#1301

Paris, donc. Je tape ces lignes aux onzième étage d’une barre dont les fenêtres donnent en plein sur le Sacré Coeur: ses tours brillent dans le contre-jour d’une chaude journée. Pas de musées pour cette fois, hélas (frustration!). Mes jeudi et vendredi furent bien emplis de rendez-vous, et je suis resté aujourd’hui chez mon oncle afin de terminer la relecture des épreuves d’un ouvrage des Moutons: l’auteur, québécois, passe demain chez moi, ce qui m’obligea a accélérer le rythme de ma prise de notes et me contraint à rentrer à Lyon dès dimanche matin. Mes séjours parisiens prennent chaque fois l’aspect d’un marathon, étant donné le nombre de personnes que je dois ou que j’aime voir. Quelques bons espoirs issus de ces rendez-vous, une très mauvaise nouvelle aussi, sur laquelle je ne m’étendrai pas (encore). Se prendre pour un écrivain n’est pas toujours aisé, mais enfin, je reste positif… autant que possible. Rendu visite aussi à Avril en son atelier, et à Jennequin en sa tour. Le premier m’offrit une jolie plaquette qu’il vient de sortir chez Alain Beaulet ; le second me couvrit de littérature scoute (ah! le Prince Eric défilant aux côtés du Maréchal!). Et dans deux heures, concert solo de Steve Hogarth: chiiic!

#1300

Petite équipée parisienne, à partir de demain: comme d’habitude, un grand nombre de rendez-vous aussi bien amicaux qu’éditoriaux. J’espère néanmoins trouver le temps de visiter la nouvelle Cité de l’Architecture, au Palais de Chaillot. Et samedi soir, nouveau concert solo de Steve Hogarth — ce ne sera jamais que la troisième fois que je le verrai dans cet exercice, mais je ne m’en lasse pas et la salle semble admirablement adaptée à l’intimisme de ce répertoire.

#1299

« Le Grand Meaulne » d’Alain-Fournier fait partie de mes romans « cultes », assurément. J’avais d’ailleurs été ravi lors d’un séjour bordelais de dénicher l’essai sur cet auteur par Michel Sufran — formidable écrivain du cru, un très grand monsieur des lettres françaises, même si (presque) personne ne le sait. Et dédicacé par Sufran, en plus, l’essai. Bref. J’aime également beaucoup les « Disparus de Saint-Agil » de Pierre Véry — et j’en ai vu l’adaptation ciné il y a quelques temps, avec grand plaisir. Tout cela pour dire qu’avec de telles influences inscrites d’entrée dans son introduction, je m’attendais à aimer « Camelot » de Fabrice Colin — oui, encore un nouveau Colin, cet homme va bientôt entrer en combustion spontanée, tiens, dans l’équivalent écrivain des victimes de la comédie musicale de Buffy. Mais je m’égare.

Eh bien, oui, bien sûr: j’ai beaucoup aimé « Camelot ». Sans « mais » à venir dans ce laïus. Ce roman classé en jeunesse est une fois de plus un petit bijou douloureux, tendu, plein d’une sombre poésie. C’est pas un rigolo, Colin, la plupart du temps. Et ses persos, qu’ils soient mômes ou adultes, souffrent souvent de désordres psychologiques, d’attirances morbides, d’llusions de grandeur… Le jeune Arthur, ici, ne faisant pas exception. Je ne sais ce que pensent les ados de telles oeuvres — mais, depuis le temps, un éditeur comme l’École des Loisirs a solidement placé le style « triste mas beau » au sein de la littérature jeunesse, et pas mal d’autres éditeurs suivent désormais — tel Seuil, puisque c’est au Seuil que sort « Camelot ». J’imagine quand même que pas mal de mômes vont lâcher des larmes dans les dernières pages — salaud, Colin, tu fais pleurer les enfants! Mais, eh, être bouleversé par un roman, c’est plutôt gage de la qualité d’icelui, non? D’autant que tout y est subtil, par touches légères, il ne s’agit nullement de manipulation psychologique facile.

À part ça, lu aussi un recueil de trois nouvelles de Fred Vargas (« Coule la Seine »): grâce, fantaisie, prose agile et métaphore originale, c’est une autre émotion. Un auteur best-seller et qui le mérite — c’est fou, ça.

#1298

Sous un ciel ripoliné de blanc-gris égalisant tout dans une lumière atone, sans doute idéale pour si morose voyage, je me décide à emprunter le nouveau tramway, la ligne T3, occupant l’ancienne voie de l’Est. Je l’ai tant aimé, ce chemin ferré à l’abandon, qui traçait une coulée de verte friche au coeur de la ville, juste derrière chez moi. Je m’y suis tant promené, de jour comme de nuit. Souvenirs liés à chacun de mes colocataires, mais aussi à d’autres amis, à mes parents, à beaucoup d’errances solitaires bien sûr ; à des bouquets de fleurs sauvages, au parfum des budleias, à des jardins secrets, à une brèche dans le mur d’un parking, à une longue virée nocturne, à une nouvelle que je publiai au Québec… Maintenant, cet espace a été aseptisé, ordonné, mis en rails luisants et en herbe rase. Demeurent quand même des paysages post-industriels, notamment cette grande usine près de la gare de Villeurbanne, pas encore abattue, dressant pour le moment encore sa haute silhouette (dans ma tête, je l’ai toujours nommée « le château »). Le tram file doux, loin, égalise les décors. Seule surprise: cet aperçu d’un lac immense, à un détour de Décines, comme un extrait de Suisse greffé au coeur de la banlieue morne.

#1297

Après une année de « dépression musicale », à savoir que je n’écoutais plus guère que les gros noirs rapportés par Likely Lad, mais plus réellement de musique régulièrement, pour mon bien-être, enfin je reprends le chemin des CD. Et c’est curieux: il y a deux ans j’avais eu des vélléités de me plonger dans le jazz-rock — et puis mon coloc de longue date avait décidé pour sa part de se plonger dans le jazz contemporain italo-français, alors je l’avais suivi sur cette très jolie piste. Maintenant, je reviens à la fusion, au Canterbury, au jazz-rock seventies… Nucleus, Soft Machine, Weather Report, Mahavishnu Orchestra, Hatfield & the North, Earthworks, Return to Forever, Bruford, Gong… Et quel bien cela me fait!