013 : un bonheur et un honneur. Âgé de 80 ans, Michel Jeury m’a mis un petit mot qui m’a serré le cœur : « Je suis très heureux de cette publication. Vu mon état de santé, elle pourrait bien être la dernière. »

#2306

Salon ce week-end, tout près de Bordeaux : à Gradignan, Lire en poche. Curieux concept que de me faire venir pour signer juste un livre de poche, sans aucun de la vingtaine de mes autres ouvrages parce qu’ils ne sont pas en poche. Mais la libraire était fort sympathique, l’organisation aussi et les lieux ma foi aussi vastes qu’esthétiques — de longues barres en architecture d’inspiration moderniste, posant leurs lignes droites sur les courbes douces d’un vallonnement vert. Le tout ponctué de tentes blanches. Les copains autochtones vinrent me dire bonjour — Queyssi, Trespallé, Marcel —, ce qui brisa fort agréablement le léger ennuie. Passage aussi de gentils lecteurs/étudiants du tout proche IUT Métiers du Livre (celui de Bordeaux, où je fis autrefois mes études). Et une fois encore je me suis promis de revenir habiter à Bordeaux, un jour…

#2303

Il y a quelques temps, j’ai effectué des recherches à propos du lien canaux de Londres / littérature, et suis tombé en particulier sur un polar pour la jeunesse datant de 1948 : Two Fair Plaits de Malcom Saville. J’ai eu des difficultés à l’obtenir, le premier bouquiniste s’avérant malhonnête, mais enfin, longtemps après l’écriture de l’article concerné du Londres, une physionomie (que je vais légèrement amender, du coup), le roman est enfin arrivé. Je l’ai lu hier, et ce fut un excellent moment. Car ce monsieur Saville (1901-1982) écrivait superbement. Moi qui en ce moment relis (mais en VO) les Club des Cinq d’Enid Blyton (les Famous Five, de fait), qui sont atrocement non-écrits (que du dialogue, pas une description, pas un poil d’atmosphère, rien : des dialogues et rien d’autre, c’est incroyable comme ces textes sont dénudés), ce fut un plaisant changement. Car dans Two Fair Plaits, deuxième des six aventures des enfants Jillies, non seulement l’intrigue est-elle merveilleusement variée et rebondissante, mais il y a un véritable sens des décors, de l’atmosphère, des lieux et des personnes… et rien de réac, bien au contraire.

Une fillette de 11 ans, qui doit se rendre à Londres pour Noël chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas, est enlevée. Les Jillies sont des voisins de la vieille dame et décident de chercher la jeune Linda, car ils ont intercepté le gamin de l’East End chargé d’apporter le message de demande de rançon. Les Jillies, une fille de 16 ans, une autre de 13 et un garçon de 11, vivent avec leur peintre de père dans un appartement sur l’Embankment de Chelsea, dans une agréable vie de bohème. Leur seule richesse: un tableau de tournesols par Van Gogh — c’est dire que l’auteur n’était pas terriblement conformiste dans ses idées. Avec leurs amis Guy (17 ans) et Mark (13 ans), venus pour les vacances de Noël, les Jillies sont plongés dans l’épais brouillard de cette fin 1947 (ce qui est d’ailleurs historique, de même que Saville mis en scène dans un autre roman les inondations catastrophiques des Fens en cette même fin 1947, tout comme Dorothy Sayers dans The Nine Tailors), tandis que Belinda passe d’un narrow boat (péniche étroite pour les canaux) à une auberge en ruines surplombant la Tamise, à des péniches amarrées au centre du fleuve, jusqu’aux docks en ruines aussi (post-Blitz oblige). On circule de Chelsea à Wapping, dans l’East End, du brouillard à la vase du bord de l’eau, il y a un majordome compassé, un avocat coincé, une vieille dame snob, des bus rouges, un restau de grillades pour prolos, les rues pauvres et bombardées de l’East End, un grand incendie… Enfin bref, ce petit roman est une merveille tant comme excellent polar plein d’ambiance, que pour le portrait maintenant historique qu’il brosse sur Londres. Je sens que je vais en lire d’autres, des Malcom Saville (auteur apparemment jamais traduit en français, ai-je l’impression). P.S. grâce à JPJ : mais si, deux traductions tout de même. Dont ce roman-ci, sous le titre Deux tresses blondes, dans la « Nouvelle Bibliothèque de Suzette » (Gautier-Languereau, 1962).

#2302

Dring! Réveillé ce matin par le facteur, qui m’apportait un louuurd colis, contenant des exemplaires de la rééd aux Deux Coqs d’Or du Grimoire de Merlin (couv bleue au lieu de rouge) et de notre nouveauté, Le Grimoire des fées & lutins, nouvel opus rualdo-colinien (à moins qu’il ne soit colino-rualdien), cette fois pour les fillettes de 7-8 ans. Eh oui, car j’ai écrit une bonne petite série de gros albums jeunesse en compagnie de Fabrice Colin, avec des illustrateurs variés (cette fois Arnaud Cremet et Alexandre Honoré). On les voit peu en librairie, ces albums, ai-je l’impression — sans doute vendent-ils surtout en supermarché, encore un indice d’à quel point beaucoup de libraires se fourvoient, car quand même on en vend dans les 12 000 exemplaires, de ces albums, et ils ne sont pas nazes, pourris ou racoleurs, eh! Chaque fois, Colin et moi nous amusons à construire des univers féeriques plein de surprises et d’inventions, mais aussi de références mythiques, et quelques clins d’oeil littéraires, en y mettant tout ce qui nous amuse, tout ce qui fait peur aussi, sans réduire nos exigences ni donner dans le bêbête. On s’éclate bien, quoi. Bon, Fabrice, on se met au suivant?