#2229

Un petit tour dans le nord…

Trois jours à Édimbourg. Il y a des mots que je ne connais qu’en anglais, des mots de certaines chose: gables par exemple. Mais en fait, c’est le même mot en français. Et des gâbles, il n’y a que ça, ici. Les toits et les arrêtes des plus beaux bâtiments, dans leur présence gothique sombre, presque menaçante, se hérissent de gâbles. Les clochers et les flèches foisonnent, déchirant le ciel bas, et le nez en l’air je bois du regard ce décor si souvent exploré en littérature, en films, en séries, et qu’enfin je parcours. Croisé les ombres de Dracula (un ancien théâtre), du Dr Jeckyll (un conseiller municipal cambrioleur, le deacon William Brodie, inspira Stevenson) et de Holmes (bu un coup au superbe pub The Conan Doyle). Ah, et de l’inspecteur Rebus bien sûr (Fleshmarket Close).

Croisé aussi le spectre de la supposée avarice écossaise – un hôtel Ibis où il faudrait payer un supplément journalier pour avoir la wifi, où la tv est à options payantes, où l’on manque d’oreillers et de couvertures, où il n’y a qu’une prise adaptateur pour tout l’hôtel, où l’on fait les chambres quand on a le temps… C’est plus Accor, c’est Scrooge McDuck, comme gestion.

#2227

Pas encore remis de la fatigue de mon récent passage à Londres (que ça m’agace, ces épisodes d’épuisement ! ça me plombe souvent), je file quand même lundi à Édimbourg — pour des vacances, des vraies, familiales et tout. Première fois que je mettrai les pieds en terre écossaise, j’en avais le souhait depuis longtemps.

#2226

Une réflexion brillante de l’excellent Colville Petipont sur la place des images dans les livres… Ce qui ne peut que m’intéresser, moi qui aime que les livres des Moutons électriques, même les romans et les recueils de nouvelles, comportent si possible une part d’iconographie.

Faut vous dire qu’en ce moment, on cogite comme des fous sur nos petits Moutons et leur avenir, l’entrée chez Harmonia Mundi au 1er octobre représentant un peu comme un « Moutons 3.0 » pour nous. Alors: nouvelle collection, relooking de couv et orientation graduelle vers plus de graphisme/sobriété (par opposition à « illustration en pleine couv ») sur la Voltaïque, constructions de projets et d’objectifs pour la Miroir, projets pour la Rouge, nouveau site, livres numériques, devis divers et abandon de quelques projets trop pesants, comptes et statistiques… et de beaux horizons, globalement.

Et puis tiens, l’autre matin j’écoutais le (splendide) live de Malicorne, et en entendant « Nous sommes chanteurs de sornettes » je me suis dit que c’était une définition qui me plaît. De l’avis visible de pas mal de gens de l’establishment et du fonctionnariat culturel, il est clair que je suis éditeur/auteur/lecteur de sornettes.

#2220

Londres encore et toujours (7)

Pendant que nos journalistes se passionnent pour la mort mystérieuse d’un ponte du libéralisme qui a été leur prof, que raconte donc la presse britannique? J’ai été amusé par le qualificatif de « fiery leftist » pour Mélenchon, dans le Guardian, et feuilleté le London Evening Standard du 29 mars… Quelques papiers qui m’ont intéressés…

Un troisième chef de la police démissionne suite aux révélations de corruption liées à Murdoch ; le Royaume Uni serait en récession une deuxième fois en peu de temps, ça sent le sapin (Sarko nous donnait l’économie anglaise en exemple, vous vous souvenez?) ; la reine continue sa tournée dans le cadre des festivités du Diamond Jubilee ; Ken Livingstone aimerait regagner la mairie de Londres et fait plein de promesses, mais a encore dérapé dans l’anti-sémitisme (Kenny le rouge est devenu avec l’âge tout aussi peu rouge que notre propre Danny le rouge) ; un millionnaire de la City obtient son divorce gay contre un acteur du West End mais doit quand même payer 1,4 million de livres, parce qu’il est bien plus riche que son ancien compagnon ; la mairie de Londres n’a pas du tout envie de laisser revenir les artistes de rue sur le nouveau Leicester Square relooké…

#2219

Londres encore et toujours (6)

Je crois beaucoup en la persévérance. Et celle-ci paya une fois de plus, lorsqu’au dernier matin de mon séjour je décidai de remonter tout Gray’s Inn Road à la recherche de la porte de l’immeuble où logeait autrefois Arthur Machen. Cette question, aussi futile soit-elle, me turlupinait depuis déjà un moment: il y a une dizaine d’années, quand j’avais pour la première fois envisagé de mettre au point une promenade autour de Gray’s Inn Road (promenade qui sera la première des trois à paraître dans le Bibliothèque rouge sur Londres), je me souvenais vaguement que j’avais un ouvrage qui m’indiquait l’adresse exacte de Machen, avec sa porte dont les sculptures avaient influencées l’auteur dans sa veine fantastico-onirique. Je m’étais rendu sur place, et conservais en mémoire une bonne image de ses sculptures. Problème: je ne sais absolument plus de quel ouvrage il s’agissait. Et j’ai eu beau chercher, je ne vois pas du tout dans lequel des rares livres sur Londres que je possédais déjà à l’époque j’avais bien pu dénicher une telle info, que je ne trouve nulle part ailleurs… Frustant!

Je remontai donc tout le boulevard, avec pour seul indice mon ténu souvenir. And lo and behold! Vers le haut de Gray’s Inn Road, je trouvai enfin: Churston Mansions, une porte au n°12A to 27, une autre porte au n°1 to 12 d’un bel immeuble de brique claire. Aucun risque d’erreur: les grimaces sataniques des sculptures dans le bois des portes, quatre visage en tout, sont assez uniques. C’est bien là qu’habitait Arthur Machen aucun doute. Boucle bouclée, le dernier détail trouvait sa place.

Ce mystère résolu, je reparti le coeur léger (et la tête plus légère encore, que la fatigue faisait un peu tourner), direction le Museum of London pour une ultime visite. Il faisait idéalement beau, le fond de l’air était frais, et Machen retrouvé.